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photo de SURCHARGE ET BONDE, LES PATIENTS ATTENDENT DANS LES COULOIRS,  SERVICE DES URGENCES DU CENTRE HOSPITALIER INTERCOMMUNAL D'ALENCON-MAMERS,  ALENCON (61), FRANCE

 

Mes chers lecteurs, je vous avoue que j’ai en ce moment beaucoup de mal à alimenter ce blog. Peut-être est-ce cette pandémie qui se prolonge dans un contexte de fausse normalité qui émousse les cœurs et les esprits. Avec des contacts sociaux réduits et masqués, avec un débat public monopolisé par cette seule thématique, il est difficile de trouver une idée originale – ou plutôt un angle original, soyons modestes – à traiter dans ces colonnes.

Bien sûr, je pourrais traiter un thème sociétal. Tiens, par exemple, cette multiplication d’enfants « trans » qui décident à huit ans – avec l’aide évidente des parents et des médias, tant leur discours est stéréotypé – que malgré les attributs sexuels masculins dont la naissance les a dotés ils sont en fait « une fille emprisonnée dans le corps d’un garçon » (1). Et qui exigent qu’on les appelle par un prénom « de fille » qu’ils se sont choisis. Et qui dans cette croisade ont le soutient enthousiaste de leurs parents – Hallelujah ! Hallelujah ! mon enfant est « différent », c’est tellement tendance – et des médias.

Sans compter avec l’école, qui permet à l’enfant de choisir son prénom à sa convenance sans que dans toute cette affaire il se trouve un adulte, un seul, pour rappeler l’enfant à la réalité – et accessoirement, au principe d’indisponibilité de l’état civil.

Mais que pourrais-je dire d’une telle folie qui s’ajoute à une longue liste sans avoir l’impression de me répéter ? On peut combattre une position politique, on ne peut combattre la folie d’une société – en fait, d’une classe sociale – immature où la négation de la réalité et la manifestation de la toute-puissance infantile sont encouragées.

Alors, on se trouve ramené à cette sacrée épidémie qui, après des mois, devient presque un mode de vie. Un dicton chinois dit que pour connaître son bonheur il faut l’avoir perdu une fois. Quand tout cela sera fini – si nous ne finissons pas nous-mêmes avant – on goûtera peut-être infiniment plus qu’avant les plaisirs simples comme prendre un verre avec des amis, aller à une réunion politique, visiter une exposition ou aller au cinéma.

En attendant, je m’inquiète de voir les gens autour de moi dépérir à force de solitude, d’incertitude, du bombardement constant et anxiogène des médias et des réseaux sociaux qui propagent toutes sortes d’insanités.

Les lecteurs assidus de ce blog savent qu’on peut difficilement m’accuser d’être systématiquement contre le gouvernement. Si je devais errer, ce serait plutôt dans le sens inverse. A cela, deux raisons : la première, c’est que je me méfie instinctivement lorsque ceux qui critiquent ceux qui font. « La critique est facile, l’art est difficile » disait mon grand-père, et il avait tout à fait raison : j’ai trop connu des « yaka fokon » pour ne pas être sceptique.

La deuxième raison de ma méfiance tient peut-être au fait que j’ai eu la chance de pouvoir observer le fonctionnement des institutions de près. Et je vous assure que cela nourrit une conscience aigüe de la difficulté du métier de gouverner. Je vous propose un instant de vous mettre dans la peau d’un ministre. Certes, vous êtes logé dans un bel hôtel particulier, vous disposez d’un chauffeur qui vous conduit à vos rendez-vous et d’un cuisinier qui se charge de vos repas. Vous êtes entouré d’un cabinet composé de gens que vous avez choisis et qui travaillent – en théorie – pour vous, et qui font la liaison avec une administration – de moins en moins – nombreuse, et – de moins en moins – compétente, mais aussi avec des lobbies – de plus en plus – revendicatifs et rompus à la communication. Et in fine, une fois que vous avez écouté les avis contradictoires de vos fonctionnaires, vos experts, vos collaborateurs, vos lobbies, et last but not least les directives du Président qui vous a nommé, la décision finale vous appartient.

Et quelle que soit cette décision, vous serez trainé dans la boue par les mécontents.

Comment ne pas comprendre dans cette situation la tentation qui assaille tout politique, celle d’ouvrir les parapluies et de faire plaisir à tout le monde ?

