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Europe Puissance

 

C’est leur nouveau totem. Les dirigeants européens veulent une « Europe puissance » qui sache s’imposer dans le monde. A vrai dire, de telles velléités ne sont pas nouvelles. En 2003 déjà, le chef de la diplomatie de l’UE d’alors, Javier Solana, qui fut également secrétaire général de l’OTAN, présentait une « stratégie européenne de sécurité » ayant notamment pour objectif de « répandre la démocratie » à l’échelle du globe. Désormais cependant, l’affaire semble prendre une nouvelle dimension : en inaugurant son mandat à Bruxelles il y a un an, Ursula von der Leyen affirmait vouloir présider une Commission « géopolitique ».

Il y a d’abord l’émergence de la Chine. Pékin est qualifié de « rival systémique ». Josep Borrell, l’actuel Haut représentant de l’UE pour la politique extérieure, illustrait récemment ce concept (Le Monde du 16/10/20) ainsi : « l’Afrique choisira-t-elle un modèle autoritaire à la chinoise ou un modèle démocratique à l’européenne ? ». Qui imposera son modèle – tel semble donc l’enjeu, vu de Bruxelles. Il y a ensuite l’Oncle Sam. Au grand désespoir de ses traditionnels vassaux atlantiques, celui-ci paraît se désintéresser du Vieux continent, voire mener à son encontre des guerres commerciales. Une tendance qui ne devrait pas disparaître même si Donald Trump était battu dans les urnes.

Il y a enfin la Russie, le « suspect habituel », ou plutôt le coupable systématique. Du dossier Crimée à l’affaire Navalny en passant par le vol malaisien MH17, les Vingt-sept ont la réponse : des sanctions, toujours et encore. Quant au conflit meurtrier qui vient de se réactiver entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, Moscou aurait fait preuve, cette fois, de… trop de retenue en ne maîtrisant pas les deux ex-Républiques soviétiques. Heureusement en tout cas que le Kremlin existe : il fournit un adversaire grâce auquel les Vingt-sept parviennent parfois à l’unanimité. Car dans beaucoup d’autres domaines, les dirigeants européens se lamentent de leurs divisions et donc de leur « impuissance ».

Ainsi de l’attitude à adopter face à la Turquie. De la Grèce et de Chypre qui plaident pour la plus grande fermeté jusqu’à la Bulgarie, qui se targue des meilleures relations avec Ankara, il y a tout un nuancier de postures, au sein desquelles Paris et Berlin s’opposent. Autre brillant succès de l’action extérieure de l’UE : celle-ci formait l’armée malienne depuis des années. Avant que les chefs de cette dernière ne renversent le très impopulaire président, au grand dam du parrain européen.

La politique extérieure d’un bloc supranational ne peut être que celle d’un empire : périlleuse pour la paix, et sans égard pour les intérêts nationaux de ses membres

L’impuissance et les échecs de « l’Europe puissance » ...

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Tag(s) : #Médias Union européenne
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