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Biélorussie : le communiqué inadéquat de la CGT et une mise au point qui remet les pendules syndicales à l'heure de Minsk

Les ouvriers bielorusses savent qui les défend !

Quand la CGT (à Montreuil) prend la plume pour rédiger un communiqué  digne des infos des médias de MACRON et des milliardaires...

Avant d'écrire n'importe quoi, la CGT devait lire sur notre blog à la date du 19 août 2020 : 

Pour y voir plus clair en Bielorussie ...

http://canempechepasnicolas.over-blog.com/ 2020/08/pour-y-voir-plus-clair-en-bielorussie.html

LA CGT ET LA BIELORUSSIE


Communiqué :

La cgt prend positionen soutien aux mobilisations populaires qui secouent la Bielorussie depuis la 'mascarade" électorale du 9 août 2020

 

Arrêt des violences et libération immédiate de tous les syndicalistes au Bélarus

 

 

La CGT exige, à l’instar des organisations syndicales de Biélorussie, l’arrêt des violences et la libération immédiate de tous les syndicalistes encore détenus, notamment de nos camarades affiliés au BKDP.

 

Que ce soit au Bélarus, en France ou dans tout autre pays, la CGT s’oppose à la répression des manifestations, aux violences policières, aux arrestations arbitraires et à la criminalisation des activités syndicales.

 

Depuis une semaine, le Bélarus connaît des mobilisations de masses au sein desquelles les syndicats du pays prennent une part très active.

 

Le mouvement prend son origine dans le refus par la population des résultats des élections présidentielles du 9 août.

Organisée à la va-vite en plein cœur de l’été, dans des conditions privant l’opposition d’un accès à une campagne juste et démocratique (plusieurs candidats ayant été empêchés de se présenter), cette mascarade électorale a révolté un peuple bélarusse épuisé par les 26 années de pouvoir autoritaire d’Alexandre Loukachenko.

 

En réaction à la colère qui se levait, cet autocrate, usé par le pouvoir et par son double jeu entre Union européenne et fédération de Russie, n’a rien trouvé de mieux que de faire usage de la violence contre son peuple.

 

Ce week-end, un nouveau cap dans la mobilisation a été franchi avec des manifestations gigantesques faisant suite aux débrayages de la semaine dernière, dans de très nombreux secteurs économiques ainsi que sur l’ensemble du territoire.

 

La grève s’étend désormais et la répression dont plusieurs dirigeants syndicaux sont victimes ne fait que renforcer la détermination des Biélorusses.

La CGT semble ignorer dans son communiqué la position de la Fédération des syndicats de Biélorussie, de loin le plus grand syndicat du pays, dont les activités se sont étendues depuis 1991 au secteur privé et dont 75 % des membres appartiennent à ce secteur, ce qui devrait soulever l’admiration de la CGT.

 

La direction confédérale de la CGT devrait faire l’effort de savoir que les forces d’opposition en présence en Biélorussie n’ont présenté aucun programme économique et social au moment où la pression des oligarques, tant russes que occidentaux, pour casser le modèle social biélorussien, la société de quasi-plein emploi, de prestations sociales généralisées et de secteur public dominant se heurte à des pressions montantes en vue de soumettre leur pays aux politiques de privatisation et de bradages des entreprises nationales. La CGT, qui est censée défendre l’existence du secteur public en France, devrait être sensible à cet aspect de la réalité biélorussienne.

 

Aujourd’hui 17 août, le président Loukachenko en personne s’est rendu au devant des ouvriers en principe en grève de la grande usine de tracteurs de Minsk pour répondre à leurs questions et expliquer que dans une société de quasi-plein emploi comme en Biélorussie, ceux qui ne veulent pas travailler peuvent le faire mais alors ils deviennent des chômeurs volontaires. Et que s’ils préfèrent le système capitaliste, alors le chômage deviendra massif et ils n’auront plus l’occasion de pouvoir faire grève.

 

On aurait aimé que la CGT exige en France de la part du président Macron qu’il ait manifesté le même courage de venir s’expliquer directement devant les multiples manifestants français lors des manifestations violentes des deux dernières années, comme l’a fait aujourd’hui le président de la Biélorussie.

Il n’a jamais été question de criminaliser les activités syndicales en Biélorussie où la majorité des entreprises sont publiques et où les syndicats participent aux consultations et aux décisions en jouant un rôle actif dans la mise en place de la politique du quasi-plein emploi et de maintien des garanties sociales et sanitaires de base en vigueur.

 

Contrairement à ce que le communiqué de la CGT déclare, les élections en Biélorussie n’ont pas été organisées à la va vite, elles étaient prévues depuis fort longtemps et si elles peuvent être contestées comme beaucoup d’autres élections dans le monde, y compris dans les pays occidentaux, rien ne permet d’affirmer que la campagne électorale a été plus injuste ici qu’ailleurs car, si tel était le cas, pourquoi alors les candidats d’opposition se sont-ils présentés à de telles élections ? Parler de régime autoritaire depuis 26 ans, c’est en plus contester toutes les élections précédentes, pourtant en général globalement validées par différents organismes parmi lesquels l’OSCE. C’est donc aussi contester l’honnêteté de ces organismes et des observateurs internationaux qui y ont assisté.

 

Les choix stratégiques d’un Etat sont faits par le pays concerné en toute souveraineté et qualifier l’indépendance et le non alignement choisis par la Biélorussie de « double jeu » parce que Minsk refuse de s’aligner sur Bruxelles, Washington ou Moscou, témoigne de l’alignement de la direction de la CGT sur une logique supranationale et de bloc telle qu’elle est mise en place par l’UE et l’OTAN et qui a comme objectif de limiter l’indépendance des peuples et le droit au contrôle public de son développement économique et social. Les choix faits à Minsk de ne pas calquer le système social du pays sur celui de ses voisins de l’Est ou de l’Ouest témoignent du refus d’accepter une politique de privatisations des fleurons de l’économie biélorussienne au profit des capitalistes russes ou occidentaux, ce que la CGT devrait en principe applaudir.

 

Le président Loukachenko vient de rappeler aujourd’hui devant les ouvriers de l’usine de tracteur que s’il appliquait les choix faits dans les pays voisins, une partie des grévistes qui cessent le travail aujourd’hui deviendraient chômeurs conformément aux lois de ladite « économie de marché libre et non faussée » et qu’ils devraient définitivement cesser de travailler. La CGT souhaite-t-elle l’extension du régime économique et social injuste en vigueur dans notre pays ?

 

Contrairement au strabisme manifesté par le communiqué de la CGT, ce week-end, il y a eu deux manifestations « gigantesques » à Minsk, une pro-gouvernementale et une anti-gouvernementale, toutes deux d’ampleur comparable, et rien ne permet donc d’accorder à une seule option politique le monopole de la représentativité « du » peuple de Biélorussie, contrairement à ce qu’affirme la déclaration confédérale de la CGT. Les grèves dans le pays semblent par ailleurs partielles et localisées surtout dans la capitale, et la CGT n’a pas à prendre pour argent comptant sans les vérifier les exagérations des groupes d’opposition ou des petits syndicats minoritaires du pays.

 

Rien ne permet pour le moment d’affirmer que la grève s’étend, on peut même avoir l’impression que le rappel par Loukachenko aux ouvriers de l’usine de tracteurs des conditions de travail dans les pays du capitalisme sans contrôle a contribué à calmer les ardeurs de certains mécontents.

Bruno Drweski

 

Ci-joint le communiqué de l’agence Belta résumant le point de vue du syndicat de loin le plus puissant de Biélorussie, la Fédération des syndicats de Biélorussie, émis le 14 août 2020 :

 

MINSK, 14 août (BelTA) - La Fédération des syndicats du Biélarus (FSB) appelle toute la population du pays à cesser toute violence et à entamer un dialogue pacifique pour l'avenir de la Biélorussie.

 

"Les gens qui sortent et se rassemblent dans les usines et les entreprises sont préoccupés par la montée des tensions et la situation d’insécurité dans les rues de nos villes. La Fédération des syndicats reçoit de nombreux appels de la part des collectifs de travailleurs pour demander à tous de mettre fin à la violence, de ne pas provoquer de conflits, de préserver la paix dans notre pays. Aujourd'hui, les gens veulent que leurs enfants, leurs parents et leurs collègues qui ont été détenus soient libérés le plus rapidement possible. Nous parlons de ceux qui se sont retrouvés dans des lieux où des rassemblements de rue ont eu lieu et qui n'ont pas violé l'ordre public. Nous partageons ces appels et insistons pour que les forces de l'ordre libèrent ces personnes le plus rapidement possible et mènent une enquête ouverte et objective dans chaque cas", a déclaré le syndicat.

 

La Fédération des syndicats du Bélarus fournira toute l'aide nécessaire, que ce soit sur le plan juridique, psychologique et financier à ceux qui se trouvent dans une situation difficile. "Nous demandons à tous de cesser la violence et d'entamer un dialogue pacifique pour le bien de l'avenir de chacun d'entre nous et de notre Biélorussie", peut-on lire dans la déclaration.

 

Depuis, et en partie suite à cette intervention constructive de cette centrale syndicale, les personnes arrêtées lors des manifestations et qui ont subi des brutalités illégales ont été libérées et une enquête a été ouverte.

Tag(s) : #Bielorussie

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