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Le 14 mai 2017, l'équipe Macron fait son entrée à l'Elysée. De gauche à droite : Arnaud Leroy, Benjamin Griveaux, Sibeth Ndiaye, Ismaël Emelien, Richard Ferrand, Jean-Marie Girier, Julien Denormandie, Mme Ferrand, Stéphane Séjourné et Sylvain Fort.

Anadolu Agency/AFP

 

Le 14 mai 2017, l'équipe Macron fait son entrée à l'Elysée. De gauche à droite : Arnaud Leroy, Benjamin Griveaux, Sibeth Ndiaye, Ismaël Emelien, Richard Ferrand, Jean-Marie Girier, Julien Denormandie, Mme Ferrand, Stéphane Séjourné* et Sylvain Fort.

Il manque au tableau Le Drian, Florence Parly, Olivier Veran, et bien d'autres venus également du PS, pour appliquer la politique de la Banque Rothschild...

 

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Macron, président de gauche ? – par Descartes

“Qui fut le premier socialiste ? Christophe Colomb: il ne savait pas où il était, il ne savait pas où il allait… et tout ça aux frais du contribuable” (attribué à Winston Churchill)

Le printemps est là. Les arbres sont fleuris, les pousses vertes apparaissent sur le balcon, les abeilles butinent, bref, après le sommeil de l’hiver la nature s’active. Et il n’y a pas que la nature : à moins d’un an des présidentielles, les personnalités de la gauche en miettes se réveillent elles aussi. Et je dis bien les personnalités et non les partis, car dans notre monde postmoderne les partis ne jouent pratiquement plus aucun rôle.

Mélenchon, Hidalgo, Jadot, Taubira, Montebourg ou Hamon sont des hommes et des femmes « libres », affranchis des contraintes de la « forme parti », et qui décident en leur âme et conscience s’ils font don de leur personne à la France. Vous n’imaginez tout de même pas qu’ils vont se soumettre au débat et du vote des militants avant de décider d’une candidature… et encore moins qu’ils iront à la bataille pour porter un programme élaboré collectivement (1). Tout au plus accepteront-ils de se faire confirmer par un plébiscite par Internet, dont ils fixeront bien entendu eux-mêmes la barre d’acceptation.

Le problème pour tous ces prétendants à l’Elysée est que « la gauche » est atomisée. Et pas seulement – ni même principalement – à cause de la bataille des égos, comme on l’entend un peu trop souvent. Le véritable problème est que « la gauche » a été une usine à fabriquer des déçus. Il y eut les déçus du mitterrandisme, les déçus de la « gauche plurielle », les déçus du hollandisme… Et au bout de toutes ces déceptions, on ne sait plus trop ce que cela veut dire « gouverner à gauche ».

En 1981, « la gauche » avait été écartée du pouvoir pendant plus de vingt ans, et l’électorat « de gauche » avait oublié – et voulu oublier – ce que « la gauche » pouvait faire une fois au pouvoir. « L’Algérie c’est la France » ou la CED n’étaient que des lointains non-souvenirs, et ne parlons même pas du décret Sérol ou du vote du 10 juillet 1940 qui vit la « gauche » institutionnelle voter les pleins pouvoirs au Maréchal. En 1981, disais-je, on jugeait « la gauche » sur son programme. Aujourd’hui, on la juge aussi sur son bilan. Qui n’est pas, le moins qu’on puisse dire, très flatteur.

Prenons les dix dernières années : Il y eut d’abord le désastreux quinquennat de François Hollande, avec ses politiques économiques est sociales erratiques. N’ayant pas l’habitude de tirer sur les ambulances et encore moins sur les corbillards, je ne m’étendrai pas là-dessus, si ce n’est pas pour dire qu’en alternant un coup à droite et un coup à gauche, Hollande a largement contribué à rendre le projet de « la gauche » illisible. Mais surtout, il y eut ensuite le quinquennat Macron, venu lui-même du hollandisme, et dont l’équipe est formée en grande partie de cadres ayant fait leurs armes dans la gauche institutionnelle.

