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Arnaud Montebourg : "Le système politique aujourd’hui, en France, est un des moins démocratiques du monde occidental"

Emmanuel Macron a demandé à Gérald Darmanin de revenir sur la loi sécurité globale, et en particulier sur l’article 24 qui cristallise toutes les tensions. Cet article sera entièrement réécrit, a annoncé le parti présidentiel. Arnaud Montebourg, sur ce sujet, estime qu’il faut "écouter la société, qui a des aspirationsGouverner de façon unilatérale et brutale, dans un pays où il n’y a pas de contre-pouvoir signifie que "le système politique aujourd’hui, en France, est un des moins démocratiques du monde occidental".

Le contre-pouvoir à l’Assemblée nationale, pour l’ancien ministre, "est une théorie qui ne s’est jamais vérifiée". "Le Sénat fait de la résistance et l'a toujours fait, mais c’est une chambre qui est assez mono-colore et conservatrice". De fait, en France "il n’y a pas d’équilibre dans le système et il n’y a pas de responsabilité de celui qui prend les décisions du gouvernement, c’est-à-dire le président de la République".

Pourtant, ce dernier a bien demandé au ministre de l’Intérieur de revenir sur l’article 24 après les mobilisations dans la rue. "Le problème, c’est la rue : est-ce qu’on est obligés dans notre pays, de devoir manifester, d’ailleurs de plus en plus difficilement, d’affronter la police, pour pouvoir se faire entendre ?Pour Arnaud Montebourg, la "vraie démocratietelle qu'elle fonctionne dans tous les pays européens", c’est un groupe de personnes qui discutent autour d’une table et trouvent "des compromis".

Le texte va être revu car "de toutes façons, ça ne passe pas", juge le fondateur de Bleu Blanc Ruche. "Dans la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, il y a la possibilité pour chaque citoyen de demander des comptes à son administration, à tout agent public. Donc c’est normal", juge l’ancien ministre.

 

"La technocratie surpuissante a pris le pouvoir dans notre pays"

Arnaud Montebourg, alors qu’il était ministre, avait tenté de lancer le débat sur la réindustrialisation de la France, sur la souveraineté, sur la technologie. Avec son nouveau livre, L’Engagement, on pourrait supposer qu’il revient en politique. Il juge surtout qu’il revient "pour tirer les leçons du passé pour qu’elles servent au futur". "On ne peut pas aujourd’hui considérer que les Français puissent être entendus dans le système actuel", juge l’ancien ministre qui parle par "expérience". Son analyse est simple : rien ne changera "si on ne touche pas les conditions dans lesquelles on a organisé le pouvoir".

"La technocratie surpuissante a pris le pouvoir dans notre pays", analyse Arnaud Montebourg. "La technocratie, ce n’est pas que la haute administration ; c’est le personnel politique qui en est issules patrons des grandes boîtes publiques et privées, les banques, les assurances explique-t-il. Un cercle invisible qui a pris le pouvoir dans notre pays et qui, d’une certaine manière, l’administre à sa guise et selon ses vues", ce qui ne manque pas de poser certains problèmes comme la vente "en pièces détachées" de plusieurs fleurons industriels français. "C'est le produit de cette pensée assez mondialisatrice qui est celle de la classe dirigeante de notre pays, endogamique, entre-soi, qui tient le pays et c'est un énorme problème".

 

"Il y a un seul plan social à faire, c’est le plan social au sommet de l’État"

Pour résoudre le problème, il estime qu’il y a "un seul plan social à faire, c’est le plan social au sommet de l’État". "A la tête des hautes administrations il faudrait mettre des universitaires, des petits patrons, des syndicalistes… des gens qui connaissent la société et qui souhaitent l’aider". Aujourd’hui, "nous sommes dirigés par des administrateurs" qui règlent la vie des autres, alors qu’il nous faudrait "des ingénieurs", qui construisent "des projets opérationnels". Le système d’aujourd’hui est un "système qui, du haut, organise la société en basdénonce Arnaud Montebourg.

Alain Griset, chauffeur de taxi, est malgré tout ministre des PME. Pour Arnaud Montebourg, ça ne change rien : "il n’a aucun poids politique" affirme-t-il. Et une nouvelle fois, il parle par expérience : "j’ai été ministre de l’Économie" et pourtant, même pour lui, il a été "très difficile de se faire accepter par l’administration" car celle-ci "décide" bien que "les ministres passent". "Pour la commander et prendre le commandement de l’administration, qui est le rôle constitutionnel du ministre, puisqu'il est le chef de l'administration, il faut se lever tôt et se coucher tard", explique le ministre pour souligner la difficulté de la tâche.

Quant à Emmanuel Macron, "c’est le produit pur, c’est l’inspecteur général des finances, donc c’est le produit de la Haute administration", comme François Hollande, Jacques Chirac… "À part le Général de Gaulle, François Mitterand et Nicolas Sarkozy, il n’y a pas d’exemples" d’un président qui ne soit pas issu de la Haute administration.

 

"Un parti politique, ça ne m’intéresse pas"

Malgré ces critiques, Arnaud Montebourg explique qu’il n’en est qu’à "raconter cette histoire qui n’a pas été racontée de l’intérieur" et la "partager avec les Français". "Quel est le projet sur lequel on va tous s’engager ?" demande l’ancien ministre. Essayer d’aider à trouver cette réponse est la raison pour laquelle il "a repris la parole"… sans pour autant annoncer une potentielle candidature.

La France Insoumise fait des appels du pied à l'ancien ministre. "Un parti politique, ça ne m’intéresse pas : j'ai quitté un parti politique, ce n'est pas pour entrer dans un autre ! J’ai quitté le Parti socialiste, sans fracas, sur la pointe des pieds, parce que je considère qu’ils ne sont pas en mesure de traiter les problèmes." "Je ne fais pas d'alliance, ça ne m'intéresse pas ajoute-t-il. Pour l'instant je défends des positions !"

 

Annulation de la dette Covid : "Il ne faut surtout pas en faire un sujet tabou !"

Arnaud Montebourg s'est prononcé pour une annulation de la dette liée à la crise du Covid. "Je voudrais qu'on ne caricature pas cette position souligne-t-il, défendue par de nombreux économistes, par des investisseurs institutionnels et par certains pays européens, comme l'Italie. Ils disent que la dette Covid est insoutenable, qu'on ne pourra pas la rembourser avant longtemps, sauf si on fait des plans d'austérité. Il faut trouver une stratégie comme celle que les Américains ou les Anglais ont inventée, qui consiste à monétiser la dette. Les créanciers ne sont pas spoliés, c'est la Banque centrale européenne qui achète les titres publics sur le marché secondaire même, pour les mettre dans son bilan".

"La Banque des règlements internationaux, qui est la banque centrale des banques centrales, a d'ailleurs préconisé l'annulation dans le bilan des banques centrales d'un certain nombre d'endettements. Cette question va se poser dans le monde entier ! assure-t-il. Il faut la poser avec tous les pays européens, et le faire avec la banque centrale européenne insiste-t-il. Il ne faut surtout pas en faire un sujet tabou ! On va prélever les 500 milliards de dette sur qui ? interroge-t-il. Les entreprises ? On va les tuer. Les ménages ? On va les tuer...

Tag(s) : #Arnaud Montebourg

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