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Syrie : une guerre globale, sans frontières

Des Syriens affichent leur drapeau dans les rues de Damas le 27 mai, au lendemain de l'élection présidentielle.

Ni empires ni nations... un chaos durable au Proche Orient ? : Tout un monde​​​​​​​

RT France

 

Ancien diplomate et essayiste, Michel Raimbaud a publié plusieurs ouvrages, notamment Tempête sur le Grand Moyen-Orient (2e édition 2017) et Les guerres de Syrie (2019).

 

Alors que la guerre en Syrie est entrée dans sa onzième année, Michel Raimbaud analyse son traitement médiatique. Pour l'ancien diplomate français et essayiste, celui-ci doit prendre en compte la multiplication des acteurs qui pèsent dans ce conflit.

Depuis plus de dix ans, la guerre impitoyable qui ravage la Syrie et inflige un martyre à son peuple a inspiré des torrents d’écrits et des flots de discours. Lettres et mots ont enflammé les esprits sans pour autant illuminer les cerveaux, pourtant si prompts à l’allumage pour les causes les plus improbables, de nos élites pensantes.

Durant cette longue période, les sujets de nos «grandes démocraties» ont donc eu droit à un lavage de cerveau en (double) bonne et due forme, à savoir un matraquage et une omerta. Nous avons pu entendre rabâcher un nombre incalculable de fois le récit officiel bien connu des guerres de Syrie, un récit ayant toujours pignon sur rue dans l’ensemble des médias officiels écrits et audiovisuels du mainstream, au sein de l’immense majorité des intellectuels et dans les hautes sphères politiques et diplomatiques de France, de Navarre, d’Europe et d’Occident. Détail qui tue ou devrait tuer, les hérauts, promoteurs et crieurs publics de cette doxa (c’est ainsi qu’on appelle ledit récit pour faire chic) se sont trompés sur toute la ligne, mais ils persistent et signent… Ce qui ne les gêne aucunement, puisque, et c’est même le secret de leur réussite, ils n’ont jamais de preuves à fournir afin de justifier leurs messages, et c’est tant mieux pour leur quiétude intellectuelle.

Déjà gavés de la version officielle, les sujets en question ont eu droit à des cures d’omerta, la loi du silence neutralisant radicalement ceux qui remettent en question le récit officiel.
 

Dans ces conditions, les contestataires qui ont entrepris de déconstruire point par point cette doxa ont dû se rabattre sur les médias alternatifs. Lorsqu’il est arrivé à certains, très rarement et par erreur, de se retrouver invités dans les médias officiels, c’était en qualité de faire-valoir lors d’interventions homéopathiques.

L’expérience prouve que ce travail de déconstruction inlassable de la vérité officielle est épuisant et fait même tomber dans le panneau décrit naguère par Carl Rove, conseiller néoconservateur de Georges Bush junior, à l’intention d’un journaliste américain, Ron Suskind, qui évoque l’anecdote en 2004 dans le New York Times. Interrogé sur l’utilité des «analyses de la réalité observable», notre ami Carl avait rétorqué d’un air dédaigneux : «Ce n’est plus de cette manière que le monde marche réellement. Nous sommes un empire maintenant, et lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité. Et pendant que vous étudiez cette réalité, judicieusement, comme vous le souhaitez, nous agissons à nouveau et nous créons d’autres réalités nouvelles, que vous pouvez étudier également, et c’est ainsi que les choses se passent. Nous sommes les acteurs de l’histoire. [...] Et vous, vous tous, il ne vous reste qu’à étudier ce que nous faisons.»

Et il est vrai que l’exercice de déconstruction est voué à l’échec. Le temps de réfuter tel ou tel «récit», une cinquantaine d’autres ont été produits et mis en ligne sur le mainstream.

Certes, on peut continuer, et il est difficile de ne pas le faire, à dénoncer les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les mesures génocidaires, la tentative de politicide (destruction de l’Etat) et d’ethnocide (destruction du peuple dans sa société, sa mémoire, sa culture, sa personnalité, sa dignité, ses aspirations), bref tout ce qui s’inscrit dans le cadre d’une agression collective contre la Syrie légale, crime international par excellence. Mais à quoi bon ? Il est de même tentant de rappeler encore et encore les destructions, crimes, exactions, méfaits, pillages, vols, etc… dont les envahisseurs et leurs complices sont responsables, ou le bilan des sanctions, des blocus ou embargos. Depuis 2011, des mesures coercitives innombrables et sadiques de toutes sortes n’ont-elles pas été décrétées sur un rythme forcené, par trains entiers, par des bureaucrates maniaques et fanatiques, littéralement enragés de ne pouvoir imposer par la force des armes le changement de régime, la capitulation sans conditions et la mise au pas de la Syrie ?

En réalité, cette réflexion répétitive lassante a du bon, dans la mesure où elle amène à réaliser que la Syrie résiliente mérite beaucoup mieux que des lamentations sans fin. Elle a droit à notre respect, à notre soutien politique et moral, et à notre solidarité. Ce qui est infiniment plus constructif.

Avec l’aide de ses alliés, elle a résisté, militairement et moralement, elle a imposé le respect de son calendrier constitutionnel (ce qui constitue en soi un succès politique), elle impose le respect tout court, et dans leur for intérieur beaucoup de chefs d’Etat envient sûrement leur collègue syrien. D’ailleurs, à Damas – cet état d’esprit est assez nouveau – on laisse transparaître un certain optimisme, conformé sûrement sur la fierté de tenir tête à l’adversité et aux adversaires. D’autant plus qu’ici et là dans le vaste monde, de nombreux indices tendent à démontrer que l’on prend conscience du bien-fondé de la posture confiante et plus volontariste que jamais qu’adoptent les dirigeants syriens, malgré la lourdeur du fardeau et des entraves qu’impose le satané Axe du Bien.

Ces constats de renouveau ne valent-ils pas toutes les palabres du monde et tous les ergotages intellectuels des pisse-vinaigre ? Malheureusement, dans la France officielle, marginalisée, invisible et inaudible, le temps s’est arrêté : c’est le couvre-feu pour nos Lumières, la mise au pas de tout ce qui bouge et marche. Tout se passe comme si la déraison du Covid avait eu raison de tout… rationalisme. La couverture et le traitement de la question syrienne font largement les frais de ce gel des intelligences et des consciences. Lire aussi Dix ans de guerre en Syrie : une défaite pour l'interventionnisme occidental ?

En conséquence,

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Tag(s) : #Syrie Opinion
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