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RT France

Place de la Bastille, beaucoup de slogans étaient revendicatifs, inquiets ou provocateurs. LP/Aurélie Ladet

 

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« Si vous ne faites pas assez de bruit, je vais chercher les Black Blocs », ironise un manifestant. Sur les marches de l'opéra Bastille à Paris, ce mardi midi, des dizaines de personnes scandent : « De l'air, de l'air, de l'air pour la Culture! » Certains portent des nez de clown, d'autres des pancartes sur lesquelles s'affichent des slogans revendicatifs, inquiets ou provocateurs : « On est plus essentiels que ton mépris », « Dis, quand rouvriras-tu? Dis, au moins le sais-tu? », « Alerte enlèvement : Roselyne Bachelot, 73 ans, ministre »…

Autour de la place de la Bastille, des milliers de manifestants * sont réunis pour protester contre la fermeture prolongée des lieux de culture jusqu'au 7 janvier au moins, annoncée jeudi dernier. « On nous empêche de travailler! explique Aurélia Tastet, comédienne et autrice, un masque en tissu coincé sous son nez rouge. Je fais du théâtre de rue : on a mis en place des mesures sanitaires qui nous permettraient de jouer sans aucun risque. Je n'accepte pas qu'on me dise que je ne suis pas essentielle alors qu'il est autorisé d'aller dans un magasin acheter de la crème de jour. »

«Laissez les athées se rendre dans leurs lieux de culte»

Directrice adjointe du Nouveau Théâtre de Montreuil (Seine-Saint-Denis), Véronique Bellin partage ce sentiment « d'injustice » : « On nous oblige à rester fermés malgré un protocole sanitaire efficace et on laisse les gens se ruer dans les commerces pour acheter des cadeaux de Noël … C'est un choix de société. » Autour d'elle, de nombreuses affiches s'agacent du sort réservé aux lieux culturels quand églises, mosquées et synagogues sont ouvertes : « Laissez les athées se rendre dans leurs lieux de culte », clame l'une d'elles.

Plusieurs manifestants dénoncent le « mépris » du gouvernement et sa « méconnaissance » du secteur : « C'est intolérable de nous prévenir trois jours avant la date prévue de réouverture, alors qu'on a répété nos spectacles et qu'on s'est réorganisés pour accueillir le public en toute sécurité », s'insurge Lucie Chataigner, directrice du Théâtre des Bergeries de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis). En tant qu'adhérent au Syndicat national des scènes publiques, ce lieu se joindra d'ailleurs au recours en « référé liberté » que s'apprêtent à déposer de nombreux professionnels au Conseil d'Etat afin de demander la réouverture des salles.

« Les aides financières ne sauveront pas les compagnies et les artistes les plus fragiles, estime Lucie Chataigner. La seule manière d'aider le secteur de la culture, c'est de nous laisser rouvrir… » Dans la foule, on distingue la chevelure rousse de la comédienne Véronique Genest. « Cela fait deux fois qu'on me demande d'arrêter le spectacle que je joue (NDLR : la pièce « Betty's Family »). C'est incompréhensible. Si on est en danger dans un théâtre alors qu'on est masqués, espacés et qu'on nous prend la température à l'entrée, alors on est en danger partout! Et on n'a aucune perspective… »

Un peu plus loin, Gilles Lellouche et François Civil, qui partageront l'affiche du film « Bac Nord », discutent avec leur producteur Hugo Sélignac. « Quand je vois le monde dans les centres commerciaux, je me dis que la situation est ubuesque, assure Lellouche. En fermant les salles, on laisse les gens prendre l'habitude d'aller sur les plates-formes. Alors que, dans un temps aussi complexe et sombre, dans cette société de repli, c'est tellement important d'avoir des lieux de culture, des moments de rêverie et de partage! »

 

VIDÉO. La culture dans la rue : « On est en train de crever ! »

« On est là par solidarité avec les exploitants de cinéma, les théâtres, les musées, qui ont fait tellement d'efforts pour être irréprochables sur le plan sanitaire », assure François Civil. « Nous, on est déçus et inquiets, mais on est des privilégiés, renchérit Hugo Sélignac. Il y a des gens ici qui sont dans une détresse bien plus grande que la nôtre. » A quelques mètres de là, une colonne Morris annonce toujours la sortie le 23 décembre en salles de « Bac Nord »…

Tag(s) : #Résistance Culture
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