Comment tenir fermement la barre quand remontent de la base en permanence des revendications catégorielles, souvent parfaitement justifiées tant sur le plan économique que sur le plan humain, mais qui s’opposent à l’intérêt général ? Surtout lorsque vous savez que le peuple français ne rend justice à ses dirigeants qu’à titre posthume…

Prenons l’exemple des patrons de café. Ils vous expliqueront qu’ils ont mis en œuvre des protocoles sanitaires stricts, et que si leurs cafés sont devenus des foyers de contamination, c’est la faute aux clients qui ne respectent pas les règles. Admettons. Mais le fait ne reste pas moins que lorsque les cafés restent ouverts, les gens se contaminent. Les fermer est donc une nécessité, même en supposant qu’il n’y a aucune « faute » de leurs propriétaires (2).

Comment expliquer et faire accepter une telle mesure par des gens qu’on prive de leur gagne-pain ? Autrefois, on envoyait des gens dans les tranchées – des gens qui, eux aussi n’avaient « rien fait » pour mériter ce sort – pour défendre les intérêts de la nation. Pourquoi ne peut-on faire comprendre aux patrons de café – en admettant qu’ils n’ont, eux non plus, « rien fait » pour mériter la fermeture – que leur sacrifice est nécessaire ?

C’est là qu’on touche une dimension particulière de la politique, qui fait toute la différence entre un Président et un PDG. Le PDG est le représentant d’abord de l’intérêt des actionnaires, le Président parle au nom de l’intérêt général. Lorsque le PDG demande des sacrifices à son personnel, le but – au-delà des discours – est toujours d’augmenter les bénéfices des actionnaires. Lorsque le Président demande des sacrifices, il les demande au nom et au bénéfice de l’ensemble des citoyens constitués en nation.

Mais pour que ce discours soit entendu, il faut qu’il soit cohérent. Si dans ses discours le Président présente pendant des années la France comme une entreprise, le politique un simple gestionnaire, le citoyen un client du service public, alors demander des sacrifices n’a aucun sens.

Et c’est exactement ce qu’on fait depuis de longues années.

Pour ne donner qu’un exemple, comment prétendre que l’Etat n’est pas une entreprise lorsqu’on appelle en permanence des cabinets de conseil dont l’expertise est acquise en entreprise pour concevoir les réformes de la fonction publique ou de l’organisation de l’Etat ? 

Or, on imagine mal McDonalds ou Amazon demandant à leurs clients des « sacrifices ». On m’objectera que dans une société de classes l’intérêt général est une fiction. Peut-être, mais c’est une fiction nécessaire pour rendre la vie en société possible. Et une fiction nécessaire doit être cultivée pour être efficace.

Ensuite, il faut un minimum de gravité dans le discours. Demander à des gens de sacrifier leur gagne-pain ou leur vie n’apparaîtra justifié que si la situation est dramatique, que si un intérêt supérieur peut être invoqué à l’encontre des intérêts particuliers. Et cela suppose de la part des gouvernants une capacité à assumer cette dramatisation.

En d’autres termes, il ne suffit pas de proclamer « la patrie en danger », il faut être capable de l’incarner. Cela demande une gravité, une cohérence qui est absente de la communication gouvernementale. On peut discuter de l’intérêt de proclamer que « on est en guerre ».

Mais si on prend cette ligne, alors le gouvernement ne peut pas laisser son porte-parole banaliser le port du masque, ou partir ostensiblement en vacances, au contraire : il faut un porte-parole qui inspire confiance, et que le gouvernement reste à Paris gérer les affaires des Français. S’il faut sauver la Patrie, si la lutte contre la pandémie devient la priorité absolue, alors tous les débats secondaires qui pourraient être des facteurs de division doivent être suspendus sans ambiguïté aucune.

Souffler le chaud et le froid sur une éventuelle reprise des débats sur la réforme des retraites ou sur la PMA jette un doute sur les priorités du gouvernement.

Enfin, et c’est peut-être le plus important, le politique doit dessiner un horizon. Il est difficile de demander des grands sacrifices si l’on n’est pas capable de dessiner une perspective que ces sacrifices vont construire. Macron s’était engagé dans cette voie lorsqu’il avait embrassé l’idée que le monde d’après ne serait pas un retour au monde d’avant. Le problème est que la définition du monde d’après traîne lamentablement.

Il faut des propositions concrètes capables d’entraîner un large consensus social, ce qui suppose d’associer l’ensemble des forces vives de la nation tant au combat qu’à la reconstruction. Ce n’est pas par hasard si les « gouvernements de guerre » sont des gouvernements d’union nationale, avec la participation de des courants les plus divers.

Ce fut le cas par exemple du cabinet Clemenceau en 1914-18, de celui de Churchill et bien entendu du GPRF de De Gaulle. Cela ne désarme pas les oppositions : on savait parfaitement que sous Churchill conservateurs et travaillistes ne voulaient pas le même avenir – Churchill sera d’ailleurs battu par Atlee lors des premières élections qui suivirent la fin de la guerre – tout comme on savait que communistes et gaullistes ne voulaient pas tout à fait la même société pour la France. Mais cette unité marque une hiérarchie des priorités, entre les objectifs vitaux sur lesquels tout le monde est d’accord – gagner la guerre, chasser l’ennemi du territoire – et les objectifs secondaires, ce qu’on fera après.

