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Couvre-feu: «on perd le contrôle» de l’épidémie, «Macron a une responsabilité personnelle»

Emmanuel Macron a décrété plusieurs couvre-feux à travers la France. Si certains soulignent les paradoxes de ces nouvelles mesures restrictives, d’autres, comme le professeur André Grimaldi, estiment qu’elles sont un aveu d’échec du Président. Il explique à Sputnik que la pandémie serait hors de contrôle, contrairement à ce qu’affirme Macron.

 

Pour autant, cet échec de la stratégie française de tests traduit également, selon professeur émérite de diabétologie, une «carence d’éducation en santé publique». Une discipline «méprisée, détestée» par les médecins, des universités aux cabinets de ville, et dont la France fait aujourd’hui les frais. Autre facteur aggravant en pareille situation, et largement documenté ces derniers mois, les politiques budgétaires qui sont venues malmener l’Hôpital public ces dix dernières années.

 

Des coupes budgétaires qui avaient fait scandale en début d’épidémie, lorsque le directeur de l’ARS Grand Est avait estimé qu’il n’y avait pas de raison d’interrompre les suppressions de poste au CHRU de Nancy. Pour autant, fin juin, un amendement de l’opposition visant à geler les suppressions de lits de réanimation avait été rejeté par la majorité, qui y percevait une «tentative de court-circuiter […] les réformes menées par le gouvernement».

Un faisceau d’erreurs, d’échecs, qui conduisent donc à la mise en place de couvre-feu.

Bars, restaurants et salles de spectacles: «dommages collatéraux»

Principales victimes «collatérales» de la mise en place de ce couvre-feu, qui n’est autre qu’un «confinement généralisé de nuit» aux yeux du professeur André Grimaldi: les professionnels du monde de la nuit,

«Il écrase tout: il envoie au tapis tous les gens du spectacle, tous les restaurateurs qui faisaient bien, ainsi que tous ceux qui faisaient très mal et à qui on n’a rien dit» commente avec amertume le médecin qui estime que «le Président Macron a une responsabilité personnelle.»

Le médecin rappelle ainsi l’attitude du Président de la République après que Jean-François Delfraissy soit sorti de sa réserve début septembre pour enjoindre le gouvernement à prendre des «décisions difficiles». Le nombre d’hospitalisations de patients Covid-19 venait alors de repartir à la hausse.

 

 

Couvre-feu de 21h00 à 06h00 en Île-de-France et dans huit autres métropoles dès samedi minuit, demande de limiter les rassemblements à six personnes à l’extérieur comme à l’intérieur: telles sont les deux principales mesures annoncées par Emmanuel Macron le 14 octobre afin d’endiguer l’épidémie de Covid-19. Peu avant la prise de parole du chef de l’État, le gouvernement annonçait le rétablissement par décret de l’état d’urgence sanitaire.

 

 
 

 

Des restrictions de circulation attendues, mais qui ont provoqué une pluie de réactions sur les réseaux sociaux. «On nage en Absurdie» lâche dans la foulée de l’interview d’Emmanuel Macron le député Les Républicains (LR) Guillaume Peltier. Vice-président délégué du groupe LR à l’Assemblée, il met en avant une brochette de paradoxes: «couvre-feu la nuit, mais métro le jour; métropoles fermées, mais vacances pour tous à la campagne». Même son de cloche à gauche, où Jean Luc Mélenchon avance que «60% des contaminations ont lieu au travail ou à l’école ou à l’université entre 8 heures et 19h».

 

Éviter d'avoir «des cercueils empilés à Rungis»

«On a perdu un mois» regrette, auprès de Sputnik, le médecin André Grimaldi, professeur émérite de diabétologie au CHU Pitié-Salpêtrière. Incapacité à faire respecter les gestes barrières aux jeunes ainsi qu’à appliquer la stratégie de «tester, tracer, isoler»: à ses yeux, ce couvre-feu nocturne est l’aveu d’un double échec de l’exécutif.

«Tout cela a échoué. Quand le Président de la République dit que l’épidémie reste sous contrôle, non, c’est parce qu’on perd le contrôle que l’on prend une mesure pareille», réagit le Professeur André Grimaldi.

Pour ce dernier, il faut sortir de l’ornière du seul indicateur du remplissage des lits de réanimation, ainsi que celle des comparaisons avec les voisins de la France, d’autant plus que la situation a radicalement évoluée depuis la première vague. «On n’a plus de marge de manœuvre, on ne peut plus faire appel aux régions», souligne le professeur de médecine.

Un point qu’évoquait également Emmanuel Macron lors de son interview, lorsqu’il soulignait que «le virus est partout en France, il n’y a pas de réserve cachée».

«Le gouvernement ne pourra pas tenir si vous avez des cercueils empilés à Rungis ou dans les jardins de la Salpêtrière», insiste André Grimaldi.

 

 
 

Pour ce dernier, l’équation du gouvernement peut se résumer ainsi: permettre aux jeunes de sortir tout en ayant un nombre de morts acceptable pour la population, «c’est aussi sinistre que ça». La troisième variable de cette équation étant le maintien de l’économie en fonctionnement.

 

Or, vu la courbe que suivent les hospitalisations, il faut dès à présent éviter la submersion de services de réanimation et donc d’avoir à en venir au tri des patients. Une situation qui est particulièrement mal perçue par l’opinion.

«On sait que le taux de reproduction est supérieur à 1, donc que l’épidémie se développe, mais on n’a pas le chiffre réel», regrette André Grimaldi.

Pour lui, l’une des erreurs a été d’ouvrir les tests à tous plutôt que de les effectuer régulièrement sur des échantillons représentatifs de la population, ainsi que de cibler les gens symptomatiques et les cas contacts. «On aurait pu appliquer une politique “tester, tracer, isoler” que l’on n’a pas appliquée», résume-t-il. Une incapacité à mettre en place une politique de tests cohérente, aujourd’hui dénoncée au-delà du seul cadre médical ou politique.

 

 
 

 

 

 

 

 

Une poignée de jours plus tard, le 11 septembre, quelques heures après une passe d’armes entre Macron et Véran en Conseil de défense sur l’efficacité des tests, la seule mesure annoncée lors d’un discours attendu de Jean Castex fut la réduction à sept jours de la durée d’isolement, contre quatorze auparavant. «Soulagement général et donc dix jours après, les préfets ferment les bars», ironise André Grimaldi, qui pointe ainsi la gestion chaotique de la crise par l’exécutif.

 

Un retard dans les prises de décisions fermes face à l’accélération de la pandémie dans le pays qui n’est pas sans rappeler l’épisode du confinement. À l’époque, nombreux avaient été ceux qui avaient reproché au locataire de l’Élysée d’avoir pris trop tardivement conscience de la gravité de la situation.

 

 

Tag(s) : #Macron Pandémie

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