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Assurance chômage: Martinez dénonce le «populisme» de Macron Nouveau dispositif d'activité partielle : le gouvernement parie sur le  maintien dans l'emploi

 Philippe Martinez et Emmanuel Macron

Geoffroy Roux de Bezieux et Philippe Martinez

 

La direction de la CGT zigzague vers le monde d’après

 

La Riposte

La CGT n’a pas chômé pendant le confinement et sa direction confédérale a eu plusieurs initiatives pour défendre les intérêts des travailleurs. De certaines, en revanche, on s’en serait bien passé !

Il y eu d’abord le « relevé de réunion » du 19 mars, un texte commun avec notamment la CFDT et des organisations patronales, dont le MEDEF. Ce texte, même si le fond ne menait pas à grand-chose, a été un très mauvais signal. Alors que la CGT avait jusque-là refusé clairement les appels à « l’unité nationale », que les militants se battaient sur le terrain pour protéger les salariés contre un patronat cherchant à poursuivre la production à tout prix pour continuer à dégager du profit, voilà que la direction confédérale laisse sortir un texte qui donne l’impression que la CGT, la CFDT et le MEDEF s’y retrouverait ! Ce communiqué est une erreur car il laisse entendre qu’il pourrait y avoir, finalement, une sorte d’unité nationale !

Deux mois plus tard, un autre texte sur l’intervention européenne dans la crise, notamment co-signé par le DGB (syndicat allemand) et la CFDT, fut lui aussi à mettre au passif de la direction confédérale. Ce texte se félicitait des milliards débloqués par la France et l’Allemagne, alors que ces milliards serviront avant tout à protéger les profits des grandes entreprises et qu’à coup sûr on demandera aux travailleurs de les rembourser !

Ces 2 textes ont provoqué des réactions négatives chez beaucoup de militants et soulèvent le problème de la démocratie interne au syndicat. En effet ces 2 signatures apportent la caution de la CGT à des textes dont le fond politique est clairement orienté vers un accompagnement du capitalisme plutôt qu’une volonté de le combattre. Pourtant, ils n’ont fait l’objet d’aucun débat au sein du CCN (le « parlement » de la CGT) ni au sein de la CEC (commission exécutive confédérale).

Pour autant il y a eu aussi de nombreux points positifs !

A commencer par l’accompagnement juridique des camarades pour contrer le patronat, mais aussi la dénonciation systématique des manques de moyens de protection dans les secteurs essentiels comme la santé ou la grande distribution, entre autre. Il y a eu aussi la pétition « plus jamais ça » avec des propositions pour la construction du monde d’après, pétition lancée avec des organisations écologiques et d’autres syndicats. Nous ne rentrerons pas dans le détail des mesures portées par ce collectif sous la dénomination « plan de sortie de crise ». Ce plan souffre indéniablement de nombreux manques. Il a cependant l’avantage de faire converger diverses organisations dans une direction commune, qui consiste ni plus ni moins à passer à une autre forme de société. Chercher à faire prendre conscience que les problèmes environnementaux et sociaux sont liés va également dans le bon sens. Car effectivement, crise sanitaire, crise environnementale et crise économique ont une même origine, le système économique actuel : le capitalisme !

Au-delà des positions communes, la question qui se pose est celle des propositions spécifiques de la CGT. Pour mieux les appréhender, nous nous sommes concentré sur le document intitulé « le progrès social et environnemental c’est possible et urgent ! » rédigé par la direction confédérale. Il donne les grands axes revendicatifs et sociétaux que la confédération propose pour « le monde d’après ». Et il est, finalement, à l’image de ce qu’a fait la direction confédérale pendant la crise sanitaire : une alternance de propositions allant dans le bon sens et d’autres marquant les limites de son programme actuel.

Le piège de la “répartition des richesses”

L’introduction du secrétaire général laisse espérer des propositions en rupture avec le système capitaliste. Il dit par exemple et à juste titre que « cette crise sanitaire donne à voir l’échec du mode de développement capitaliste fondé sur l’exploitation de l’être humain et de la nature ». Plus loin, il ajoute qu’il « faut un autre modèle de société ». Là-dessus nous ne pouvons qu’être d’accord. Ces phrases sont en parfaite harmonie avec le principe de changement de société dont la CGT se réclame. Pour autant les mesures avancées, elles, s’arrêtent systématiquement devant les fondement du capitalisme : la propriété privée des moyens de production.

L’ensemble des propositions est soumis à l’objectif plusieurs fois formulés d’une « juste répartition des richesses », ou de ses variantes : « un juste partage de la valeur ajoutée » ou « un juste paiement de la force de travail ». Jamais le mode de production des richesses, qui détermine pourtant leurs répartitions, n’est attaqué. Cela démontre à nos yeux que la direction confédérale ne veut pas se confronter aux principes fondamentaux du capitalisme. En effet, si on se limite à ces revendications, cela veut dire qu’il y aurait une répartition acceptable des richesses entre les travailleurs et les détenteurs du capital ! La part des richesses qui revient au travail est estimée aujourd’hui à environ 66%. Est-ce que nous devrions nous battre pour atteindre les 70% ? Ou bien les 75% comme dans les années 80 ? Jamais il n’est dit quelle serait cette juste répartition !

Il ne peut y avoir de « juste » répartition de la plus-value entre les capitalistes et les travailleurs. Quoi qu’il arrive, cette répartition sera toujours jugée injuste par une des 2 classes. En fin de compte, elle n’est que le reflet d’un rapport de force dans la lutte de classe : plus le mouvement ouvrier est puissant plus sa part dans la répartition est grande mais à chaque fois qu’il faiblit le capital regagne du terrain !

