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Pétain - Macron: un air de famille !

REVUE HORS SERIE "39/45,HISTORICA",15 mai/6 juin 1940,Laon ... Emmanuel Macron à La-Ville-aux-Bois-les-Dizy, dans l'Aisne, pour le 80e anniversaire de la bataille de Montcornet, le 17 mai 2020. Macron invoque l'esprit de de Gaulle à Montcornet tout en songeant à Pétain

A propos de la commémoration du 80ème anniversaire

de la bataille de Montcornet

M. Macron, contrebandier de mémoire en pièces détachées

Il apparaît passablement excité lorsqu’il se déconfine, M. Macron. Les fiascos de sa gestion de crise sanitaire ne le complexent nullement. Il n’en retire aucune modestie. Le voici qui téléphone au pitre incendiaire Zemmour (mais pas à l’acteur Vincent Lindon qui a plaidé l’instauration d’une taxe « Jean Valjean »). Le voilà qui autorise par fait du prince (et par texto) la réouverture rapide du parc d’attraction contre-révolutionnaire du Puy du Fou, afin de satisfaire M. Philippe Marie Jean Joseph Le Jolis de Villiers de Saintignon. Le « Méprisant du Peuple », celui qui a choisi Valeurs Actuelles, se montre sous son vrai jour : et de droite, et d’extrême-droite.

Le 17 mai dernier, M. Macron a repris de l’exercice dans l’une de ses activités favorites : la récupération mémorielle. Commémorant le 80e anniversaire de la bataille de Montcornet, le voici s’essayant à placer ses pas dans ceux du général de Gaulle qui, selon lui, « incarne l’esprit français ».

EN ATTENDANT « LES JOURS HEUREUX »

L’ « esprit français » de M. Macron a pourtant très peu à voir avec l’esprit de la Résistance ou avec celui de la France Libre(1).

Faut-il rappeler que le programme Les Jours Heureux, préparé dans la clandestinité par des gens qu’on étiquetait « terroristes », prévoyait par exemple de rendre à la presse sa « liberté », « son honneur et son indépendance à l'égard de l'État, des puissances d'argent et des influences étrangères » ? Commémorant (en 2004) le 60e anniversaire du Programme du Conseil national de la Résistance, treize anciens Résistants réaffirmaient ne pas accepter «que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement […] aux ordonnances sur la presse de 1944. »

On cherchera en vain un seul acte de M. Macron qui pourrait donner le début d’un semblant d’illusion de « retrouver les Jours Heureux ». Nul n’est capable de trouver dans sa politique la moindre trace de «l’esprit français de résistance» qu’il a exalté ce 17 mai, ni aucune mesure qui annoncerait « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie » (selon les mots du programme du Conseil National de la Résistance.

 

ON AURA LES JOURS PEUREUX

Le cynisme de la référence éhontée de M. Macron aux « Jours heureux » dans son ʺdiscours de guerreʺ du 13 avril dernier a été (à juste titre) largement commenté. On a hélas moins remarqué le discret mais non moins cynique pied-de-nez que M. Macron a réussi à envoyer en glissant seulement quatre phrases plus loin à la fin de la même allocution une seconde référence historique : « Nous tiendrons ». Autre guerre, et histoire toute autre. Ou comment une citation historique est conçue pour torpiller la précédente. Car c’est bien avec les mots de Clémenceau que notre amateur de carabistouille conclut son discours (2).

M.Macron se réfère au Clémenceau de 1918, celui qui allait bientôt marteler en grondant : « Je fais la guerre… je fais toujours la guerre… je continue de faire la guerre ». Le contexte importe : revenu au pouvoir fin 1917, alors que des grèves et des mutineries avaient jeté le doute sur l’unité guerrière, Clémenceau fit montre de sa poigne en menaçant les députés récalcitrants, en pointant les têtes qui dépassent, en pourchassant les traîtres présumés et les pacifistes supposés, qu’il traitait de « défaitistes ».

