Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Les désaccords sur les délais de réalisation des élections présidentielles constituent aujourd'hui le motif de service pour la recrudescence d'une bagarre qui implique les principaux groupes politiques de droite du pays, y compris la présidente actuelle,Jeanine Añez, dans son désir de faire disparaître de la carte politique des élections le parti d'opposition Mouvement Vers le Socialisme (MAS), de l'ex-président Evo Morales.

 

Ce réchauffement politique a été stimulé principalement par le désir de pouvoir qui prédomine parmi ces groupes et par la très mauvaise gestion d' Añez elle-même et de son équipe de gouvernement qui ont mis le MAS en excellente position pour les élections du 6 septembre.

 

Cette situation a suscité dans les groupes les plus radicaux l'idée d'un auto-coup d’État militaire, une action qui leur garantirait de créer les bases légales pour rester au pouvoir.

 

Le groupe militaire bolivien, avec le soutien et les conseils des services de renseignement nord-américains, organise la manœuvre destinée à passer par-dessus la Constitution bien que la décision de rompre avec celle-ci ne sot pas unanime parmi les candidats d droite.

 

Malgré la participation à ce plan de plusieurs personnalités impliquées dans le coup d'Etat de novembre comme Luis Fernando Camacho, Samuel Doria Medina, Tuto Quiroga et Manfred Reyes, les personnalités importantes de ce plan sont à présent le ministre du Gouvernement Arturo Murillo et le ministre de la Défense Fernando López qui a été précisément chargé de recruter des militaires en activité pour chasser Evo Morales de la présidence et reprendrait les mêmes fonctions sur des bases différentes.

 

Ce groupe, comme on peut l'imaginer, ne fonctionne pas de façon autonome. Les orientations et le financement viennent à nouveau de l'Ambassade des Etats-Unis à La Paz.

 

C'est pourquoi Rolf Olson, officier de la CIA qui a participé aux événements de novembre 2019, a organisé et dirigé les actions comprises dans ce plan. Utilisant sa couverture diplomatique de chef du Bureau Politique, il a rencontré secrètement les parties chargées de la coordination.

 

Parmi les documents confidentiels consultés (certains appartenant à l'Ambassade des Etats-Unis) des sources situées dans l'entourage du ministre du Gouvernement Arturo Murillo décrivent le déroulement de ces réunions secrètes qui ont eu lieu les 2, 11 et 14 juillet de cette année et lors desquelles ont été adoptés les derniers accords concernant l'exécution finale du plan. Ces réunions ont eu pour siège la propre maison de l'ex-président Tuto Quiroga et le Palais Présidentiel.

 

L'objectif principal de ce plan est de retarder les élections jusqu'en 2021, sans doute octobre, pour gagner du temps pour reconfigurer les forces électorales (renforcer la coalition et affaiblir le candidat de Communauté Citoyenne, Carlos Mesa), interdire légalement le MAS et mettre en place les engagements pris avec le Gouvernement des Etats-Unis en ce qui concerne la remise des ressources stratégiques.

 

Ces engagements sont, à la base, centrés sur la vente du gaze et l'exploitation des gisements de lithium, c'est à dire sur la décision de remettre ces ressources à des compagnies transnationales étasuniennes pour qu'elles les exploitent.

 

Les principales actions du plan de coup d'Etat :

 

A) Faire pression sur le TSE et son Président Salvador Romero pour que celui-ci soit obligé de suspendre les élections.

 

La première chose serait d'inviter les principaux partis politiques de la Coalition à exiger publiquement que les élections soient retardées.

 

Ce ne serait pas une déclaration collective mais une déclaration que chacun ferait séparément et certaines de ces déclarations ont déjà été faites.

 

Tuto Quiroga ferait la demande de report des élections sur la base de l'augmentation des cas de COVID-19 et ensuite, s'y joindraient le représentant civil et l'agent de la CIA, Luis Fernando Camacho et Samuel Doria Medina, ce dernier représentant l'alliance ENSEMBLE d'Añez.

 

Parallèlement, Camacho mettrait en place des actions de désobéissance au TSE avec les comités civiques, pour faire obstacle une fois pour toutes à toutes les élections à Santa Cruz de la Sierra. Pour cela, des actions sont déjà coordonnées avec les groupes paramilitaires Juventud Kochala de Cochabamba et la Résistance de La Paz.

 

L'idée serait d'obtenir au moins que le TSE reporte les élections d'un mois de plus et ainsi de continuer à faire pression jusqu'à ce que ces élections soient annulées définitivement.

 

Au cas où cette action se réaliserait, le soutien de cette mesure et une déclaration en sa faveur ont déjà été coordonnés avec l’Organisation des Etats Américains (OEA) et son secrétaire général, Luis Almagro. C'est dans ce but que l'agent de la CIA, Erick Foronda Prieto, a été nommé par Washington ministre conseiller à la mission diplomatique de la Bolivie à l'OEA.

 

B) Création d'un faux positif de guérilla clandestine attribué au MAS, qui se chargerait d'organiser des actions violentes pour déstabiliser le pays et créer les conditions d'une guerre civile de façon à justifier le report des élections.

 

Pour cela, a été mise en marche une opération secrète conseillée par les services de renseignement étrangers (USA et Israël) et coordonnée avec le haut commandement des Forces Armées et avec la Police Nationale pour rendre le MAS et ses principaux dirigeants responsables des opérations violentes qui ont commencé à être exécutées et qui s'exprimeront pleinement pendant les mois de juillet et d'août.

 

L'idée est de provoquer la peur dans la population et le rejet du MAS en créant les conditions sociales pour juger ses principaux dirigeants et même le candidat à la présidence Luis Arce.

