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L'armée française déployée dans les bassins houillers pour remettre les mineurs au travail par la force.

 

Mineurs grévistes de 1948 : vers une

indemnisation de tous les descendants

SOURCE France Culture

Plus de 70 ans après les faits, les descendants des mineurs grévistes de 1948 vont pouvoir être indemnisés, a tranché le Conseil Constitutionnel. En 1948, plus de 3 000 mineurs avaient été abusivement licenciés après avoir participé à un mouvement de grève pour protester contre une baisse de leur rémunération. Les mineurs avaient alors perdu, en plus de leur salaire, les avantages que leur conférait leur poste, parmi lesquels un logement, le chauffage et les soins gratuits.

En 2014, un texte de loi avait posé les prémices d'une compensation, reconnaissant le licenciement abusif, et allouant à chaque mineur licencié une somme de 30 000 euros. Leurs enfants pouvaient également toucher - en plus - une somme de 5 000 euros, à condition que leurs parents aient ouvert un dossier auprès de l’Agence nationale pour la garantie des droits des mineurs (ANGDM, créée en 2004). Une cinquantaine de descendants avaient alors déposé une question prioritaire de constitutionnalité, arguant notamment que leurs parents étaient morts avant la création de l'ANGDM ou n'en connaissaient pas l'existence.

Le Conseil Constitutionnel vient d'annoncer, dans un communiqué publié ce vendredi 18 septembre, qu'il jugeait "inconstitutionnelles car contraires au principe d’égalité devant la loi des dispositions subordonnant à certaines conditions le versement d’allocations réparant des atteintes portées aux droits de mineurs licenciés abusivement pour des faits de grève intervenus en 1948 et 1952". Il donne ainsi raison aux descendants des mineurs, qui pourront être indemnisés.

En 1948, une violente répression

Les grèves de 1948 s'étaient caractérisées par un important dispositif de répression, et de nombreuses violences policières. Plusieurs mineurs avaient trouvé la mort et des milliers d'entre eux avaient été blessés. C'est aussi à cette occasion que sont utilisés les premiers gaz lacrymogènes modernes en France : 

Le gaz lacrymogène : des tranchées de la Première Guerre mondiale à un usage "civil"
Dans les archives de Radio France, on peut d'ailleurs entendre le discours du ministre de l'Intérieur de l'époque, Jules Moch, remerciant les CRS et les soldats pour leur bravoure face aux grévistes, le 3 novembre 1948 : 

A l'heure où je parle, dans toute la France, aucun puits n'est plus occupé par un piquet de grève. Partout, en quelques jours ou en quelques heures, les puits ont été dégagés et le travail peut reprendre.

Les hommes à la mine, les femmes dans leurs pauvres demeures, étant délivrés de l'oppression des exécutants locaux du Parti communiste.

Quelques sabotages criminels, trois déraillements de train sur voies déboulonnées, quelques pétards et pierres dans une gare et des maisons, quelques grenades, des bidons d'essence lancés sur les gardes ne changeront rien au résultat : la violente malsaine de quelques énergumènes ne triomphera pas de la volonté de travail de la classe ouvrière. Ainsi, dans la France entière, des hommes libres, désormais assurés de la protection de la loi, s'insurgent contre l'oppression d'une minorité, se refusent à désorganiser plus longtemps notre économie au profit d'intérêts étrangers et lointains.

De fait, la grève se solde par un échec pour les ouvriers. Ils n'obtiennent aucune concession de la part du gouvernement. De son côté, malgré ses efforts, Jules Moch ne parvient pas non plus à briser la CGT et le Parti communiste, comme le rappelait en 2009, dans l'émission Concordance des Temps, Michelle Perrot, professeur émérite de l'Université Paris VII, spécialiste de l'histoire des femmes et du monde ouvrier :

Il faut se souvenir qu'en 1948, c'est la guerre froide qui commence. Et ce que vise Jules Moch, c'est le Parti communiste. Il ne nomme pas les trotskistes, mais il sait très bien qu'il y a eu des trotskistes dans les grèves de 47. Il dit à un moment donné "la violence de quelques énergumènes". Les énergumènes, c'est l'idée que la violence ouvrière est très minoritaire et que lui doit s'appuyer sur la classe ouvrière majoritaire. Il n'avait peut-être pas d'ailleurs complètement tort.

Mais il faut voir que Moch, à cette époque-là, avec un Parti communiste très puissant, fait véritablement figure de social-traître. Il y a une véritable guerre sociale en France, qui est une guerre de classes dont nous n'avons plus idée aujourd'hui. (...) Cette époque est une époque de très grands affrontements. Il y a importation du politique dans le social. 

Tag(s) : #Histoire

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