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Rafael Gomez Nieto, le 20 avril 2017, à Madrid lors d’une cérémonie d’inauguration d’un jardin commémorant les soldats espagnols qui ont participé à la libération de Paris en 1944.

Coronavirus : la mort de Rafael Gomez Nieto, combattant contre Franco durant la guerre civile espagnole,, dernier soldat de la compagnie « Nueve » de la 2e DB, libérateur de Paris le 24 août 1944 et de Strasbourg

Il n’est pas courant que les services de l’Elysée publient un communiqué saluant la disparition d’un simple soldat de la seconde guerre mondiale en des termes aussi élogieux. « Le Président de la République salue ce héros de la liberté », membre de « la fine pointe des glorieuses troupes de Leclerc ». Ce soldat était le dernier membre vivant de la Nueve, la 9e compagnie de la Deuxième division blindée (2e DB), composée en majorité de républicains espagnols qui furent les premiers à libérer Paris en entrant dans la capitale dans la soirée du 24 août 1944.

Rafael Gomez Nieto est mort, lundi 30 mars, emporté par le Covid-19, dans une clinique près de son domicile de Lingolsheim, commune limitrophe de Strasbourg où il résidait et qu’il avait contribué à libérer, le 23 novembre 1944. La 2e DB accomplissait ainsi le serment de Koufra : « Ne déposer les armes que lorsque nos couleurs, nos belles couleurs, flotteront sur la cathédrale de Strasbourg. » Rafael Gomez était dans sa centième année et habitait seul. Il y a encore quelques semaines, il conduisait toujours sa voiture. Il avait quatre enfants, trois filles et un garçon.

Avec le Républicains espagnols

Rafael Gomez Nieto est né le 17 janvier 1921 à Roquetas de Mar, près d’Almeria (Andalousie). Fils d’un militaire professionnel, il a passé son enfance dans les différentes garnisons où son père servait à Cadiz, Madrid ou Barcelone. A 17 ans – son père est resté fidèle à la République après le coup d’Etat mené par le général Franco en 1936 – Rafael Gomez est lui-même mobilisé. Nous sommes en 1938, la bataille de l’Ebre est un échec pour la République et la famille va prendre le chemin de l’exil en janvier 1939 fuyant avec presque 500 000 Espagnols devant les troupes franquistes pour trouver refuge en France.

Il est interné à Argelès-sur-Mer, son père à Saint-Cyprien, dans les camps indignes que la France a improvisé sur les plages des Pyrénées-Orientales. Pour avoir une chance de les quitter, il faut avoir de la famille capable de les accueillir. Par chance, un oncle habite à Oran. Il écrit une lettre aux autorités qui leur permet de rejoindre l’Algérie française. Rafael Gomez suit un apprentissage de cordonnier.

Après le débarquement américain en Afrique du Nord, en novembre 1942, avec ses copains d’Oran, il s’engage, d’abord dans les Corps francs d’Afrique, puis dans la 2e DB qui est en formation au Maroc en vue du débarquement en Europe. C’était une évidence. « Mon père, explique le fils de Rafael Gomez, avait la haine des nazis qui avaient détruit sa jeunesse en aidant Franco. » Il y a des Espagnols dans d’autres unités de la 2e DB, mais ils sont largement majoritaires parmi les 160 soldats de la Neuvième compagnie, sous les ordres du capitaine Raymond Dronne.

« Foncez sur Paris »

L’unité fait partie du Régiment de marche du Tchad qui est dirigé par le commandant Joseph Putz, un ancien des Brigades internationales. La plupart de leurs véhicules blindés portent des noms espagnols : Rafael Gomez est le conducteur du « Guernica », puis du « Don Quichotte ». En avril 1944, la division rejoint l’Angleterre et le 1er août, elle débarque à Utah Beach pour être engagée dans la bataille de Normandie où les armées alliées piétinent. Leclerc et de Gaulle n’ont qu’une obsession, arriver les premiers à Paris. C’est à Dronne que Leclerc confie cette mission le 24 août en fin d’après-midi avec cet ordre : « Foncez sur Paris ». Deux sections de la Nueve, une section du génie et trois chars se faufilent jusqu’à l’Hôtel de Ville occupé par la Résistance. Mission accomplie.

Rafael Gomez, sans une égratignure sauf des pieds gelés lors de la bataille de Colmar, sera de toutes les batailles jusqu’à la prise du nid d’aigle d’Hitler à Berchtesgaden en mai 1945.

Démobilisé, et déçu que les Alliés ne poursuivent pas le travail en renversant Franco, Rafael Gomez retourne à Oran, où il va faire sa vie. En 1958, il quitte l’Algérie, où la guerre fait à nouveau fait rage, pour aller s’installer à Strasbourg. Il y deviendra mécanicien chez Citroën. Jeudi 2 avril, la télévision régionale d’Andalousie, Canal Sur, lui a rendu hommage en diffusant un documentaire inédit qui lui est consacré intitulé « El Andaluz que libero Paris » (« L’Andalou qui a libéré Paris ») et le Roi et la Reine d’Espagne ont envoyé un télégramme de condoléances à la famille de ce vieux soldat de la liberté.

 

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