En novembre 2018, alors qu’il rendait hommage au maréchal Pétain, M. Macron déclarait s’être lui-même « toujours opposé au défaitisme français ». Il assurait à cette occasion avoir « toujours regardé l'histoire de notre pays en face ». Quand M. Macron regarde l’histoire en face, c’est assurément en s’emplissant de la jouissance, indigne à sa fonction, d’en embrouiller la compréhension. M. Macron adore rendre l’histoire inintelligible en la décontextualisant. C’est la jouissance narcissique et perverse de celui qui aspire à dominer un peuple en le rêvant inculte.

La petite cuisine de mots de M. Macron traduit fort bien ce qu’Alain Damasio a décrit comme « une petite politique de la peur » en temps de confinement : il s’agit de « médiatiser sans cesse la menace et sa gestion dans le bon dosage entre foutre la trouille et rassurer. […] En passant, on détruit le code du travail […], on fait sauter tous les garde-fous sociaux, on appelle à la remobilisation générale pour le salut de l’économie, et hop, ça repart ! (3) »

Ce que préfigure la nostalgie du gouvernement de choc de Clémenceau, c’est la tentation de la dictature à la mode républicaine, c’est le tracking, ce sont les jours peureux. Mieux vaut en être conscients. La peur sape les défenses immunitaires, biologiques comme politiques. La sidération et la peur sont des armes efficaces pour un pouvoir aux aguets capable de vouloir contrôler une société jusqu’à la nécroser.

QUAND L’ESPRIT FRANÇAIS SERVAIT L’EUROPE NAZIE

M. Macron aspire à embrouiller la mémoire collective. Le 17 mai, à Montcornet, c’est l’air de rien qu’il a neutralisé l’esprit de la résistance en prétendant l’exalter,

en l’engluant sous une bonne couche d’ « esprit français » de mauvais aloi et de culte des chefs. Les appels réactionnaires à l’esprit français ont souvent pour première finalité celle de l’oripeau (4) : ils ne traduisent pas une affirmation de la nation, dont ils sont le leurre ou le zombi. Ils peuvent être serinés de façon d’autant plus insistante qu’ils accompagnent l’abaissement et l’humiliation de la nation, sa vente aux intérêts d’une idéologie qui la dompte. Les propagandistes savent particulièrement bien tirer sur les ficelles colorées de l’esprit, de l’âme éternelle, des valeurs et de la tradition, pour donner le change au moment même où le pouvoir qu’ils servent livre l’intérêt national au hachoir des logiques du capital. Pour tout dire, la glorification de « l’esprit français » peut se chanter de façon d’autant plus tonitruante qu’elle dissimule la réalité d’une mise à l’encan de la souveraineté nationale.

La période de la collaboration en fournit de précieux exemples. En même temps que les trompettes vichystes sonnaient l’heure du redressement moral du pays et de la Révolution Nationale, placés sous les auspices d’un « esprit français » immémorial et quasi génétique, en même temps que la jeunesse était priée de redécouvrir « les antiques vertus qui font les peuples forts (5)», la sphère de la collaboration œuvrait à la « construction européenne ». L’Ordre nouveau était conçu à l’échelle du continent.

Au printemps 1942, Pierre Laval déclarait souhaiter la victoire de l’Allemagne dans une guerre d’où « surgira[it] inévitablement une nouvelle Europe ». « Pour construire cette Europe, disait-il, l'Allemagne est en train de livrer des combats gigantesques. » Chantre d’ « une révolution d'où [devait] surgir un monde nouveau », enfumeur comme pas deux, Laval promettait en même temps l’éclosion d’ «une République plus jeune, plus humaine, plus forte». Laval, celui qui vendait la France aux intérêts des nazis, ne s’interdisait pas, bien au contraire, de couvrir sa politique de « collaboration ouverte » d’oripeaux patriotiques et « républicains ».

Dès 1940, l’écrivain Drieu La Rochelle, autre thuriféraire de l’Ordre nouveau, avait vu dans la défaite la «certitude de l’Union européenne», gage d’un «bannissement probable de la guerre» tout autant que de «prospérité et de grandeur pour l’ensemble de la race blanche ». Au moins ce fervent européiste avait-il suffisamment la sincérité d’un authentique ʺcollaborationnisteʺ pour reconnaître que ce «nouvel horizon» signifierait que « le rôle de la France est terminé […] comme nation absolument autonome et souveraine. »

 

 

En 1941 et 1942, après le rodage des grandes expositions sur les juifs et la franc-maçonnerie, le collaborationniste Jacques de Lesdain organisa au Grand Palais à Paris deux expositions grand public sur l’Europe Nouvelle, que les nazis appelaient Das Neue Europa.