Autour de la table du conseil des ministres macronien, on trouve des personnalités « de gauche » aux ministères les plus importants : aux Affaires Etrangères, un vieux grognard du socialisme régional. A la Défense, une fabiusienne qui fut ministre du Budget sous Jospin déjà. A la Transition écologique (qui, comme son nom ne le dit pas, est un grand ministère regroupant l’ancien ministère de l’Environnement, celui de l’Equipement et celui de l’Energie) une dirigeante historique d’EELV.

Au Budget, les cordons de la bourse sont tenus par un ancien secrétaire national du PS. A l’Intérieur, se sont succédé un notable socialiste blanchi sous le harnais puis un jeune fou du même parti avant de laisser la place à un jeune loup de la droite pour des raisons purement tactiques. Quant aux autres pouvoirs, l’Assemblée nationale est présidée par un ancien élu socialiste, le Conseil constitutionnel par un ancien premier ministre socialiste. Avec autant d’hommes « de gauche » dans les ministères, à l’assemblée nationale et dans l’ensemble des institutions, comment expliquer que Macron puisse faire une politique « de droite » ?

Sauf à imaginer que tous ces gens « de gauche » se soient fait greffer un nouveau cerveau en entrant au gouvernement on est obligé de conclure que ce qu’ils font aujourd’hui, les politiques qu’ils conduisent et les idées qu’ils défendent, sont dans une parfaite continuité par rapport à celles qu’ils ont conduites et défendues naguère, autrement dit, des politiques et des idées « de gauche ». Ou alors il faut admettre que ce sont des fieffés opportunistes, prêts à changer de conviction comme on change de chemise… seulement si une telle maladie affecte certains dirigeants de « la gauche » partis chez LREM, peut-on exclure qu’elle s’étende à ceux qui ont fait le calcul inverse ?

Voilà la terrible difficulté à laquelle la « gauche non-macroniste » française est aujourd’hui confrontée : expliquer en quoi elle représente un changement par rapport à l’existant. Car en quoi Yannick Jadot ou Eric Piolle sont-ils fondamentalement différents de Barbara Pompili ou de François de Rugy ? Quelle est la barrière idéologique qui sépare Anne Hidalgo et Gérard Collomb ou Jean-Yves Le Drian ? Qu’est ce qui nous dit que le Mélenchon qui adorait Mitterrand et qualifiait de « compromis de gauche » le traité de Maastricht est différent de celui d’aujourd’hui ? Et si les hommes ne sont pas si différents, qu’est ce qui permet d’imaginer que les politiques qui seraient conduites par eux s’ils étaient au pouvoir seraient radicalement opposées à celles conduites aujourd’hui ?

On répète qu’il n’y a plus de parti hégémonique à gauche, et on a tort : le parti hégémonique à gauche, celui qui joue le rôle que jouait le PS à partir des années 1980, c’est LREM. D’ailleurs, il faudrait m’expliquer en quoi les politiques mises en œuvre par Macron diffèrent sérieusement de celles poursuivies par François Mitterrand à partir de 1983.

Le Beau François aurait certainement applaudi l’eurolâtrie de son successeur, son atlantisme, sa volonté de « réformer » dans le sens néolibéral du terme, sa fascination pour la gestion privée, son « en même temps », qui n’est qu’une continuation des gouvernements « d’ouverture » avec la droite de 1988. N’en déplaise à ses thuriféraires, François Mitterrand trouve – mutatis mutandis – en Emmanuel Macron un digne successeur et continuateur. Et je ne parle même pas d’un Michel Rocard et de la « deuxième gauche » dont Macron est le pur produit. Le fait qu’une bonne partie des élites socialistes ou écologistes aient quitté le PS pour rejoindre LREM est peut-être le meilleur témoignage de cette filiation.

