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De l’unité historique des Russes et des Ukrainiens, par Vladimir Poutine

 

RT France

Le président russe avait récemment annoncé qu'il rédigerait un article d'analyse consacré aux relations entre la Russie et l’Ukraine, en proie aux tensions. Dans ce texte, Vladimir Poutine exprime son point de vue, à la lumière de l'Histoire.
https://images.rtl.fr/~c/1200v800/rtl/www/1199413-le-president-russe-vladimir-poutine-le-27-juin-2020.jpg

 

 

Récemment, en répondant à une question sur les relations russo-ukrainiennes au cours de la ligne directe, j'ai dit que les Russes et les Ukrainiens constituaient un seul peuple, un tout unique. Ces mots ne sont pas simplement liés à la conjoncture, aux circonstances politiques actuelles. J’en ai parlé plusieurs fois, c’est ma conviction. Par conséquent, je pense qu’il est nécessaire d’exprimer ma position en détail, de partager des évaluations de la situation actuelle.

Je commencerai par souligner que je considère le mur qui a surgi ces dernières années entre la Russie et l'Ukraine – de fait, entre les parties d’un seul espace historique et spirituel – comme un grand malheur commun, comme une tragédie. Ce sont surtout les conséquences de nos propres erreurs, commises à différentes périodes. Mais c’est aussi le résultat du travail ciblé de ces forces qui ont toujours cherché à saper notre unité. Le principe qui est appliqué là est connu depuis des siècles : diviser pour régner. Rien de nouveau. D’où les tentatives de jouer la carte de la question nationale, de semer la discorde. Avec l’objectif fondamental de diviser, puis de monter l’une contre l’autre les parties d’un seul peuple.

Pour mieux comprendre le présent et envisager l’avenir, nous devons nous pencher sur l’Histoire. Dans le cadre d’un article, il est bien sûr impossible de couvrir tous les événements survenus depuis plus de 1 000 ans. Mais j’aborderai les points clés, les tournants décisifs dont nous – en Russie et en Ukraine – devons nous souvenir

Les Russes, les Ukrainiens et les Biélorusses sont les héritiers de l’ancienne Rus’, qui était le plus grand Etat d’Europe. Les tribus slaves, et d’autres, sur l’immense espace qui s’étendait de Ladoga, Novgorod, Pskov à Kiev et Tchernigov, ont été unies par une langue (que nous appelons maintenant «vieux russe»), par des liens économiques, par le pouvoir des princes de la dynastie des Riourikides. Et, après le baptême de la Rus’, par la même foi orthodoxe. Le choix spirituel de saint Vladimir, qui était à la fois grand-prince de Novgorod et de Kiev, détermine aujourd’hui en grande partie notre parenté.

POUR LIRE LE TEXTE DE POUTINE
TRAITANT DE L'HISTOIRE COMMUNE

DE LA RUSSIE ET DE L'UKRAINE A TRAVERS LES SIECLES

CLIQUEZ CI-DESSOUS

https://francais.rt.com/opinions/88721-unite-historique-russes-ukrainiens-par-vladimir-poutine  

Ca n'empêche pas Nicolas  vous propose la fin de l'analyse

de Vladimir Poutine sur

les rapports Russie-Ukraine des XXème et XXIème siècle

 

En URSS, les frontières entre les républiques, bien sûr, n'étaient pas perçues comme des frontières d'État, c’étaient plutôt des frontières conventionnelles à l'intérieur d'un seul pays, qui, tout en possédant tous les attributs d'une fédération, était profondément centralisé, en raison, je le répète, du rôle dirigeant du PCUS. Mais en 1991, tous ces territoires, et surtout les gens qui y vivaient, se sont soudain retrouvés à l'étranger. Et ils ont été vraiment coupés de leur patrie historique.

Que puis-je dire à propos de cela ? Tout change. Y compris les pays et les sociétés. Et, bien sûr, une partie d'un peuple, au cours de son développement, pour un certain nombre de raisons et à cause de certaines circonstances historiques, peut à un certain moment commencer à s’identifier comme une nation à part entière. Quelle attitude devons-nous avoir envers cela ? Il ne peut y avoir qu'une seule réponse : une attitude respectueuse !