Paris 1940-1944, Le quotidien des Parisiens sous l'Occupation

Les attractions y étaient des maquettes et des visuels à la gloire d’une Europe unifiée, délivrée de ses frontières et de ses protectionnismes. Une Europe enfin ouverte à la libre-circulation de la marchandise et du capital, à grand renfort de camions, de trains rapides et d’Autobahnen.

De la Collaboration à la libération Des Camps

 

C’est en faisant jouer cette ode à la modernité que le nouvel ordre nazi avançait sa promesse d’une libération des peuples. En cette époque, la fiction de l’avenir radieux du grand marché intégré, promu par des capitalistes des deux côtés du Rhin, coexistait avec la pénurie, avec les mesures d’exclusion, les dénaturalisations, les rafles, les internements et les convois de déportation.

Exposée aux murs du Grand Palais, une maquette dont Jacques de Lesdain était très fier montrait, à gauche, une Europe cloisonnée par les barrières douanières, autrement dit une juxtaposition de cellules dans lesquelles les peuples vivaient encagés, et à droite une Europe ouverte par la grâce de la vitesse des moyens de transports modernes couplée à l’abolition des droits de douane.

La matrice de ce didactisme un peu grossier n’était pas proprement nazie ou vichyste. Elle provenait des projets d'Europe économique que les milieux libéraux de l’entre-deux-guerres avaient promus avant de les voir bien vite sombrer. Le parlementaire anglais Clive Morrison-Bell était l’un de ceux qui menaient campagne dans les années 1920 pour la suppression des barrières douanières en Europe. Il avait voulu populariser cette cause en faisant promener d’une capitale à l’autre, à travers le continent, une carte en relief illustrant les "murailles douanières" qui enserraient les pays européens.

Cette maquette ambulante devait propager dans l’opinion l’obsession de l’emmurement qu’agitaient les libéraux. A ne présenter les États que comme d’ubuesques et minuscules territoires douaniers, on se refuse au fond à les reconnaître en tant qu’entités politiques historiquement constituées, ce qui est pourtant sans doute une condition nécessaire -mais pas suffisante- à l’existence de la démocratie

Rendant hommage à De Gaulle, M. Macron déclarait : «De Gaulle nous dit que la France est forte quand elle sait son destin». Laval aussi parlait de la « France forte ». Dans une Europe nazie. Que savait la France de son destin sous le gouvernement Laval ? Comprenait-elle s’il serait de servir l’Allemagne, ou « Notre Mère l’Europe » ? Le petit Jésus, ou bien le capital ?

« DE GAULLE NOUS DIT QUE… »

Un temps porté par les nazis, le grand rêve capitaliste d’ouverture des marchés fut relancé après-guerre. Raymond ARON constatait en 1948 que « l’idée d’Europe est à la mode », de « la propagande hitlérienne » à la « propagande des Nations Unies », traitée à quelques années d’intervalle par les «mêmes hommes». Walter Hallstein, un démocrate-chrétien allemand, fit partie de ces « mêmes hommes ».

Ce juriste et professeur de Droit sous le IIIe Reich, avait appartenu à diverses organisations professionnelles nazies. Devenu après-guerre négociateur des modalités de la construction européenne pour la RFA puis premier président de la Commission européenne (1958-1967), il oeuvrait au développement d’une Europe fédérale (plan HALLSTEIN) (6), suscitant la vive opposition et un véto de De Gaulle.

De ces multiples efforts, inrésumables ici, nous avons hérité à la fin du vingtième siècle de coupures libellées en euros, sur lesquelles on chercherait en vain les traces de l’ « esprit français » qui rend M. Macron si lyrique. Rayés des billets, les Berlioz et Debussy. Coupés des coupures, les Saint-Exupéry, Cézanne et Delacroix. Gommés des fafiots, les Voltaire, les Pascal et les Montesquieu. Effacés des liasses, les Pasteur, les Pierre et Marie Curie. Jarretés des talbins, Molière, Racine et Corneille. Biffé des biffetons, notre grand Hugo, Victor !

