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Professeur Jean-Luc Jouve, membre du Collectif Inter-Hôpitaux / © Mariella Coste / FTV Professeur Jean-Luc Jouve, membre du Collectif Inter-Hôpitaux / © Mariella Coste / FTV

Le Ségur de la santé lancé par le gouvernement, doit permettre de réfléchir sur un "plan massif pour l’hôpital". Mais au bout d’une semaine, les dents grincent parmi les blouses blanches.  Parmi elles, le Pr. Jean-Luc Jouve, représentant le Collectif Inter-Hôpitaux.

 

Le professeur Jean-Luc Jouve est le chef de service reconnu de l’orthopédie pédiatrique à l’hôpital de la Timone (AP-HM) de Marseille.

Mais il est aussi l’un des porte-voix les plus engagés du Collectif Inter-Hôpitaux créé par les soignants pour la défense de l’hôpital public.

C’est à ce titre que le Pr Jouve a accepté de répondre à nos questions, à l’heure où se déroule le Ségur de la santé. Cette vaste concertation lancée par le gouvernement le 25 mai dernier, doit permettre de réfléchir sur "un plan massif " pour l’hôpital.

                      
Quelle part le Ségur de la santé accorde-t-il aux soignants ?


Le Ségur a démarré avec des conditions de travail étonnantes, puisque les soignants sont très peu représentés à l’intérieur des différents groupes de travail.

Le Collectif Inter-Hôpitaux n’a que deux sièges sur la quarantaine existante. La majeure partie des personnes présentes sont des institutionnels. On ne sait trop quelle est leur place dans un tel comité.

 

Il y a des représentants des maires de France, des régions et des départements, les ARS, les directeurs généraux des CHU, les directeurs généraux des CHR, des tas d’institutionnels du conseil de l’ordre des médecins, de l’ordre des infirmières, des gens qui sont très institutionnels mais pas des gens de terrain.

Nous avons l’impression d’être un peu pris au piège d’un système qui ne nous paraît pas du tout bien organisé.

Comment cela se passe-t-il dans les réunions du Ségur ?

Nous avons de grandes inquiétudes car, lorsqu’il y a des réunions le jeudi, on nous dit : "Voilà vous avez un temps de parole de deux minutes" pour exprimer le point de vue du Collectif Inter-Hôpitaux. Les séances ne durent pas plus de deux heures, autant dire peu.

En pratique, cela veut dire qu’il n’y aura pas véritablement de travail commun.

Le comité Ségur n’aura que trois réunions. La première était la réunion inaugurale, l’autre doit avoir lieu le 11 juin, et la dernière serait la réunion de conclusion. Tout doit être fini avant le 15 juillet...

En clair, nous avons la sensation que les soignants sont peu représentés, que c’est très mal organisé.  Les choses semblent prévues de longue date.

On dirait que le gouvernement ne fait que de l’habillage autour d’une rencontre qui s’appelle le Ségur de la santé.

Cela ressemble à une réforme mineure, qui va consister seulement en une amélioration des rémunérations des personnels.

Or, il y a de grands sujets de fond sur lesquels il faut débattre et réfléchir de manière beaucoup plus approfondie.

Que propose votre Collectif inter-hôpitaux ?

Nos revendications sont naturelles et peuvent être regroupées en quatre points.

1er point : obtenir des salaires hospitaliers alignés à ceux de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). Nous sommes les avant-derniers dans leur classement.

Nos infirmières par exemple, gagnent 30% de moins que la moyenne de l’OCDE. La revalorisation concerne aussi les médecins. L’hôpital doit rester attractif. C’est capital.

2e point : faire cesser la fermeture drastique des lits d’hôpital. Car nous avons besoin de lits. La crise du Covid l’a montré.

On a transformé nos hôpitaux en hôpital covid pendant deux mois et on a traité les covid. Mais on a arrêté aussi de traiter tous les autres malades.

Il ne faut pas s’y tromper : les malades en cancérologie ont diminué de moitié. Et pourtant, ces cancers existent. Il va falloir les traiter.

On récupère actuellement des pathologies chroniques qui n’ont pas été suivies pendant deux mois et qui sont dans un état d’aggravation très important.

Il y a un nombre de décès dus aux arrêts cardiaques et infarctus du myocarde qui a doublé, car les gens n’osaient pas aller à l’hôpital. Il y a eu des drames.

3e point : le mode de tarification des actes doit changer. Il ne doit plus être basé uniquement sur l’acte mais en fonction des soins réellement effectués.

Par ailleurs, chaque année est établi par le parlement la somme de dotation des hôpitaux. Cette dotation est nettement insuffisante et doit être augmentée.

4e point : la gouvernance doit être partagée avec des représentants des soignants et des usagers. Cela nous paraît naturel et capital.

Tous ces éléments manifestement vont être survolés, et pas traités sur le fond. On ne voit pas comment ils pourraient l’être pour une copie à rendre à Monsieur Macron le 15 juillet.

Quel est votre mode d’action ?

Nous sommes et restons au Ségur, parce qu’il n’est pas question de laisser la chaise vide. Même si on est assis sur des strapontins, mais on se réserve le droit quand même de le quitter si les revendications ne sont pas prises en compte. Et si la mascarade que l’on suit depuis maintenant huit jours continue dans ce sens.

Dans tous les hôpitaux de France, nous appelons la population à venir nous rejoindre. A Marseille, ce sera tous les jeudis, à compter de demain (4 juin, ndlr).

Tous les jeudis à 13 heures, les soignants donneront rendez-vous aux grilles du métro Sakakini,  devant l’hôpital de la Timone.


La population pourra venir discuter avec les médecins, les infirmières, les urgentistes, les para médicaux, les aide-soignantes, les manipulateurs radio, tous les personnels d’hôpital.

L’idée du collectif c’est de mettre en avant toutes ces corporations pour qu’elles puissent répondre à la population sur l’avenir de l’hôpital

Tag(s) : #Services publics, #Santé, #Opinion Actions

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