Macron et les siens sont incapables de s’engager dans cette voie. Parce que c’est un politicard et non un homme d’Etat, il n’a d’autre horizon, d’autre préoccupation que l’élection présidentielle. Or, il ne peut gagner cette élection que grâce à une polarisation extrême de l’opinion. Malgré sa modération apparente, son « centrisme » proclamé, il y a une caractéristique commune qui fait que Macron ressemble aux populistes comme Trump ou Johnson. Tous trois doivent leur élection à la polarisation de l’électorat. Ils ont donc tout intérêt à maintenir cette polarisation.

C’est là où se trouve la contradiction la plus intéressante : alors que nous sommes frappés par une catastrophe qui nécessite de donner à l’action des institutions large base dans l’opinion, nous avons un monde politique qui, de gauche à droite et tout particulièrement au pouvoir, cultive la polarisation et donc le conflit. Imaginons un instant que Macron eut envie de construire un gouvernement d’union nationale pour faire face à la pandémie.

Est-il imaginable qu’il invite Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon à y faire part ? (3). Non, bien sur que non. Comment pourrait-il d’ailleurs diaboliser le candidat du RN ou celui de LFI en 2022 après avoir gouverné avec eux ? A la décharge de Macron, il faut dire que ses adversaires ne valent pas mieux que lui.

Ce n’est d’ailleurs pas un phénomène nouveau : La polarisation de la vie politique française est une réalité qui s’est progressivement installée depuis la fin des années 1970 – souvenez-vous de la formule « vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaires » (4). Aujourd’hui, elle est l’élément dominant de la vie politique : on a élu Hollande simplement parce qu’il n’était pas Sarkozy, on a élu Macron parce qu’il n’était pas Le Pen.

Ce besoin de maintenir une polarisation dans une perspective électorale tout en gérant une situation qui nécessite l’unité dans l’action et dans les objectifs crée une contradiction qui explique en partie les difficultés des pouvoirs populistes à gérer la crise.

Ce n’est pas par hasard que Trump et Johnson sont en difficulté, et la même chose vaut pour Macron. N’ayant pas le souci – ni les moyens – de rassembler la nation derrière eux, ces gouvernements se trouvent à devoir prendre des mesures « dures » dans un contexte d’incertitude qui les rends facilement contestables, et sachant que les oppositions de toutes sortes chercheront à en tirer parti, quitte à avoir recours aux logiques les plus obscurantistes. Pas le meilleur contexte pour gérer une telle situation.

A cela s’ajoute une nation fragilisée par des années de néo-libéralisme. Et je ne parle pas ici des dégâts matériels des politiques néolibérales, avec leur obsession de réduction de la dépense publique. Je parle des dégâts symboliques qui ont laissé des trous béants dans le service public. Un simple exemple : depuis quelques semaines, les dirigeants des hôpitaux français tirent la sonnette d’alarme : on se dirige vers une pénurie de personnel soignant.

On constate en effet que depuis le début de l’épidémie, pas mal de soignants ont quitté l’hôpital ou souhaitent changer de métier. Le métier est trop dur, mal payé, les gens ont été traumatisés par les premiers mois de la pandémie. On en et même à offrir de l’argent à ceux qui accepteraient de renoncer à leurs congés. Fort bien, mais revenons un siècle en arrière : imagine-t-on les soignants de 1914-18 « changeant de métier », traumatisés par l’afflux de blessés et de mourants – et c’était autrement plus « traumatisant » que le Covid, croyez-moi, ou partant en vacances alors que leurs services étaient indispensables, prime ou pas prime ? Non, bien sur que non.

D’ailleurs, l’auraient-ils voulu qu’ils ne l’auraient pas pu : le personnel médical était mobilisé pour tenir les hôpitaux de campagne et la nation n’aurait pas accepté ce qui aurait été regardé comme une désertion.

Pourquoi ne peut-on faire la même chose aujourd’hui ? Pourquoi des personnels quittent leurs fonctions au moment où elles sont les plus indispensables sans le moindre sentiment de responsabilité ? Pourquoi faut-il offrir des primes juteuses pour dissuader les soignants de partir en vacances ? Parce que, pour pouvoir mobiliser les gens, pour que cette mobilisation soit légitime, il faut que le rapport que les individus entretiennent avec les institutions soit un rapport qui dépasse la simple relation commerciale. Si le fonctionnaire n’est qu’un simple employé, il n’a pas plus de raison que l’employé de Carrefour ou d’Amazon de mettre l’intérêt collectif devant son intérêt personnel.