La BCE supprime les billets de 500 Euros

On n’y voit d’ailleurs pas un seul être humain, seulement des paysages éteints dignes d’un confinement, qu’aucun pèlerin ne parcourt, mais qu’enjambent les arches conquérantes de l’interconnexion générale. Une Europe pour les flux. Une Europe sans les peuples, toute entière offerte à la circulation du capital.

« De Gaulle nous dit que la France est forte quand elle sait son destin », dit M. Macron.

Et M. Macron, il nous dit quoi ? Que saurait il nous dire d’un peu clair, à présent, de sa propre vision du destin de la France ?

On se souvient certes de son discours très médiatisé à la Sorbonne, celui qui devait servir à ʺrelancer l’Europeʺ. C’était en septembre 2017. Il y parlait la nécessité de poursuivre l’intégration européenne, suggérant même d’ « intégrer totalement » d'ici 2024 les marchés allemand et français. Il y laissait entendre qu’il rêvait d’une Europe fédérale, tout en soupirant au terme d’une heure et demie de monologue que ce qu’il proposait n’était « pas le fédéralisme »(7)…

On se souvient aussi d’une formule absurde, formule de perlimpinpin s’il en est, que M. Macron n’employait pas pour la première fois mais répétait dans sa coronallocution du 12 mars : cette formule en toc d’une « France souveraine » dans une « Europe souveraine »(8). Pourtant, il n’est point besoin de l’excellente culture générale que lui ont dispensé les brillantes écoles qu’il fréquenta pour être à même de comprendre que l’une exclue nécessairement l’autre. On se souvient de cette lutte inlassable, entamée par ses prédécesseurs -à l’exception de De Gaulle-, pour l’intégration européenne, … ou pour un État européen, … ou pour une Europe fédérale, enfin… pour une Europe unie, … mais à plusieurs vitesses…

Il y a plus d’un demi-siècle, De Gaulle ironisait déjà sur ce « volapük intégré ». Et Mendès-France (un bel « esprit français », sans doute supérieur à celui de M. Macron) refusait en 1957 de voter le « marché commun » : alertant sur les dumpings à venir, et sur le coup d’arrêt aux progrès sociaux qu’il pressentait, et sur l’abdication de la démocratie qu’il anticipait, il lâchait dans un magnifique discours prononcé devant l’Assemblé Nationale(9) l’avertissement du risque d’une dictature exercée par des « mécanismes économiques ». Mendès, partisan d’une « coopération fraternelle avec les autres pays européens », rejetait la supranationalité européenne. Il refusait de « défaire la France ». Il le faisait avec une vision du destin des peuples.

Mais quelle peut être la vision d’un M. Macron, président de la fin du capitalocène ? On finit par ne plus savoir de quoi il parle, et ne même plus comprendre ce que peut bien signifier le mot souveraineté dans son… esprit. Quelle est donc sa vision du destin de la France ?

Certes, on n’ignore pas la mission sacrée que la ploutocratie lui a confiée en le propulsant sur son trône : la promotion du marché et l’extension infinie du « libre-échange ».

L’an dernier, alors qu’il apportait son soutien aux accords de libre-échange CETA et MERCOSUR, son ministre M. Lemaire, n’avait pas cillé en affirmant que c’est le « libre-échange » qui est le plus « efficace » contre le réchauffement climatique. C’est un sacré pro, ce gars. Comme son patron : ils osent tout. Envers et contre tout, toujours plus irréparables que soient les dégâts sociaux, économiques, écologiques et environnementaux, ils continueront. Si le Covid-19 avait pu réorienter, si peu que ce fut, leur mission (on n’ose parler de mandat), ils l’auraient claironné. Cela n’arrivera pas.