Si LREM ne s’est pas – pas encore en tout cas – installé dans cette fonction de parti dominant à gauche, c’est surtout parce que Macron et son équipe n’ont pas de « culture de parti » et ont préféré la logique égo-politique à une logique institutionnelle. Mais cela pourrait changer, et on voit d’ailleurs mal quels seraient les obstacles idéologiques qui empêcheraient un LREM plus institutionnalisé d’accueillir ce qui reste du PS ou d’EELV. Quel est l’obstacle idéologique fondamental qui empêcherait demain Anne Hidalgo ou Yannick Jadot de prendre le chemin de Collomb ou Pompili ?

La « gauche non-macroniste » se trouve dans un intéressant paradoxe : elle essaye de former un front anti-Macron en s’appuyant sur une base sociologique dont les intérêts coïncident avec les politiques que Macron représente. Au-delà des combats d’égo entre tel ou tel dirigeant et des négociations plus ou moins compliquées pour voir qui décrochera la timbale, la principale difficulté des dirigeants de la « gauche non-macroniste » aujourd’hui sera de mobiliser un électorat désabusé par un opportunisme qui se cache de moins en moins bien, dans un contexte où il est loin d’être évident pour tout le monde qu’un gouvernement de gauche ferait une politique très différente de celui que nous avons aujourd’hui.

L’électorat populaire étant donné pour perdu, il reste donc deux politiques possibles : soit démontrer aux « classes intermédiaires » qu’on peut faire du Macron mieux que Macron – c’est la ligne Hidalgo/Jadot – soit se placer dans une position « révolutionnaire » pour jouer sur le besoin des « classes intermédiaires » d’évacuer leur culpabilité – c’est la ligne Mélenchon (2).

Ces deux lignes peuvent-elles converger dans une alliance ? L’invocation à « l’union de la gauche » qui est une constante de notre histoire politique est aujourd’hui trompeuse. L’union des gauches s’est au cours de l’histoire toujours faite entre partis politiques, c’est-à-dire en fonction d’intérêts collectifs et institutionnels. Hier, un parti décidait de retirer son candidat lorsqu’il considérait qu’il pouvait tirer collectivement un avantage. Aujourd’hui, dans un espace dominé par l’égo-politique, l’affaire est beaucoup plus complexe : ce n’est pas le parti qui décide de retirer le candidat, il faut que le candidat se retire lui-même. Ce n’est donc plus un calcul politique, mais une équation personnelle qui détermine le résultat… une équation que la logique même de l’égo-politique rend insoluble. Imagine-t-on un homme qui a construit une organisation dont le seul but est sa propre promotion renoncer à la dernière minute à la représenter ?

On est donc ramenés à la situation de 2017 : l’égo-politique rend toute alliance impossible, puisque l’égo-politicien ne reconnaît qu’une forme d’alliance, le ralliement inconditionnel. Jean-Luc Mélenchon étant – sauf accident de santé ou autre – candidat, la seule option unitaire posée aux autres forces de la « gauche non-macroniste » est celle de la vassalisation. Mélenchon s’efforce cette fois-ci de rendre le ralliement moins vexatoire qu’en 2017, où il avait prétendu imposer à ses vassaux la signature d’une « charte » comme condition pour l’investiture aux législatives – il est vrai qu’à 10%, et sans la dynamique qui était la sienne en 2017, on ne peut pas tout se permettre – mais au-delà des sourires et des tapes dans le dos, les conditions sont les mêmes : « la France Insoumise a un candidat et un programme, tout le reste peut être discuté » …