Les fonctionnaires qui en 1940 ont sauvé les trésors du Louvre en les cachant de l’occupant et ont mis en sécurité l’eau lourde française en Grande Bretagne ont agi non pas en employés, mais en citoyens et surtout, en agents conscients des intérêts que la nation avait déposé entre leurs mains. Ils ont risqué leurs vies au nom d’un intérêt général qui les dépassait, et sans demander une quelconque récompense.

Aujourd’hui, à l’inverse, on propose des « primes covid » pour les soignants et les fonctionnaires, ce qui revient à inscrire ce qui devrait être un acte citoyen dans un rapport monétaire, de donner une valeur en argent au dévouement et à la responsabilité, bref, de réduire le rapport aux institutions au « paiement au comptant », pour utiliser la formule de Marx.

C’est en cela que le néo-libéralisme a été le plus néfaste : il a fait de l’Etat un prestataire de services, du fonctionnaire un employé, du citoyen un client. Et si en temps normal cette dégradation avait des effets néfastes mais discrets, la chose apparaît en période de crise dans toute sa splendeur.

Le constat est simple : même s’il y a encore de beaux restes – notamment dans la fonction publique – il est de plus en plus difficile de faire agir les individus en tant que citoyens, c’est-à-dire, d’obtenir qu’ils fassent abstraction de leurs propres intérêts au nom du bien commun. Voilà quelque chose qui mériterait qu’on s’y penche dans « le monde d’après »

Descartes

(1) https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/09/17/a-aubignan-baptiste-8-ans-est-devenu-lilie-a-l-ecole-avec-l-accord-de-l-education-nationale_6052501_3224.html

(2) Ce qui, accessoirement, est fort discutable. J’en prends par exemple les déclarations d’un cafetier marseillais qui « il montre une vidéo sur son téléphone. On y voit des jeunes danser sous une boule à facette, serrés comme des anchois dans l’espace restreint du bar. « A minuit, je baisse le rideau, c’est l’heure légale et ensuite, on continue à l’intérieur. Jusqu’à 4 heures, 6 parfois.

Ensuite, je les fais sortir par-derrière. » » (Le Monde, 26 septembre 2020). Il est peut être injuste de faire payer ceux qui appliquent strictement les mesures barrière pour l’irresponsabilité des autres, mais dès lors que l’Etat n’a pas la possibilité de mettre un policier dans chaque établissement, on voit mal comment on pourrait l’éviter.

(3) A titre de comparaison, rappelons que dans la France Libre on trouvait un spectre qui allait des monarchistes catholiques violemment anticommunistes jusqu’aux staliniens impénitents.

(4) Certains ont essayé d’exploiter la polarisation avant cette date. Souvenez-vous par exemple de la tentative mitterrandienne de coup d’Etat en mai 1968. Mais il n’est pas inutile de rappeler qu’à l’époque même le PCF – pourtant diabolisé par le gouvernement de l’époque – avait maintenu des discussions secrètes avec le gouvernement pour aboutir à une gestion concertée de la crise.

Ça n'empêche pas Nicolas                Ça n'empêche pas Nicolas

Les textes écrits par Descartes sont toujours matière à réflexion. Ils ouvrent des fenêtres qui permettent souvent de repenser le problème posé d'une autre manière, de l'approfondir et d'apporter des nuances à notre jugement premier.

L'article que nous reproduisons ci-dessus nous laisse cependant perplexes.

Descartes, au sujet de la pandémie, donne l'impression de comprendre, du fait des difficultés de gouverner, la gestion ératique de l'épidémie par Macron, et se fait, se croit obligé de rappeler qu'il est un adversaire de la politique présidentielle...

Descartes ne prend pas un compte la politique de classe suivie par l'hôte de l'Elysée et de ses effets sur la gestion de la covid 19, ni des motivations plus politiques des mesures prises par ailleurs, telle la loi libertice Avia, censurée par le Conseil Constitutionnel pour atteintes aux libertés. 

Descartes semble, de ce fait, déplorer que le personnel soignant fasse passer ses revendications avant le souci patriotique de sauver d'abord la santé des Français à l'égal du sacrifice des poilus de 14-18.

C'est pourtant l'esprit qui ressort de l'attitude des infirmières et des médecins qui frappe les esprits, avant même les droits qui leur sont contestés. Descartes, dans cet article n'aborde pas la volonté du pouvoir de poursuivre en ces jours difficiles sa politique de rentabilité comptable, en fermant actuellement , de nouveaux lits d'hôpitaux...

Mais peut-être exprimons-nous là des critiques que le texte de Descartes ne mérite pas ?

 

Tag(s) : #Macron Santé, #Services publics