UNE CERTAINE IDÉE DE… DE GAULLE

Le 17 mai, M. Macron a lancé « une année De Gaulle ». Une telle farce ne doit à aucun prix être boudée. C’est assez beau de lancer bravement une « année De Gaulle », lorsqu’on trempe vraisemblablement au cœur du scandale Alstom, dont les Français ont pu subodorer l’ampleur, sans en connaître encore tout le détail. Car la justice est infiniment plus lente et entravée pour juger les décideurs en cols blancs que les gilets jaunes.

Qui pense que De Gaulle eut pris part à la vente à la découpe du pays ?

Eut-il donné son assentiment au démantèlement de l’un des plus grands (et des derniers) conglomérats industriels français, au profit de la multinationale américaine General Electric ?

Eut-il trempé dans une affaire d’État qui mêle vraisemblablement impérialisme et ingérence, détournement de fonds publics, pacte de corruption et financement d’une campagne présidentielle ?

On apprend le 20 mai 2020 que General Electric déconfine tout reste d’hypocrisie en démantelant un peu plus Belfort à la faveur du Covid-19. « Le scandale semble sans fin. Deux jours après le déconfinement, la direction du groupe américain » se propose « d’accélérer le programme de délocalisation de l’ingénierie et du commercial en Hongrie et en Pologne. Surtout, la direction se propose de déménager toutes les activités de maintenance et de réparation des turbines installées dans le monde, un des marchés les plus rentables du groupe, pour la confier à ses sites en Arabie saoudite et aux États-Unis.(10) »

« Nous sommes en guerre », a dit et répété six fois M. Macron dans son allocution du 16 mars. Mais contre quoi ou contre qui ? Pour entamer « l’année De Gaulle », que M. Macron lise donc ce que De Gaulle pensait de l’impérialisme américain. Qu’il lise sa vision de l’indépendance économique de la France.

« Après avoir donné l’indépendance à nos colonies, nous allons prendre la nôtre. L’Europe occidentale est devenue, sans même s’en apercevoir, un protectorat des Américains. Il s’agit maintenant de nous débarrasser de leur domination. Mais la difficulté, dans ce cas, c’est que les colonisés ne cherchent pas vraiment à s’émanciper. Depuis la fin de la guerre, les Américains nous ont assujettis sans douleur et sans guère de résistance. »

« Les capitaux américains pénètrent de plus en plus dans les entreprises françaises. Elles passent l’une après l’autre sous leur contrôle. » « Il y a un véritable transfert de souveraineté. »

« Il devient urgent de secouer l’apathie générale, pour monter des mécanismes de défense. Les Américains sont en train d’acheter la biscuiterie française. Leurs progrès dans l’électronique française sont foudroyants.

 

« C’est comme dans le monde communiste, où les pays satellites se sont habitués à ce que les décisions se prennent à Moscou. » (Et vlan !)

« Les vues du Pentagone sur la stratégie planétaire, les vues du business américain sur l’économie mondiale nous sont imposées. »

« Bien des Européens y sont favorables. De même que bien des Africains étaient favorables au système colonial : les colonisés profitaient du colonialisme. Les nations d’Europe reçoivent des capitaux, certes ; mais […] elles reçoivent aussi des ordres. Elles veulent être aveugles. Pourtant, à la fin des fins, la dignité des hommes se révoltera. (11)»

TRAVAILLER, SE TAIRE : UN VICHYSME

Quand un De Gaulle était capable de prévoir et de comprendre la révolte de la dignité des hommes contre la domination, M. Macron, lui, préfère n’y voir que vétille ou récrimination. Ce 1er mai, son cynisme et son goût pour la provocation s’étaient exprimés à la population confinée par cette formule où il assimilait les revendications des travailleurs à des «chamailleries». Ce fut sa façon de commémorer le second anniversaire de la joyeuse et pétillante équipée de son acolyte, le taquin M.Benalla.

À Montcornet, le voici à nouveau en représentation, réprouvant les « discordes accessoires » et les « désaccords souvent trop vétilleux » qui troublent la « cohésion sociale ». Ce vocabulaire policé est censé lui donner la distinction de celui qui a de la hauteur de vue. En réalité, il joue l’enfant de chœur. On croirait entendre la prose de premier de la classe du produit d’une quelconque Institution Notre-Dame-de-la-Pruderie-bien-affectée. Cette façon doucereuse de considérer le monde respire le déni. Ce style faussement précautionneux est plus qu’un brin hypocrite, dans la bouche de celui qui est aux commandes d’un système de répression En Marche ! toujours plus violent contre ses opposants.