Que reste-t-il de la « gauche » une fois soustraite la « gauche macroniste » et la « gauche insoumise » ? Si l’on croit les premiers sondages, un candidat EELV serait sous les 10%, un candidat PS à moins de 8%, communistes et extrême gauche ne dépasseraient pas 2%. Une union de ces courants serait déjà plus simple, et aboutirait à un résultat autour de 20%. Avec une véritable dynamique unitaire, et par le jeu du vote utile, il ne serait peut-être pas impossible d’arracher à la « gauche macroniste » et à la « gauche insoumise » les 2-3% nécessaires pour se qualifier au premier tour, et de faire jouer le « front républicain » au second. Arithmétiquement, la victoire de la « gauche non-macroniste » n’est pas totalement impossible, même en supposant que Mélenchon soit candidat. La principale difficulté sera de convaincre l’électorat qu’une telle victoire changerait quelque chose.

Faut-il le souhaiter ? A ce propos, j’ai encore en tête la victoire de la gauche après la dissolution 1997, qui ouvrit la voie au gouvernement de la « gauche plurielle ». J’étais encore militant communiste à l’époque, et à l’initiative d’UbHue Ièr, qui régnait à l’époque sur le PCF les militants avaient été appelés à se prononcer sur l’opportunité de participer ou non au gouvernement. Aux militants réticents à recommencer l’expérience de 1981, on répondait que « cette fois-ci, ce sera différent ».

N’avait-on pas signé un accord qui prévoyait entre autres choses le « refus de toutes nouvelles privatisations et notamment des services publics » ? Nous savons ce qui s’ensuivit : le gouvernement de la « gauche plurielle » privatisa plus que n’importe quel autre gouvernement dans l’histoire de notre pays, et ce fut un ministre communiste, Jean-Claude Gayssot, qui conduisit la privatisation d’Air France. Sous le regard attendri de son collègue ministre Jean-Luc Mélenchon, l’homme qui aujourd’hui nous explique que « cette fois-ci, ce sera différent » …

La folie, c’est de répéter sans cesse la même expérience en attendant des résultats différents. Il n’y a aucune raison pour qu’en recommençant avec les mêmes personnages – ou avec d’autres servant les mêmes intérêts – « la prochaine fois, ce soit différent ». Nous savons depuis 1983 que la « gauche » avait un côté « Dr Jekyll et Mr Hyde » : progressistes ou révolutionnaires dans l’opposition, ses dirigeants deviennent comme par art de magie porteurs – par action ou par omission – de la pensée unique libérale et eurolâtre dès que leur cul touche les fauteuils ministériels.

Si le macronisme a une vertu, c’est celle d’avoir fait voler en éclats les dernières illusions que nous pouvions avoir quant à ce que les apparatchiks de la gauche institutionnelle sont prêts à faire pour faire avancer leurs carrières. La question n’est donc pas tant de savoir si « la gauche peut gagner », mais si cela sert à quelque chose qu’elle gagne.

Franchement, lecteur de gauche, est-ce que cela changera quelque chose de remplacer Macron par Hidalgo, Jadot ou Mélenchon ? Est-ce que cela sert à quelque chose de remplacer un groupe de dirigeants par un autre issu de la même classe sociale, ayant les mêmes parcours et ayant mangé aux mêmes râteliers ? Est-ce que cela changerait ta vie ou la position de la France dans le monde ? Pardon, vous avez raison : ça peut toujours être pire.

Descartes

(1) Vous me direz que ce n’est pas mieux à droite, où les candidats putatifs ou déclarés se présentent eux aussi en « candidat libre ». Mais bon, ce papier est consacré à la gauche, ma famille d’origine et celle que je connais le mieux. Je laisse aux commentateurs venus de la droite de pleurer sur leur lait renversé.

(2) Je laisse de côté les communistes parce qu’ils n’ont pas à proprement parler de « ligne » nationale, leur seule priorité étant de préserver les élus au niveau local. Malgré les efforts certes méritoires de son secrétaire national actuel, le PCF est « fédéralisé » et ne représente plus guère au plan national.

Source : Le Blog de Descartes

Tag(s) : #Politique française
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