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Ce pourcentage national doit être affiné : d'un département bourgeois, tel les Yvelines où l'abstention se mesure à 64,71%, alors, qu'en Seine-Saint-Denis, celle-ci monte à 73,5%.

Cette différence augmente de ville à ville, et même de quartier à quartier au sein d'une même agglomération, selon la situation sociale et le revenu des habitants. Dans les cités populaires, les plus démunies, le taux d'abstention dépasse largement les 90%, voire les 95%...

Cette situation n'interroge-t-elle pas le PCF, qui s'est vu au fil des années, a vu son influence décroître et perdre des cités historiquement ouvrières - les fameux bastion de la "ceinture rouge" - au profit du PS, d'abord et de la droite ensuite ?

Certes, la responsabilité de cette situation n'incombe pas au nouveau Secrétaire national, Fabien Roussel, mais dès lors, on attend de lui une politique de classe en phase avec la situation réelle de ces territoires, abandonnant ainsi toute orientation communautariste. 

Et au-delà de la politique locale, le PCF ne regagnera la confiance des masses populaires qu'en déployant une politique basée d'abord sur la reconquête de la souveraineté pleine et entière de la France, brisant les chaînes qui lient notre pays, à travers les traités européens. aux intérêts financiers de l'oligarchie qui tient ses quartiers tant au CAC 40 qu'à Bruxelles, à Berlin et à Wall Street.
 

Jean LEVY

 

 

 

« Je suis dégoûtée par ce système politique, on vote et rien ne change pour nous » : la parole aux abstentionnistes

Défiance, sentiment d’inutilité, déception, manque d’information… les raisons invoquées par les électeurs qui ont boycotté les urnes aux régionales et départementales sont nombreuses. Reportage auprès de ces citoyens qui ne croient plus en la capacité de la politique de changer leur vie.

L’abstention a été la grande gagnante du premier tour des élections régionales et départementales. Avec un taux de participation quasi identique à midi, le scrutin de dimanche ne semblait pas engagé sur la pente d’un sursaut de participation. Un refus de se rendre aux urnes particulièrement marqué dans les quartiers populaires, chez les jeunes (87 % des 18-24 ans, le 20 juin) et les ouvriers (75 %, au premier tour). L’Humanité a été sonder ces citoyens qui ont décidé de ne pas se rendre aux urnes.

Pays de la Loire

Ils viennent tout juste de sortir de l’usine. Chaudronniers, chauffeurs, électriciens, ouvriers travaillant pour les chantiers, Airbus, Total ou leurs sous-traitants. Il est 11 h 30 et c’est l’heure de prendre le « casse-croûte » dans les petits commerces du centre de Donges, en Loire-Atlantique. Le 20 juin, 74,37 % d’entre eux ont boudé les urnes. Si certains ont zappé le rendez-vous électoral pour profiter de leur famille, la très grande majorité a fait un choix délibéré.

 

« Ils vivent dans leur bulle quand nous, on est dans la merde »

Hors de question de voter pour ceux « qui vivent dans leur bulle quand nous, en bas, on est dans la merde », explique Djibril (1). Après la dernière présidentielle, où il a voté pour empêcher Marine Le Pen d’accéder à l’Élysée, il a décidé de « s’arrêter là ». L’ouvrier de Total est désabusé, plus que déçu. À 31 ans, il reste persuadé que n’importe quel politique est déconnecté. « Jamais on les voit dans nos usines, sauf si elles sont condamnées. Ils restent le cul dans leurs bureaux, à passer des heures en réunion plutôt que de comprendre comment on vit. »

« Les mensonges, les magouilleurs, les copinages… »

Cette perte de confiance semble s’être décuplée avec les affaires. « Les mensonges, les magouilleurs, les copinages… » liste un soudeur de 51 ans achetant un sandwich. Les affaires Fillon, Sarkozy… ont eu raison de la citoyenneté de Renaud. « De toute façon, que je vote ou pas, ils seront tout de même élus. Et nous, nous continuerons à subir et à payer. » Il pointe notamment la probable future réforme des retraites : « J’ai fait ma simulation, je devrais partir à 61 ans et 11 mois, et là on nous parle de 64 ans. » Dépité, l’ouvrier n’est pourtant pas prêt à se battre, persuadé que c’est déjà perdu. « Cette année, raconte-t-il , on a fait grève pour garder notre treizième mois. » En vain. « Nous ne sommes que des dindons de la vie. »

« On a d’autres soucis et on a envie de souffler »

Laurent, lui, a juste « oublié ». D’habitude, il va tout le temps voter à gauche. « Vous savez, on a d’autres soucis et on a envie de souffler. » Jacques avait lui aussi d’autres occupations. Ce cinquantenaire vient de changer de maison, il y effectue des travaux. « Le changement d’adresse, je ne m’en suis pas occupé, j’ai été pris par le temps. » Mais ce déçu du sarkozysme rectifiera le tir. Et compte bien voter pour « Marine » en 2022.

« Je trouve que la politique, ce n’est pas très intéressant »

À 27 ans, Jérémie, qui n’avait jamais zappé une élection, même si c’était pour voter blanc, « n’a pas eu envie »« Faut dire qu’on n’a pas eu d’informations. Et puis, de plus en plus, je trouve que la politique, ce n’est pas très intéressant. C’est toujours pareil, quoi que je vote. Rien ne change. Au deuxième tour, on n’a que deux choix : la peste et le choléra. » Et le jeune homme de conclure : « Quand on ne vote pas ou qu’on vote blanc, on est toujours un peu moins déçu. »

Grand-Est

Le quartier des universités de Strasbourg a retrouvé son allure des beaux jours, bien que l’un de ses fleurons, la Haute École des arts du Rhin, reste fermé depuis la découverte, il y a trois semaines, d’un cluster du variant Delta.

