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Carte du Chili

 

Esteban Silva: “en Chile estamos en el inicio del fin de las AFP”Millions of Chileans Protest Demanding Political Change - Exit - Explaining  Albania

Depuis un an, le peuple chilien manifeste pour sortir du libéralisme instauré par Washington et Pinochet

Par  Jacques Le Bourgeois,

docteur en histoire

Le plébiscite chilien.

Dimanche 25 octobre 2020 , le peuple chilien va vivre un moment historique. Il doit se prononcer sur un changement constitutionnel par un vote plébiscitaire. C’est pratiquement une première dans l’histoire chilienne. Même si ce n’est qu’un premier pas vers un changement possible, le plébiscite suscite une immense lueur d’espérance pour 64% de chiliens. L’enjeu est de taille, car ce sera compliqué. Le pays est véritablement polarisé entre ceux qui refusent ce changement et ceux qui l’approuvent.

Il y a un an, le 18 octobre 2019 exactement, éclatait au Chili, une véritable émeute sociale qui allait mobiliser durant des mois des manifestations ininterrompues dont la plus gigantesque allait rassembler plus de 1 million et demi de personnes rien qu’à Santiago. La pandémie va suspendre cette situation sans l’interrompre. Depuis plus d’un mois les mobilisations ont repris. Parmi les revendications sociales, le changement constitutionnel allait s’imposer avec force. Le gouvernement de Piñera, pressé par la rue et par la signature d’une sorte de pacte transversal entre les partis politiques, après maintes tergiversations, allait finalement accepter le príncipe d’un plébiscite au cours duquel le peuple doit se prononcer sur le changement constitutionel ou non ainsi que sur le mode constituant. Initialement prévu en avril 2020, l’irruption de la pandémie va conduire les autorités à repousser l’événement au 25 octobre 2020.

Dimanche prochain nous devrons répondre à 4 questions: approuve le changement de constitution ou le refuse, pour une assemblée constituante ( 100% citoyenne) ou pour une convention mixte (50% citoyens et 50% parlementaires).

Les sondages donnent une large majorité au changement de constitution, ( Plus de 64% selon la Cadem, organisme officiel, de lundi 19 0ctobre) et une majorité relative à l’assemblée constituante (46 % selon le même sondage). Mais le pays est nettement polarisé autour de ces deux positions.

La constitution en vigueur date de 1981 et, malgré sa refonte partielle en 2005 sous le gouvernement de Lagos, elle est porteuse d’une faute originelle, elle est un produit de la dictature, décidée et rédigée entre 4 murs et approuvée par un plébiscite frauduleux. Par ailleurs, son originalité réside dans la subsidiarité de l’Etat au profit du secteur privé et la fixation d’un quorum si élevé (4/5) qu’il rend quasiment impossible toute modification. Or la plupart des revendications sociales, que ce soit en matière d’éducation, la santé, l’accès au logement, les pensions, l’accès aux ressources naturelles, en particulier le droit de l’eau, se heurtent à ce cadre rigide.

La pays est littéralement divisé en deux, répliquant grossièrement une division droite–gauche, avec d’un côté les partisans du système néo-libéral et et de l’autre, ceux qui s’y opposent ou au mínimum veulent une modification de celui-ci. Cependant au-delà de cette division político-socio-économique, on en reconnaît une autre historique et viscérale. Celle existant entre ceux qui ont appuyé et qui continuent d’appuyer la dictature de Pinochet, et ceux qui ont lutté contre.

A ces deux particularismes locaux, s’ajoutent d’autres prismes qui s’y superposent ou s’y mêlent, il s’agit de la perception écologiste, celle des religions avec en particulier le jeu singulier joué par les évangélistes et leur implication grandissante dans la vie politique défendant des valeurs très conservatrices, celle des peuples originaires, en particulier le peuple mapuche, dont certains revendiquent leur autonomie, voire leur indépendance.

Pour le moment la campagne est relativement calme. Mais l’ambiance est tout de même ponctuée par des actes de violence révélateurs de l’enjeu. Il faut bien comprendre que le gros du peuple chilien est victime d’abus économiques et politiques caractéristiques, répétés et rarement ou insuffisamment sanctionés. La minorité riche craint pour ses intérêts et voit dans la défense du refus (de changement) non seulement la perpétuation de ses privilèges, mais aussi sa propre survie socio-économique. Le peuple Mapuche perçoit enfin l’opportunité d’un véritable changement après des siècles de soumission et d’exploitation. Les estimations de participation sont très élevées, alors que le vote est volontaire, ce qui montre bien l’intérêt d’un tel événement.

Il est vraisemblable que le vote pour le changement l’emporte et que le choix pour une assemblée constituante soit majoritaire. Ce sera un jour historique, car pour la première fois de son histoire, le peuple chilien va participer à l’élaboration de sa constitution. Il est clair que la suite sera compliquée. Mais si le processus est mené à son terme, le changement sera monumental et sans aucun doute une remarquable leçon de démocratie donnée au continent latino mais aussi au monde entier.