Vous voulez créer votre propre état ? Je vous en prie ! Mais à quelles conditions ? Permettez-moi de vous rappeler le jugement rendu par l'une des personnalités politiques les plus brillantes de la nouvelle Russie, le premier maire de Saint-Pétersbourg, Anatoly Sobtchak. En tant que juriste très qualifié, il estimait que toute décision devait être légitime, et donc, en 1992, il a exprimé l’opinion suivante : les républiques fondatrices de l'Union, après qu’elles ont elles-mêmes annulé le traité de 1922, devraient revenir aux frontières qu’elles avaient à l’époque, quand elles avaient rejoint l'Union. Toutes les autres acquisitions territoriales devaient faire l'objet de discussions, de négociations, car la base avait été annulée.

En d'autres mots, repartez avec ce que vous avez apporté. Il est difficile de contrecarrer une telle logique. J'ajouterai seulement que les bolcheviks, comme je l'ai déjà noté, ont commencé à redessiner arbitrairement les frontières avant même la création de l'Union, et toutes les manipulations avec les territoires ont été effectuées de façon volontariste, ignorant l'opinion du peuple.

La Fédération de Russie a reconnu les nouvelles réalités géopolitiques. Elle ne s'est pas seulement contentée de les reconnaître mais a beaucoup fait pour que l'Ukraine devienne un pays indépendant. Dans les difficiles années 1990 et au début du nouveau millénaire, nous avons apporté un soutien important à l'Ukraine. Kiev utilise sa propre «arithmétique politique», mais, de 1991 à 2013, uniquement en raison des bas prix du gaz, l'Ukraine a économisé plus de 82 milliards de dollars pour son budget, et, aujourd'hui, elle «s'accroche» littéralement à 1,5 milliard de dollars de paiements russes pour le transit de notre gaz vers l'Europe. Alors qu'en cas de préservation des liens économiques entre nos pays, l'effet positif pour l'Ukraine s'élèverait à des dizaines de milliards de dollars.

L'Ukraine et la Russie se sont développées comme un seul système économique pendant des décennies, des siècles. Des pays de l'UE pourraient envier aujourd'hui la profondeur de la coopération que nous avions il y a 30 ans. Nous sommes des partenaires économiques naturels et complémentaires. Une relation aussi étroite est capable de renforcer les avantages concurrentiels et d'accroître le potentiel de nos deux pays.

Et ce potentiel était important en Ukraine, il comprenait de puissantes infrastructures, un système de transport de gaz, des industries de pointe de construction navale, de construction d'avions, de fusées, d’appareils de précision, ainsi que des écoles scientifiques, des bureaux d’études et des écoles d'ingénieurs de réputation mondiale. Ayant reçu un tel héritage, les dirigeants ukrainien, déclarant leur indépendance, ont promis que l'économie ukrainienne deviendrait l'une des premières et le niveau de vie de la population l'un des plus élevés en Europe.

Qui est à blâmer pour cela ? Le peuple ukrainien ?

Bien sûr que non.

Aujourd'hui, les géants industriels de haute technologie qui étaient jadis la fierté à la fois de l'Ukraine et de l'ensemble du pays se portent mal. Au cours des 10 dernières années, la production d’articles d'ingénierie mécanique a chuté de 42%. L'ampleur de la désindustrialisation et, en général, de la dégradation de l'économie peut être mesurée à l’aide d’un indicateur tel que la production d'électricité, qui en Ukraine, a presque diminué de moitié en 30 ans. Et enfin, selon le FMI, en 2019, avant même l'épidémie de coronavirus, le niveau du PIB par habitant en Ukraine était inférieur à 4 000 dollars. C'est encore moins que dans la République d'Albanie, la République de Moldavie ou au Kosovo – qui n’est pas reconnu. L'Ukraine est aujourd'hui le pays le plus pauvre d'Europe.