« Je n’ai tout simplement rien suivi cette fois-ci »

Place Saint-Nicolas, contrairement aux urnes, les terrasses affichent complet. «  Ce n’est pas une position de principe, je n’ai tout simplement rien suivi cette fois-ci », explique Jona, 24 ans, notant « un ras-le-bol général de la politique »« Je pense que ça a aussi à voir avec le fait que les gens sont restés cloîtrés chez eux pendant un an. Aller voter, c’est passé en dernier dans la tête des gens », explique-t-il.

« Je n’étais pas suffisamment au courant pour faire un choix »

« On a raté le coche », reconnaît Alex, inquiet du niveau de l’abstention. « J’ai culpabilisé et, en même temps, on n’est pas assez impliqués dans ces élections, je n’étais pas suffisamment au courant pour faire un choix », détaille-t-il. Simon, 23 ans, étudiant en cinéma, ne s’abstient pas habituellement. Mais, cette fois-ci, il avoue n’avoir eu ni le temps de suivre la campagne, ni celui de voter, très pris par les cours et les partiels. « Limite si j’ai appris qu’il y avait des élections quand c’était passé », dit-il. Reste que, après sa journée de travail étudiant, il préfère utiliser son temps « pour penser à autre chose qu’à la politique ».

« Les jeunes ne se retrouvent pas dans la politique »

Dans la tranche d’âge supérieure, certains voient dans l’abstention des jeunes des raisons beaucoup plus politiques. « Je n’ai pas l’impression que les plus jeunes sont désinvestis. Au contraire, mais ils le sont dans des associations, dans des causes particulières. C’est juste qu’ils ne se retrouvent pas dans la politique et qu’ils n’ont pas l’impression que le vote fera changer les choses », analyse Emmanuel, 37 ans, qui affirme se rendre aux urnes « par devoir » et non par « adhésion ».

« Il faut que les partis se remettent en question »

C’est aussi le point de vue de Julien, 35 ans : « Il faut que les partis se remettent en question et nous offrent quelque chose de plus emballant. Qu’on sorte des politiques politiciennes ! » Si pour « les régionales, il y a des enjeux super concrets, comme les transports » qui l’ « intéressent », Julien « ne vote pas pour », lui non plus, mais « par élimination ».

« Ce système représentatif ne l’est pas vraiment »

De son côté, Valérian, qui vient de terminer ses études de droit, déplore que ce que peuvent ressentir actuellement les étudiants en grande difficulté ne soit pas compris. Il juge les politiques « hors sol » et trouve que ce décalage se creuse d’année en année. « C’est triste, dit-il, qu’on soit bloqués dans ce système représentatif qui ne l’est pas vraiment. »

Île-de-France

Au marché couvert de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, ce samedi matin, l’heure est aux courses pour Joselyne. La retraitée vient de recevoir à son domicile les programmes des candidats en lice au deuxième tour. « Je n’ai pas eu le temps de regarder les programmes et de me préparer. Et, en même temps, je ne me vois pas donner ma voix à ces gens. Pour moi, c’est tous des crapules », affirme-t-elle, signe d’une défiance profonde dans cette ville populaire de 54 000 habitants, où le taux d’abstention s’est envolé le 20 juin à plus de 79 %, contre 66,74 % au niveau national. Dans l’entourage de Joselyne, personne n’a parlé de ces résultats, ni du scrutin de ce dimanche.

« Je pensais qu’on votait pour les Européennes ! »

Dans les travées du marché, les motivations pour expliquer le refus de se rendre dans un bureau de vote sont très diverses. Par défiance, comme Joselyne. Par mégarde, comme Lounès, qui a fait une sieste dans l’après-midi. Ce jeune homme de 29 ans travaille à l’usine de bière de Saint-Omer (Pas-de-Calais) à Arques et, le jour du premier tour, il gérait les stocks de marchandise. « J’étais complètement KO après le travail, j’avais bossé de cinq heures à treize heures, pareil les jours précédents et parfois même de nuit… » Et puis, cet ouvrier intérimaire ne savait pas de quelle élection il s’agissait. « Je pensais qu’on votait pour les Européennes ! » lâche-t-il en rigolant. 

« Je n’ai pas ma carte d’électrice »

À ses côtés, sa petite amie, Alicia, se dit « pas très intéressée par la politique » « Je n’ai pas ma carte d’électrice, je pense que je dois aller la faire en mairie, je ne sais pas trop. Les élections, on en a entendu parler vite fait à la télévision et, de toute façon, je ne sais même pas qui se présente. »

Éducatrice spécialisée auprès d’enfants autistes, la jeune femme de 26 ans ne vote jamais : «  Je n’ai aucune raison d’aller voter, en fait… Ça n’a pas d’impact sur mon quotidien, je pense.  »

« On a beau alerter, rien ne bouge »

«  Ça ne  va rien changer à mon quotidien. » À Bobigny, cette phrase revient souvent dans la bouche des habitants. Les promesses non tenues, les discours contradictoires, l’aggravation des conditions de vie ont amoindri la confiance. Fatima (1), qui votait tantôt pour Jacques Chirac, tantôt pour Nicolas Sarkozy, a décidé de rester chez elle.

« Je suis dégoûtée par ce système politique : on vote et rien ne change pour les gens comme nous. Depuis des années, ma mère vit dans un appartement d’une cité de Bobigny, il y a des souris dans son appartement. On a beau alerter, rien ne bouge. Ça ne motive pas à aller voter et à écouter leurs discours. »

(1)   Les prénoms ont été modifiés.

Tag(s) : #Politique française
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