 

Santiago, le 21 octobre 2020.

Par Jacques Le Bourgeois,

docteur en histoire

Le plébiscite chilien.

Dimanche 25 octobre 2020 , le peuple chilien va vivre un moment historique. Il doit se prononcer sur un changement constitutionnel par un vote plébiscitaire. C’est pratiquement une première dans l’histoire chilienne. Même si ce n’est qu’un premier pas vers un changement possible, le plébiscite suscite une immense lueur d’espérance pour 64% de chiliens. L’enjeu est de taille, car ce sera compliqué. Le pays est véritablement polarisé entre ceux qui refusent ce changement et ceux qui l’approuvent.

Il y a un an, le 18 octobre 2019 exactement, éclatait au Chili, une véritable émeute sociale qui allait mobiliser durant des mois des manifestations ininterrompues dont la plus gigantesque allait rassembler plus de 1 million et demi de personnes rien qu’à Santiago. La pandémie va suspendre cette situation sans l’interrompre. Depuis plus d’un mois les mobilisations ont repris. Parmi les revendications sociales, le changement constitutionnel allait s’imposer avec force. Le gouvernement de Piñera, pressé par la rue et par la signature d’une sorte de pacte transversal entre les partis politiques, après maintes tergiversations, allait finalement accepter le príncipe d’un plébiscite au cours duquel le peuple doit se prononcer sur le changement constitutionel ou non ainsi que sur le mode constituant. Initialement prévu en avril 2020, l’irruption de la pandémie va conduire les autorités à repousser l’événement au 25 octobre 2020.

Dimanche prochain nous devrons répondre à 4 questions: approuve le changement de constitution ou le refuse, pour une assemblée constituante ( 100% citoyenne) ou pour une convention mixte (50% citoyens et 50% parlementaires).

Les sondages donnent une large majorité au changement de constitution, ( Plus de 64% selon la Cadem, organisme officiel, de lundi 19 0ctobre) et une majorité relative à l’assemblée constituante (46 % selon le même sondage). Mais le pays est nettement polarisé autour de ces deux positions.

La constitution en vigueur date de 1981 et, malgré sa refonte partielle en 2005 sous le gouvernement de Lagos, elle est porteuse d’une faute originelle, elle est un produit de la dictature, décidée et rédigée entre 4 murs et approuvée par un plébiscite frauduleux. Par ailleurs, son originalité réside dans la subsidiarité de l’Etat au profit du secteur privé et la fixation d’un quorum si élevé (4/5) qu’il rend quasiment impossible toute modification. Or la plupart des revendications sociales, que ce soit en matière d’éducation, la santé, l’accès au logement, les pensions, l’accès aux ressources naturelles, en particulier le droit de l’eau, se heurtent à ce cadre rigide.

La pays est littéralement divisé en deux, répliquant grossièrement une division droite–gauche, avec d’un côté les partisans du système néo-libéral et et de l’autre, ceux qui s’y opposent ou au mínimum veulent une modification de celui-ci. Cependant au-delà de cette division político-socio-économique, on en reconnaît une autre historique et viscérale. Celle existant entre ceux qui ont appuyé et qui continuent d’appuyer la dictature de Pinochet, et ceux qui ont lutté contre.

A ces deux particularismes locaux, s’ajoutent d’autres prismes qui s’y superposent ou s’y mêlent, il s’agit de la perception écologiste, celle des religions avec en particulier le jeu singulier joué par les évangélistes et leur implication grandissante dans la vie politique défendant des valeurs très conservatrices, celle des peuples originaires, en particulier le peuple mapuche, dont certains revendiquent leur autonomie, voire leur indépendance.

Pour le moment la campagne est relativement calme. Mais l’ambiance est tout de même ponctuée par des actes de violence révélateurs de l’enjeu. Il faut bien comprendre que le gros du peuple chilien est victime d’abus économiques et politiques caractéristiques, répétés et rarement ou insuffisamment sanctionés. La minorité riche craint pour ses intérêts et voit dans la défense du refus (de changement) non seulement la perpétuation de ses privilèges, mais aussi sa propre survie socio-économique. Le peuple Mapuche perçoit enfin l’opportunité d’un véritable changement après des siècles de soumission et d’exploitation. Les estimations de participation sont très élevées, alors que le vote est volontaire, ce qui montre bien l’intérêt d’un tel événement.

Il est vraisemblable que le vote pour le changement l’emporte et que le choix pour une assemblée constituante soit majoritaire. Ce sera un jour historique, car pour la première fois de son histoire, le peuple chilien va participer à l’élaboration de sa constitution. Il est clair que la suite sera compliquée. Mais si le processus est mené à son terme, le changement sera monumental et sans aucun doute une remarquable leçon de démocratie donnée au continent latino mais aussi au monde entier.

 

Santiago, le 21 octobre 2020.

Tag(s) : #Chili
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