Qui est à blâmer pour cela ? Le peuple ukrainien ? Bien sûr que non. Ce sont les autorités ukrainiennes qui ont dilapidé les acquis de plusieurs générations, les ont fait partir en fumée. Nous savons à quel point le peuple ukrainien est travailleur et talentueux. Il sait comment réussir, avec persévérance et obstination, comment obtenir des résultats exceptionnels. Et ces qualités, ainsi que l'ouverture, l'optimisme naturel, l'hospitalité, n'ont disparu nulle part, tout comme les sentiments de millions de personnes qui n’ont pas seulement une attitude positive envers la Russie, mais éprouvent pour elle un grand amour, tout comme nous l’éprouvons pour l'Ukraine.

Jusqu'en 2014, des centaines d'accords et de projets communs ont permis de développer nos économies et nos liens commerciaux et culturels, de renforcer la sécurité et de résoudre des problèmes sociaux et environnementaux communs. Ils ont apporté des avantages tangibles aux gens, à la fois en Russie et en Ukraine. C'est ce que nous considérions comme l'essentiel. C'est pourquoi nous avons eu des échanges fructueux avec tous, je le souligne, avec tous les dirigeants ukrainiens.

Même après les événements bien connus qui se sont déroulés à Kiev en 2014, j’ai demandé au gouvernement russe de réfléchir aux options de contacts via les ministères et les départements pour préserver et soutenir nos liens économiques. Cependant, il n'y pas eu de désir d’être en contact et il n’y en a toujours pas. Néanmoins, la Russie reste l'un des trois principaux partenaires commerciaux de l'Ukraine, et des centaines de milliers d'Ukrainiens viennent travailler chez nous et sont accueillis ici avec cordialité et soutien. Voilà le «pays agresseur».

Pas à pas, l'Ukraine a été entraînée dans un jeu géopolitique dangereux, dont le but est de faire de l'Ukraine une barrière entre l'Europe et la Russie

Lorsque l'URSS s'est effondrée, beaucoup, en Russie et en Ukraine, y croyaient encore sincèrement, partaient du fait que nos liens culturels, spirituels et économiques étroits allaient certainement se maintenir, tout comme la communauté du peuple, qui s'est toujours sentie fondamentalement unie. Cependant, d'abord discrètement, puis de plus en plus rapidement, les évènements ont commencé à se développer dans une direction différente.

En fait, les élites ukrainiennes ont décidé de justifier l'indépendance de leur pays en niant son passé, à l'exception, toutefois, de la question des frontières. Ils ont commencé à mythifier et à réécrire l'Histoire, à effacer tout ce qui nous unit, à qualifier la période durant laquelle l'Ukraine faisait partie de l'Empire russe et de l'URSS d’occupation. Notre tragédie commune, la collectivisation et la famine du début des années 30 est présentée comme un génocide du peuple ukrainien.

Les personnes radicalisées et les néo-nazis parlaient ouvertement et de manière de plus en plus insolente de leurs ambitions. Ils ont été encouragés à la fois par les autorités officielles et les oligarques locaux, qui, après avoir dévalisé le peuple ukrainien, conservent les biens volés dans des banques occidentales et sont prêts à vendre leurs mères afin de préserver leurs capitaux. A cela s'ajoute la faiblesse chronique des institutions étatiques et la position d'otage volontaire des intentions géopolitiques d'autrui.

Permettez-moi de vous rappeler qu'il y a assez longtemps, bien avant 2014, les États-Unis et les pays de l'UE ont systématiquement, constamment, poussé l'Ukraine à restreindre et à limiter sa coopération économique avec la Russie. Nous, en tant que plus grand partenaire commercial et économique de l'Ukraine, avons proposé de discuter des problèmes émergents dans le cadre du format Ukraine-Russie-UE. Mais on nous disait à chaque fois que la Russie n'avait rien à voir là-dedans, que cela concernait uniquement l'UE et l'Ukraine. De facto, les pays occidentaux ont rejeté les propositions russes de dialogue réitérées à plusieurs reprises.