Revenons une dernière fois sur ces années 1940 si chères à M. Macron. Dès 1940, à l’heure de la Révolution Nationale et de la collaboration, le nouveau régime et ses chiens de garde avaient signifié leur extrême intolérance à la critique, à la contradiction, à toute forme de résistance.

« CRITIQUER. RECRIMINER.

C’est agir sciemment contre la France et inconsciemment contre soi-même. »

« Le temps des discussions sur la place publique est passé. Les mots nous ont assez fait de mal. Ce sont des actes qui relèveront la France. TRAVAILLER, SE TAIRE, c’est collaborer à l’œuvre commune d’où sortira une France pure ».

Appel au Peuple du Maréchal Pétain | Aiolfi G.b.r.  

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Cette édifiante mise en garde, par ailleurs maintes fois reproduite et affichée, fut adressée à ses lecteurs le 7 décembre 1940 par un journal aux ordres du pouvoir, L’Opinion du Sud-Est. Dans les mêmes colonnes, deux mois plus tôt, un chroniqueur écrivait ces mots :

« J’ai entre les mains, l’autre jour, une petite feuille que des lâches glissent dans les boîtes aux lettres, quand on ne peut les surprendre. Il s’agit d’un texte polycopié, où l’on injurie le chef de l’Etat (…) C’est agir contre la France que de tenter de semer le doute, la discorde, quand tous ont tant besoin du grand honnête homme qui dirige nos destinées. »

Ce chroniqueur zélé venait d’y commenter les actions d’un groupe de lycéens niçois qui diffusaient des papillons hostiles aux forces de l’Axe. Cette jeunesse résistante y était renvoyée à l’inconséquence puérile des « exaltations » et de l’« esprit d’aventure » qui poussent au rêve « d’aller se battre jusque chez les Zoulous »(12). On connaît ces vieilles techniques qui infantilisent et folklorisent les actes de résistance afin de les dépolitiser pour mieux disqualifier l’adversaire.

Voilà un langage qui, toutes proportions gardées, rappelle sans doute beaucoup de souvenirs aux Français des années 2017 à 2020, en particulier ceux qui, dans les « quartiers » et dans les rues, font régulièrement les frais des doctrines de maintien de l’ordre en vigueur et de l’usage ahurissant d’armes de guerre par les forces de l’ordre. C’est à vrai dire un langage assez approchant de celui du préfet de police de Paris, M. Lallement, qui lançait sèchement à une parisienne cette phrase de guerre civile : « Nous ne sommes pas dans le même camp, Madame ».

 

Début avril 2020, le même agaça encore davantage en déclarant que « ceux qu'on trouve dans les réanimations » sont ceux qui n’ « ont pas respecté le confinement ».

« ILS BOMBINENT DANS LE VIDE »

M. Macron : ce 17 mai 2020, vous avez voulu célébrer De Gaulle, « colonel, général, chef de la France libre, président de la République ». Si l’objectif était de vous identifier au rôle, renoncez ! La cause est perdue. On vous a suffisamment entendu dire et répéter que nous étions en guerre, mais vous n’êtes ni colonel, ni général, et vous ne vous y entendez pas non plus dans les questions d’ « intendance » (nous nous souviendrons de la pénurie prévisible de masques, de gel, de blouses dans les hôpitaux, qui est une sacrée illustration de l’inefficience du marché prétendument « libre »).

Vous n’êtes pas non plus « chef de la France libre », vous qui laissez la France dans le giron de l’OTAN, vous qui la laissez à la merci des Six pack, Semestre européen, GOPE et autres camisoles ordolibérales, trésors de l’inventivité perverse qui mécanise la soumission des peuples pour le plus grand bonheur des capitalistes.

Savez-vous ce que disait De Gaulle des hommes de la Commission Européenne ?

« Ce ne sont pas des élus, ce sont des gens qui ne relèvent de personne. Ils n'ont que la responsabilité des propos qu'ils tiennent, ils bombinent dans le vide, comme la coquecigrue de Rabelais. »

Vous le voyez bien. Ce costume de « président de la République » est décidément bien trop grand pour vous. Vous y flottez. Vous ne créerez pas de diversion en embarquant De Gaulle dans vos gesticulations face à la crise sociale et écologique qui n’en finit plus de monter, hélas ! Face à un état d’urgence sociale et écologique, vous ne vous préoccupez que de rivaliser avec Mme Le Pen, jusque dans vos entreprises respectives d’annexion de la mémoire gaulliste.

Souhaitez-vous vraiment vous mesurer à De Gaulle ? En ce cas, vous qui nous prétendez ʺen guerreʺ (contre un virus ?), sortez du flou ! D’ici quelques jours, vous n’allez pas pouvoir vous retenir de commémorer l’Appel du 18 juin.

Dites-nous donc alors, car nous en sommes curieux, quels sont selon vous ces « gouvernants de rencontre » qui «ont pu capituler, cédant à la panique, oubliant l’honneur, livrant le pays à la servitude» ? Dites-nous donc quelles seraient aujourd’hui, dans «l’univers libre», les « forces immenses » qui « n’ont pas encore donné » ? Quelle est votre vision du « destin du monde »(13) ?

Nous vous voyons encore louvoyer et n’avoir qu’une idée en tête, celle pour laquelle vous avez été depuis le début hissé à votre place : le retour à «l’anormal». Vous aussi, vous bombinez dans le vide.

29 mai 2020

NOTES :

1 Voir l’article : « Un esprit français aux relents pétainistes. »

2 Le portrait de Clémenceau figure en bonne place dans une galerie particulière de «l’esprit français» très prisée des gens de pouvoir ayant le culte d’une autorité qu’ils ne possèdent pas naturellement. M. Macron a cela en partage avec M. Valls. Tous deux sont des admirateurs déclarés de Georges Clémenceau, que la classe ouvrière de son temps surnommait le briseur de grèves, le roi des mouchards, le sinistre de l’intérieur, ou encore le bourreau des travailleurs.

3 Alain Damasio : « Coronavigation en air trouble (2/3): petite politique de la peur », 29 avril 2020.

4 Oripeau : à entendre dans son sens ancien de mince feuille de laiton ou de cuivre battu pour imiter l'or et le bronze antique ; dans sons sens dérivé de l’étoffe brillante, imitant le tissu d’or, qui fait un certain effet, vue à distance ; dans le sens figuré, enfin, d’une chose sous l’éclat apparent de laquelle il n’y a rien de solide.

5 « Ces vieilles traditions qu'il faut maintenir, ces jeunes ardeurs qui communieront dans un zèle nouveau, forment le fond de notre race ». Philippe Pétain, le 11 juillet 1940.

6 La biographie de Hallstein, classé parmi les « pères fondateurs » de la construction européenne a évidemment été dûment « toilettée » des éléments historiques dérangeants sur la page de la Commission européenne : https://europa.eu/european-union/sites/europaeu/files/docs/body/walter_hallstein_fr.pdf

7 https://www.huffingtonpost.fr/2017/09/26/discours-de-la-sorbonne-macron-ne-propose-pas-une-europe-federale-mais-cest-tout-comme_a_23223592/

8 « Nous devons […] construire plus encore que nous ne le faisons déjà une France, une Europesouveraine ».

9https://www.cvce.eu/obj/discours_de_pierre_mendes_france_sur_les_risques_du_marche_commun_paris_18_janvier_1957-fr-c81bfdc2-20a9-4eaa-82ec-c2117fa1f3c2.html

10 https://www.mediapart.fr/journal/economie/200520/au-nom-du-covid-19-general-electric-demantele-un-peu-plus-belfort

11 Charles de Gaulle, 4 janvier 1963, extrait de Alain Peyrefitte, C’était De Gaulle, T.2, pp.15-16.

12 L’Opinion du Sud-Est, 12 octobre 1940.

13 Charles de Gaulle, extraits de l’Appel du 18 juin et de l’ʺaffiche de Londresʺ, juin 1940.

Tag(s) : #Histoire Opinion, #Macron, #Allemagne

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