En fait la direction confédérale espère trouver un équilibre “parfait”  entre les revenus des salariés et ceux des bourgeois. Le problème, c’est que cela n’a jamais existé et n’existera jamais ! Cela revient à vouloir trouver le bon équilibre dans l’exploitation des travailleurs par le patronat. Alors que la valeur est exclusivement créé par le travail, le principe fondamental du capitalisme est, justement, qu’elle doit être “réparti” entre salaire et capital. Quel que soit la répartition exacte, la part qui revient au capital sera toujours un accaparement injuste. Comment prétendre que l’on vise à la transformation de la société en restant enfermé dans une répartition de la valeur entre capitaliste et travailleurs ?

Puisque la direction confédérale reste enfermée dans cet objectif de répartition, toutes ses propositions se limitent à trouver « un juste équilibre ». C’est ainsi qu’elle souhaite un renforcement des services publics (ce qui est une bonne chose) mais ne veut jamais s’attaquer frontalement au secteur privé. Par exemple concernant la santé, la confédération défend « une transformation de notre système de santé autour d’un service public englobant l’offre de soins de ville et l’offre hospitalière, assis sur des centres de santé et des établissements à but non lucratif, intégrant les industries de santé ». On parle de « service public » mais  la précision « à but non lucratif » démontre que la propriété de ces établissements -ou de ces industries- ne serait pas nécessairement publique. En clair, on ne s’attaque pas au secteur privé ! Et on ne mettrait pas sous gestion directe des salariés et usagers tout un tas d’établissement, notamment le secteur pharmaceutique !

D’ailleurs la partie sur le financement ne laisse aucun doute sur le manque de volonté de s’attaquer à la propriété privée des moyens de production et de financement. Il y aurait bien un « pôle financier public » mais seulement basé sur des institutions existantes (Caisse de dépôt, BPI et banque de France), pas de nationalisation ou socialisation des banques privées ! Ainsi ce « pôle public » accorderait des prêts aux entreprises privées avec des contraintes sociales et environnementales mais laisserait les banques privées continuer d’alimenter les mêmes entreprises sur le seul critère de la rentabilité financière !

Sur la question du travail, s’il est bien dit que « sa finalité ne doit pas être la création de valeur pour l’actionnaire » et que l’on doit « maîtriser son contenu, son organisation et sa finalité », les propositions faites ne s’attachent qu’à donner plus de moyens pour que les salariés maîtrisent mieux le contenu et l’organisation de celui-ci mais jamais sa finalité ! L’une des conséquences de la propriété privée des moyens de production, c’est justement que le capitaliste maîtrise la finalité du travail. Sous le capitalisme, cette finalité est la matérialisation sous forme monétaire de la plus-value extraite du travail. La seule finalité du capitaliste est donc l’accumulation d’un maximum de profits sans se soucier de l’utilité sociale de l’activité qui les génère ! Un changement réel de la société permettrait que la finalité du travail soit la satisfaction des besoins sociaux, dégagé de toute question purement financière !

Dans l’industrie automobile, par exemple, la finalité du travail sous le capitalisme est de produire un maximum de voiture au coût le plus faible (pour pouvoir concurrencer les autres et/ou augmenter ses marges) quelque soit les conséquences environnementale. On peut assez aisément penser que débarrassé du capitalisme, la finalité de l’industrie automobile puisse devenir de produire des véhicules le plus proprement possible en quantité juste nécessaire dans une réflexion de déplacement qui serait le plus collectif possible pour éviter la pollution. La finalité du travail dans ces 2 cas sont totalement différentes : l’une répond aux besoins d’une poignée d’individus cherchant à augmenter leurs profits, l’autre répondrait à l’intérêt général !

Ce texte de la direction confédérale bloque, donc, systématiquement devant le mur de la propriété privée. Elle élabore des « vœux » plus qu’un programme concret de remise en cause des fondements du capitalisme, elle « rêve » de pouvoir pousser les capitalistes à devenir plus justes et à abandonner « gentiment » leur pouvoir ! La direction tient ici clairement une orientation réformiste au sens premier du terme, elle « rêve » de changer le système par des réformes successives qui feraient reculer, pas à pas, le pouvoir capitaliste. Pour essayer de ne pas effrayer, elle évite le fond du problème ! Mais on se demande bien pourquoi une organisation ouvrière aurait peur d’effrayer les éditorialistes bourgeois ou la classe capitaliste ! Si, comme le dit le secrétaire général dans son introduction, il faut un autre modèle de société, alors il faut annoncer clairement comment on s’attaque aux fondements de la société actuelle !

La CGT a raison de dire que la crise sanitaire révèle encore plus clairement l’incapacité du capitalisme à permettre à la grande majorité de la population à vivre dignement et à la planète de ne pas dépérir. Mais il faut désigner clairement ce qu’il faut renverser et les principes fondamentaux qui en sont la cause ! Pour être crédible et audible pour les travailleurs, il faut s’attaquer frontalement à la propriété capitaliste. Ce texte ne le fait pas, c’est un réel problème. Le temps nous est compté. La CGT est, à ce jour, la seule organisation des travailleurs en capacité de lutter à grande échelle. Pour cela, il lui faut une orientation clairement révolutionnaire et renouer avec ses objectifs initiaux qui était l’abolition du salariat grâce à la réappropriation sociale des moyens de production !

Sylvain Roch, militant CGT Corrèze

Tag(s) : #CGT

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