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Grève générale peu suivie en Bolivie | Le Devoir

 

En Bolivie, les blocages des routes qui ont débuté le 3 août à l’appel de la Centrale Ouvrière Bolivienne (affiliée à la Fédération Syndicale Mondiale) et des organisations sociales ne faiblissent pas, paralysant l’activité économique et politique du pays.

Depuis 10 jours, des dizaines de milliers d’ouvriers, de paysans, de citoyens participent aux blocages et aux manifestations et réclament la tenue des élections le plus tôt possible.

 

 BOLIVIE DEBOUT !


Le pays se soulève de façon spectaculaire face au pouvoir illégitime qui a décidé de reporter pour la 3e fois les élections, officiellement en raison du Covid ! Une grève générale a été lancée et de nombreux axes routiers sont bloqués. La “présidente” actuelle de la Bolivie, Jeanine Anez, est à la tête du pays à la faveur d’un coup d’état contre Evo Morales, le tout avec l’aval et le soutien des USA.

De l’autre côté de la barricade, les soutiens au régime pro-fasciste de Jeanine Anez, la présidente par intérim, multiplient les déclarations martiales, et n’hésitent pas à envoyer des milices paramilitaires pour débloquer les routes.

La Centrale Ouvrière Bolivienne (COB) et les organisations sociales et politiques qui composent une coalition dénommée « Pacte d’unité » exigent que les élections aient lieu le 6 septembre et non le 18 octobre comme l’a récemment annoncé le Tribunal électoral suprême bolivien, reportant ainsi pour la 3e fois les élections sous le prétexte fallacieux de la crise du coronavirus.


Une bourgeoisie bolivienne fébrile

La situation politique pourrait en réalité très vite déborder. Jeanine Añez, l’actuelle présidente par intérim, n’a jamais été élue par le peuple ; sa légitimité et sa popularité sont inversement proportionnelles à celles dont bénéficient encore les syndicalistes et les dirigeants socialistes boliviens écartés du pouvoir par le coup de force de novembre 2019.

Au sein de la bourgeoisie locale, certains estiment que le nouveau pouvoir imposé par le coup d’Etat ne pourra tenir dans la durée. Et encore moins affronter le verdict des urnes. En conséquence, certaines fractions de la classe dirigeante s’affirment en faveur d’une réponse brutale, militaire et sécuritaire face aux manifestations/grèves/blocages.

Marco Pumari, candidat à l’élection présidentielle, a par exemple déclaré : « Qu’attendent les autorités pour déclarer l’état de siège dans le pays ? Et qu’une fois pour toutes, l’armée et la police prennent le contrôle. ». Pour casser les blocages et la dynamique de l’opposition sociale, le gouvernement a également déposé le 11 août une série de plaintes à l’encontre des principaux dirigeants syndicaux et politiques, les accusant de « terrorisme et génocide ».

La plainte concerne au total 12 personnes, notamment le dirigeant de la Centrale ouvrière bolivienne (COB), Carlos Huarachi, et les deux candidats à la présidence et à la vice-présidence présentés par le parti d’Evo Morales, le MAS, à savoir Luis Arce et David Choquehuanca, a annoncé le procureur de La Paz.

Dans une interview accordée au journal argentin Pagina12, Juan Carlos Huarachi, de facto principal opposant au régime fasciste, a dénoncé l’application de décrets gouvernementaux qui « vont à l’encontre de toute une population qui réclame des soins de santé, l’éducation, [ou qui concernent] la question de la production [industrielle] et de l’économie ».

Le secrétaire général de la COB a également affirmé que le peuple bolivien se mobilisait pour demander le respect de la démocratie. « Aujourd’hui plus que jamais, ce gouvernement s’est de facto démasqué comme un gouvernement fasciste et dictatorial », a-t-il ajouté, précisant que l’objectif du gouvernement était de « piller, de privatiser et de vendre nos ressources naturelles. »

« C’est la question sous-jacente, c’est la raison pour laquelle ils suspendent les élections avec de faux arguments. En réponse, le peuple demande des élections pour revenir à un gouvernement démocratique en Bolivie. », a encore insisté le leader syndical.

L’oligarchie parviendra-t-elle à se maintenir au pouvoir ?
Il y a une dizaine de mois, le président Evo Morales et son gouvernement étaient contraints en novembre 2019 de quitter le pouvoir face à une coalition des droites s’appuyant sur une pression internationale maximale, des groupes paramilitaires fascistes locaux et une recrudescence des manifestations hostiles au parti MAS (Mouvement vers le Socialisme) à la tête du pays depuis une dizaine d’années.

On se souvient notamment des accusations mensongères de fraude électorale contre Evo Morales après la victoire de ce dernier aux élections d’octobre 2019. Ces accusations, soi-disant documentées, sourcées et validées par la presse occidentale, avaient servi de détonateur pour manipuler certains blocs du peuple, dupés par la bourgeoisie bolivienne et internationale. Le dossier « prouvant » la fraude a depuis été reconnu comme un fake… après le renversement d’Evo Morales, forcé de s’exiler face au risque d’une arrestation arbitraire et d’une exécution sommaire.

Si les tensions se concentrent aujourd’hui autour de la date de l’élection présidentielle, de nombreux Boliviens estiment également que la gestion de la crise sanitaire et économique – par un pouvoir politique particulièrement corrompu, que personne n’a élu, et qui ne représente donc au final que lui-même – est tout simplement catastrophique.

Quelques rappels factuels
Pendant 14 ans, le gouvernement du MAS a assumé le contrôle des ressources naturelles, augmenté le salaire minimum de 440 à 2060 bolivianos et le revenu par tête de 1120 dollars à 3130, élevé l’espérance de vie de 64 à 71 ans, réduit la misère de 38 à 17%, le chômage de de 8,1 à 4,2% et la dette publique de 52 à 24% du PIB.

Le MAS a par ailleurs abaissé l’âge du départ à la retraite de 65 à 58 ans avec prise en compte de la pénibilité à partir de 50 ans. Evo Morales et son gouvernement ont par ailleurs mis en place le minimum vieillesse (Renta dignidad), des allocations familiales (bon Juacinto Pinto), la construction d’écoles d’infrastructures et de route dans des endroits dépourvus.

Les médecins cubains, invités dans le cadre de la coopération entre l’Etat plurinational de Bolivie et l’île socialiste de Cuba avaient également pu, avant d’être chassé manu militari par les nouvelles autorités boliviennes à la veille de la catastrophe sanitaire de la pandémie de coronavirus, apporter un soutien important à la population et au système de santé local.

La Bolivie d’Evo Morales – premier président indien d’Amérique latine – se présentait également comme un pays pionnier en matière de reconnaissance des droits des peuples autochtones. Bien qu’insuffisantes, les mesures prises par le MAS ont permis aux peuples autochtones de voir leurs droits reconnus, promus et protégés dans un pays dominé depuis son indépendance en 1825 par une élite « blanche » jusqu’à la première victoire électorale du MAS en 2005.

Le retour au pouvoir en novembre 2019 des franges les plus réactionnaires, capitalistes et racistes du pays, sonne ainsi comme la revanche de l’oligarchie bolivienne (et de ses alliés étrangers) sur des populations historiquement méprisées par cette élite : les peuples autochtones, les paysans, les ouvriers, les femmes… Néanmoins, la « divine surprise » de novembre 2019 pourrait se retourner contre l’oligarchie si le peuple bolivien le décide et balaye les représentants de cette élite, par les urnes ou par la rue.

Affirmons notre soutien syndical et sans faille, aux forces sociales et populaires et à la Centrale Ouvrière Bolivienne, en première ligne pour la démocratie face au pouvoir !

La dictature d’Anez doit tomber !

Ne laissons pas la Bolivie devenir un nouveau Chili !

Tag(s) : #Bolivie la COB

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