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Hommage : des milliers de personnes sont attendues place de la République

Après chaque attentat, au plus fort de l’émotion, les dirigeants annoncent leurs bonnes résolutions.

Le 8 octobre 2019, devant les cercueils des quatre policiers assassinés par un islamiste, Emmanuel Macron avait annoncé un “combat sans relâche” contre “l’hydre islamiste”. Le 21 octobre 2020, devant le cercueil de Samuel Paty, décapité par un jeune fanatisé, le même nous a assuré que le combat pour la liberté allait continuer. Nous voulons le croire, ou plus exactement nous voulons y croire parce qu’une élite de professeurs, de policiers, de chercheurs, de soldats, lutte sans désemparer contre la subversion salafiste-wahhabite.

L’enquête sur l’assassinat de Samuel Paty a permis de faire éclater dans les médias des vérités trop souvent occultées : la solitude des professeurs face à l’agressivité d’une minorité de parents et l’inertie d’une hiérarchie dénoncée en 2018 par le mouvement “Pas De Vague”, le dévoiement du droit d’asile, la faiblesse du Renseignement territorial mais aussi, du côté de l’ennemi, le rôle déterminant de la mouvance islamiste dans la commission de l’attentat.

Alors, bien sûr, la “gouvernance” a réagi. Oubliant le mépris dans lequel elle tient les professeurs et les policiers, elle a exalté le courage des uns et des autres puis ordonné des interpellations, fermé des mosquées, dissout des associations… Ces décisions nécessaires ne sauraient faire oublier l’immensité des tâches à accomplir.

Il faut rétablir l’autorité dans l’enseignement public. C’est une œuvre de longue haleine qui implique la restauration de l’autorité de l’Etat et une réflexion sur la relation entre la société et le système d’éducation, prélude à une réorganisation des savoirs.

Il faut mettre un terme aux interventions de nations étrangères dans la vie religieuse de notre pays, par leurs financements et leur propagande. C’est un objectif facile à atteindre mais une décision difficile à prendre en raison des liens officiels et occultes entre la caste dirigeante et l’Arabie saoudite.

Il faut réintégrer dans la nation les trop fameux territoires perdus en donnant à la police, à la justice et aux autorités locales les moyens nécessaires à une lutte sur deux fronts qui sont étroitement liés : le djihadisme sous toutes ses formes et le trafic de drogues. Ces actions de répression, qui devront aussi viser les autorités complices, ne trouveront leur pleine efficacité que dans le cadre d’une politique économique et sociale incompatible avec l’ultralibéralisme.

Là est le point crucial. La situation s’est tellement dégradée dans notre pays depuis quarante ans que toute crise – la subversion islamiste, les inégalités sociales, la crise sanitaire – exige des solutions générales, à proprement parler révolutionnaires. 

Mettre plus d’argent dans les quartiers, donner plus de moyens à l’Enseignement, rénover les commissariats,  cela soulage sans que rien ne change.

Et rien ne change parce que nous vivons une crise du Politique, atteint dans ses pouvoirs souverains, résorbé dans la gestion, occupé à organiser son impuissance – y compris dans les quartiers pauvres où l’on a laissé se développer les trafics pour économiser sur les aides sociales.

Il est pathétique d’entendre M. Blanquer exalter à maintes reprises, dans la même allocution, “les valeurs de la République”. La République n’est pas une addition de “valeurs” mais un corps de principes. Cette République n’est pas une abstraction lyrique – c’est la République française, fruit d’une histoire qui remonte à l’Antiquité, dans son concept, au XVIème siècle dans son affirmation première, à la Révolution de 1789 dans sa définition juridique… Il faut encore rappeler ce que les lecteurs de “Royaliste” savent par cœur : la “République française” des documents officiels est la République de la nation française, rassemblée par l’Etat royal et maintenue dans son unité par nos gouvernements successifs. La République française, c’est l’histoire de la France intégrée et assumée, résumée dans les principes fondateurs de notre Etat de droit.

D’où la vacuité du discours officiel sur les “valeurs”. On ne peut vouloir la République si l’on sacrifie la souveraineté de la nation à une illusoire “souveraineté européenne”, si l’on prétend défendre la Liberté, l’Égalité et la Fraternité dans une nation soumise à des puissances extérieures, si l’on privatise la fonction publique, si l’on sacrifie les citoyens aux règles imbéciles de l’austérité.

Or depuis bientôt quarante ans, l’austérité est la seule perspective offerte au peuple français. La Liberté plie sous cette contrainte, l’Égalité est niée par la loi du profit, la Fraternité est ruinée par l’ultra-concurrence. Considérée comme “dépassée” par sa caste dirigeante, la nation française n’offre plus rien à ses enfants – ni le bien-être, ni la poursuite, au fil de l’histoire, d’une aventure millénaire. Qu’on ne s’étonne pas du repli de certains dans des communautés violentes. La mystique ne s’est pas seulement dégradée en politique politicienne, elle est anéantie par une antipolitique. Sous les artifices de la communication, on oppose au nihilisme terroriste une autre forme de nihilisme…

Les citoyens sont à la peine, sans désespérer pour autant.

***

Editorial du numéro 1197 de « Royaliste » – octobre 2020

Tag(s) : #République

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