 

C'est pourquoi, sous les auspices de l'ambassade des Etats-Unis à La Paz, à travers ses attachés militaires (principalement le major Matthew Kenny Thompson) et avec le soutien du Mossad israélien, ont été créés et entraînés des groupes paramilitaires composés par des officiers de bas rang loyaux aux commandants militaires actuels pour exécuter des opérations secrètes violentes (attentats, sabotages, francs-tireurs, entre autres) pour ensuite les attribuer au MAS.

 

Arturo Murillo en personne a coordonné et contrôlé ces actions. De plus, il est responsable de la création de preuves destinées à les relier au MAS.

 

L'auto-coup d'Etat militaire

 

N'ayant pas pu faire changer la décision du TSE de reporter les élections avec les actions précédentes, ils sont décidés à forcer l'Assemblée Nationale Plurinationale à fermer par la voie juridique ou par l’irruption de militaires.

 

C'est pourquoi Fernando López, le ministre de la Défense, a recruté de hauts gradés militaires des Forces Armées et de la Police Nationale pour diriger cette action militaire.

 

Arturo Murillo a déclaré lors de réunions privées avec les fonctionnaires du bureau politique de l'ambassade des Etats-Unis à La Paz qu'il est très possible d'obtenir que des militaires et des policiers forment un bloc dans la direction de ce nouveau coup d'Etat comme c'est arrivé en novembre pour étouffer les protestations des mouvements sociaux.

 

Mais Tuto Quiroga a été chargé de trouver une façon juridique et conforme à la Constitution de fermer l'Assemblée Nationale Plurinationale.

 

Celui-ci a déclaré lors de ces réunions que si les militaires lui ont donné « de l'argent » pour qu'il les soutiennent en novembre 2019, pourquoi ne le feraient-ils pas à nouveau ?

 

 

Parmi les principaux chefs militaires en service actif recrutés pour la coordination de ce plan se trouvent :

Le général de division Sergio Orellana Centellas, commandant Général des Forces Armées. Nommé à ce poste en mars 2020, à la mi-mai 2020, il a organisé l'entrée illégale de plusieurs officiers du service armé à l'Assemblée Législative qui exigeaient du Congrès qu'il ratifie les mutations militaires de 2020.

 

Le général de division Pablo Arturo Guerra Camacho, chef de l'Etat Major des Forces Armées. A participé avec Orellana à l'incursion illégale au Congrès en mai dernier.

 

Le général de brigade Ciro Orlando Álvarez Guzmán, commandant de la Force Aérienne Bolivienne (FAB). Etait le second chef de la FAB quand le coup d'Etat contre Evo s'est produit. Il a été nommé par Añez chef immédiatement après le coup d'Etat. Il a des relations étroites avec des militaires brésiliens de l'entourage proche de Jair Bolsonaro, le président du Brésil.

 

Le général de brigade Rubén Salvatierra Fuentes, commandant de l'Armée bolivienne. A participé avec Orellana à l'incursion illégale au Congrès en mai 2020.

 

Le contramiral Moisés Orlando Mejías Heredia, commandant de la Marine bolivienne. A participé avec Orellana à l'incursion illégale au Congrès en mai 2020.

 

Il y a une importante pénétration des services spéciaux nord-américains dans les institutions militaires qui a été utilisée pour placer des officiers de confiance dans la plus grande partie de la structure de commandement. Tous ces officiers ont été placés par Jeanine Añez quand elle pris les rênes de l'Etat, sur recommandation de l'ambassade des Etats-Unis, par l'intermédiaire d' Eric Foronda, son conseiller principal à ce moment-là.

 

En outre, font partie de ce groupe les militaires de réserve regroupés dans la coordination nationale militaire, dirigés par le général Remberto Siles et les colonels Julio Maldonado, Oscar Pacello et Carlos Calderón.

 

Parallèlement, les Forces Armées, depuis la mi-mai, réalisent des actions de cyber-espionnage massif destinées à surveiller les principaux membres du MAS, la communauté des citoyens et des journalistes. Pour cela, elles ont mis en pratique le système destiné à la surveillance et au contrôle des lignes cellulaires Imsi Catcher qui compile toute les informations concernant leurs contacts, leur messagerie vocale et leurs messages texte, leur situation physique, entre autres données intéressantes.

 

D'autre part, le Gouvernement des Etats-Unis a décidé de renforcer sa station de la CIA à La Paz pour étayer le travail que son chef de station Rolf Olson est venu faire en secret.

 

Il est prévisible qu'à l'approche de la date prévue pour les élections, il y ait des mouvements de fonctionnaires diplomatiques et que des membres des Troupes d'Opérations Spéciales du Commandement Sud entrent dans le pays (comme en novembre) avec des missions destinées à préparer le terrain avant la déstabilisation.

 

Tout ce plan met en évidence le désespoir qui prime aujourd'hui dans l'aile la plus radicale de la droite bolivienne face à la possibilité réelle de perdre le pouvoir à nouveau, stimulée par la mauvaise gestion d' Añez au Gouvernement. Il y a une décision délibérée de ce groupe de faire n'importe quoi pour ne rendre le pays ni au MAS ni même à Carlos Mesa.

 

C'est pourquoi les Forces Armées et la Police Nationale joueront un rôle essentiel en faveur des intérêts de la coalition de droite.

 

Ce que ce plan ne prévoit pas, c'est l'ampleur du risque d'une explosion sociale dont les conséquences seraient imprévisibles...

 

traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos

Tag(s) : #Bolivie

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :