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Restaurants clandestins : ne moralisons pas la bourgeoisie, mangeons-la !

Alors que débute le troisième confinement et que les amendes de 135€ continuent à pleuvoir sur des citoyens qui s’accordent un moment de convivialité en extérieur, nous avons appris que des restaurants clandestins réunissaient, sans masque ni « gestes barrières », les membres de la classe bourgeoise, à Paris. C’est l’énième épisode d’une lutte des classes en temps de Covid, dans laquelle les dominants prônent pour le bas peuple ce qu’ils n’appliquent pas eux-mêmes.

Un reportage réalisé par M6 a révélé l’existence d’un dîner organisé par un collectionneur d’art, où l’on entre par cooptation et où l’on peut déguster un menu à plusieurs centaines d’euros, réalisés par le chef Christophe Leroy. Lequel est réputé pour arnaquer ses sous-traitants et arrondit ses fins de mois ainsi, tout en touchant des aides de l’Etat pour son restaurant dans le Var. Dans le reportage, la voix déguisée du maître de cérémonie, Pierre-Jean Chalençon, évoque d’autres restaurants clandestins où il aurait croisé des ministres. Et de fait, ce n’est pas une hypothèse absurde puisque ce monsieur au look de dandy bling bling est proche de toute la classe politique, notamment macroniste (mais aussi frontiste, puisqu’il était présent à l’anniversaire de Jean-Marie Le Pen).

Ce n’est pas la première fois que nous sommes les spectateurs impuissants des contournements de la classe bourgeoise pour continuer de mener sa vie faste et sociale en temps d’épidémie. L’année dernière, le président du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux, faisait des allers-retours en jet privé entre sa résidence secondaire et Paris, au mépris des interdictions alors en vigueur. Plus récemment, Emmanuel Macron était contaminé suite à un petit dîner à 12 convives, alors que la règle répétée à longueur de point presse du gouvernement était de se limiter à six à table. Ce n’est qu’au début de cette année que nous prenions connaissance de l’existence de restaurants clandestins dans les beaux quartiers de la capitale, où des magistrats avaient été surpris en train de déjeuner. Et à la mi-mars, c’est le directeur général de BFM TV, Marc Olivier Fogiel, qui se faisait un petit gueuleton dans l’un de ces établissements.

Le point commun de tous ces gens ? Ils sont ceux qui dirigent la politique sanitaire de la France et la légitiment. Ils donnent des leçons à la terre entière, mettent en œuvre les mesures liberticides que nous connaissons, accusent régulièrement les gens de « se relâcher »…

Les bourgeois se sentent moralement supérieurs à nous mais aussi plus sains et plus purs

Mais qu’est-ce qui se passe dans la tête de tous ces gens ? Par quel miracle peuvent-ils faire au quotidien ce qu’ils prétendent combattre avec force en public ? D’abord, ils agissent ainsi par opportunité car comme nous l’avons souvent écrit, la classe dont ils font partie se sent au-dessus des règles. Et c’est normal, parce que les règles sont de plus en plus faites pour l’épargner.

Les patrons ont de moins en moins de contraintes en termes de droit du travail, les hauts fonctionnaires peuvent pantoufler dans le privé pour se faire de l’argent facile, les ministres et présidents n’ont plus aucun compte à rendre – notre ministre de l’Intérieur est accusé de viol et ça ne l’empêche pas de rester en place, la tête haute.

Les règles du confinement sont du même acabit : 135€ d’amende, si tant est que les flics se déplacent dans les hôtels particuliers où ont lieu ces sauteries, c’est quoi, pour un grand bourgeois ? La moitié du prix de son menu. Une bonne bouteille de pinard. Et pour un smicard ? Un dixième de ses revenus mensuels. Pour une personne au RSA, quasiment la moitié. 

Ensuite, par nécessité : le mode de vie bourgeois est par essence sociable. Ce qui pour nous est un plaisir est pour eux un impératif de reproduction de leurs intérêts de classe. Rotary Club, dîners mondains, loisirs selects, rallyes pour les jeunes : la bourgeoisie fonctionne en réseau.

Chaque petit clan pousse ses candidats dans le grand mercato des postes à pourvoir. C’est particulièrement visible sous Macron, mais c’est le cas depuis près de deux siècles. Une fois que la cooptation, le favoritisme et l’entre-soi ont produit leurs effets, la bourgeoisie les renomme compétence, mérite et prise de risque. Pour que cette classe poursuive sa domination et répartisse en son sein les atouts de l’Etat et du capitalisme, ce grand jeu doit continuer, même en pleine épidémie.

Le mode de vie bourgeois est par essence sociable. Ce qui pour nous est un plaisir est pour eux un impératif de reproduction de leurs intérêts de classe

Enfin, par séparatisme de classe. La bourgeoisie se sent viscéralement faire partie d’une autre humanité que la nôtre. Durant ses décennies de domination, elle a fait en sorte de rabaisser le reste du monde sous un certain nombre de sobriquets rabaissants : beaufs, « sans-dents » (François Hollande), « gens qui ne sont rien » (Emmanuel Macron), complotistes…

Tout est bon pour nous faire passer pour des cons.

Les membres de la bourgeoisie se sentent donc supérieur moralement à nous mais aussi plus sains et plus purs. « Ici, le Covid n’existe pas », entend-t-on dans le reportage d’ M6. Le masque et la distanciation, c’est bon pour les pestiférés comme nous. Et pourtant, ce sont bien les classes supérieures qui ont été les plus contaminées et donc contaminantes dès le début de l’épidémie. 

Le magazine Le Point propose une explication convaincante de cette réalité statistique en se basant sur une étude de l’Inserm : « Les plus riches ont aussi davantage les moyens pour contourner les restrictions sanitaires. Ils ont par exemple plus de place pour recevoir leurs amis et familles chez eux. Certains ont même la possibilité de fuir à plusieurs à la campagne dans une résidence secondaire. Ce qui rend plus propices les regroupements et invite à moins de vigilance au niveau des gestes barrières. »

 
Tag(s) : #Caste et Privilèges
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