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La gauche hantée par la fracture du référendum de 2005 - Libération

Le Monde Du 12 Mai 1981 (Élection De François Mitterrand)

      

  Exposition : Jules Adler, le peintre des manifs et des petits ...         La Sociale

Par Denis Collin

Un son­dage donne la gauche à 13%, la droite à 39% et le reste au « centre » (c’est-à-dire encore à droite). Et les com­men­ta­teurs de s’étonner de cette quasi-dis­pa­ri­tion de la gauche. On pour­rait mettre en cause le son­dage (il s’agis­sait de se clas­ser sur une échelle gauche/droite de 0 à 10). Mais ce son­dage cor­ro­bore d’autres son­da­ges (celui par exem­ple qui don­nait 1% au can­di­dat PCF et 3% au can­di­dat PS lors des pré­si­den­tiel­les) mais aussi les élections, en dépit du trompe-l’œil du 2e tour des muni­ci­pa­les, réa­lisé dans les condi­tions abra­ca­da­bran­tes­ques que l’on sait avec plus de 60% d’abs­ten­tion.

En vérité, la dis­pa­ri­tion de la gauche n’est une sur­prise que pour ceux qui se croient de gauche parce qu’ils conti­nuent de faire leur petite tam­bouille dans les mar­mi­tes de ce qui reste de la gauche. La gauche dis­pa­raît parce qu’elle a perdu, peut-être défi­ni­ti­ve­ment l’appui des clas­ses popu­lai­res. Et pour­quoi cela ? Parce que les sala­riés et les chô­meurs seraient ral­liés au libé­ra­lisme, à la pri­va­ti­sa­tion de la pro­tec­tion sociale, à la fin de l’assu­rance chô­mage, à l’école payante et à la fin de l’État social, modèle 1945 ?

Que nenni ! Toutes les enquê­tes d’opi­nion mon­trent que la masse du « petit peuple » reste pro­fon­dé­ment atta­chée à ces conquê­tes socia­les. Mais la gauche, empor­tée par le poids mort de ses som­mets qui se situent dans les clas­ses « ins­trui­tes » (demi-ins­trui­tes serait plus juste) a délaissé les préoc­cu­pa­tions des clas­ses popu­lai­res pour ne s’occu­per que du nom­bril des nou­vel­les clas­ses moyen­nes intel­lec­tuel­les qui habi­tent les cen­tres-villes, ado­rent la mon­dia­li­sa­tion et par­lent cou­ram­ment le glo­bish.

Ce qui inté­resse la gauche, c’est d’être pour l’Europe (Europe, Europe, Europe, disent-ils en sau­tant comme des cabris). Ce qui inté­resse la gauche, ce sont les indi­gé­nis­tes, petits bour­geois qui se disent colo­ni­sés et récla­ment tou­jours plus, et sur­tout plus que ce que leurs talents et leur ins­truc­tion leur per­met­tent, et se disent vic­ti­mes de dis­cri­mi­na­tion quand ils n’ont pas tra­vaillé un tant soit peu sérieu­se­ment.

Ce qui inté­resse la gauche, ce sont ses amis isla­mis­tes, chefs de sectes et petits voyous comme la famille Traoré, parce que ces gens contrô­lent les « quar­tiers » et pro­met­tent d’assu­rer l’élection de quel­ques dépu­tés ou la conquête de quel­ques mai­ries.

Ce qui inté­resse la gauche, ce sont tous les cin­glés nar­cis­si­ques les plus extra­va­gants, les végans ou les LGBTQ+ préoc­cu­pés de leurs peti­tes per­son­nes et de leurs peti­tes manies névro­ti­ques trans­for­mées en centre du monde. Ce sont toutes ces bandes qui pro­meu­vent la « can­ce­led culture », cette nou­velle forme de fas­cisme visant à inter­dire toute libre expres­sion et ostra­ci­sant toute per­sonne qui leur déplait – il arrive par­fois, voir l’affaire Girard, que ces gens se dévo­rent entre eux, la folie du pré­tendu « purisme moral » n’ayant évidemment aucune limite.
 

Si être de gauche, c’est appar­te­nir à ce petit milieu des cen­tres gen­tri­fiés des gran­des villes et par­ta­ger les vues de tous ces grou­pus­cu­les qui font de plus en plus l’effet de ramas­sis de cin­glés, alors évidemment, on n’a aucune envie d’être de gauche.
 

La seule issue qui aurait pu exis­ter à gauche était LFI qui a ras­sem­blé sur le nom de Mélenchon plu­sieurs mil­lions de voix d’électeurs de gauche tra­di­tion­nels, sen­si­bles au dis­cours répu­bli­cain et social du can­di­dat. Malheureusement, LFI, sous l’impul­sion de son pré­si­dent « moi, je » est tombée du mau­vais côté, du côté Obonno-Coquerel pour l’indi­gé­nisme et le com­mu­nau­ta­risme, du côté végan pro-bêtes de Lachaud. Du reste, après une raclée aux Européennes, LFI a dis­paru aux muni­ci­pa­les noyées dans des allian­ces étranges avec les plus dignes repré­sen­tants du nou­veau fas­cisme ver­dâ­tre.
 

Être de gauche dans ces cir­cons­tan­ces, il faut avoir le cœur bien accro­ché ! Tous ces gens « de gauche », toutes ces mino­ri­tés bruyan­tes com­plai­sam­ment relayées par les grands médias ren­for­cent chaque jour un peu plus la droite, la vraie et se pré­pa­rent d’ailleurs des len­de­mains dou­lou­reux. Après l’ivresse, vien­dra la gueule de bois. Il ne sera plus temps de pleu­rer.

Nous sommes « après la gauche » (voir mon livre éponyme). C’est autre chose qu’il faut cons­truire, un nou­veau socia­lisme, un socia­lisme décent, bâti autour des cli­va­ges de clas­ses et prêt à affron­ter les défis à venir.

Denis COLLIN -

Le 27 juillet 2020

Tag(s) : #Opinion
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