Pas à pas, l'Ukraine a été entraînée dans un jeu géopolitique dangereux, dont le but est de faire de l'Ukraine une barrière entre l'Europe et la Russie, un terrain de lutte contre la Russie. Inévitablement, le moment où le concept «L'Ukraine n'est pas la Russie» ne convenait plus est arrivé. Il a fallu créer une «anti-Russie», ce que nous n'accepterons jamais.

Les commanditaires de ce projet se sont inspirés des solutions toutes prêtes des idéologues polono-autrichiens sur la création de «la Russie anti-Moscou». Il ne faut pas essayer de tromper qui que ce soit et dire que cela se fait dans l'intérêt du peuple ukrainien. La République des deux nations n'a jamais eu besoin de la culture ukrainienne, encore moins de l'autonomie cosaque. En Autriche-Hongrie, les terres historiques russes ont été impitoyablement exploitées et sont restées les plus pauvres. Les nazis, servis par ses collaborateurs, originaires de l'OUN-UPA [Armée insurrectionnelle ukrainienne, branche militaire de l’Organisation des nationalistes ukrainiens], n'avaient pas besoin de l'Ukraine, mais d’espace vital et d’esclaves pour les maîtres aryens.

Les intérêts du peuple ukrainien n'ont pas non plus été pris en compte en février 2014. Le juste mécontentement des gens causé par des problèmes socio-économiques très importants, les erreurs et les actions incohérentes des autorités de l'époque a été tout simplement utilisé avec cynisme. Les pays occidentaux se sont directement ingérés dans les affaires intérieures de l'Ukraine, ont soutenu le coup d'État. Son «bélier» était constitué de groupes nationalistes radicaux. Leurs slogans, leur idéologie, leur russophobie ouvertement agressive ont commencé à déterminer la politique de l'État en Ukraine.

Tout ce qui nous unissait et nous rapprochait jusqu'à présent a été attaqué. Tout d'abord, la langue russe. Permettez-moi de vous rappeler que les nouvelles autorités de «Maidan» ont tout d'abord tenté d'abolir la loi sur la politique linguistique de l'État. Ensuite, il y a eu la loi sur le «nettoyage du pouvoir», la loi sur l'éducation, qui a fait que la langue russe a pratiquement été retirée du processus éducatif.

Et enfin, en mai 2021, le président en exercice a présenté à la Rada un projet de loi sur les «peuples autochtones». Seuls ceux qui constituent une minorité ethnique et ne possèdent pas leur propre enseignement public en dehors d'Ukraine sont reconnus comme tels. La loi a été adoptée. De nouvelles graines de discorde ont été semées. Et cela se passe dans un pays, comme je l'ai déjà noté, très complexe par sa composition territoriale, nationale, linguistique, par l’histoire de sa création.

On pourrait avancer l’argument suivant : puisque vous parlez d'une seule grande nation, d'un peuple trinitaire, alors quelle différence cela fait-il que les gens s’identifient : Russes, Ukrainiens ou Biélorusses. Je suis complètement d'accord avec cela. D’autant plus que la détermination de la nationalité, notamment dans les familles mixtes, est le droit de toute personne libre de son choix.

Mais le fait est qu'aujourd'hui, en Ukraine, la situation est complètement différente puisqu'il s'agit d'un changement forcé d'identité. Et le plus écœurant est que les Russes sont en Ukraine obligés non seulement de renoncer à leurs racines, aux générations de leurs ancêtres, mais aussi de croire que la Russie est leur ennemi. Il ne serait pas exagéré de dire que la politique qui vise l’assimilation violente, la formation d'un État ukrainien ethniquement pur et hostile envers la Russie, est comparable en termes de conséquences à l'utilisation d'armes de destruction massive contre nous. À la suite d'une déchirure aussi grossière et artificielle entre Russes et Ukrainiens, le nombre total de Russes pourrait diminuer de centaines de milliers, voire de millions.

Elles ont également attaqué notre unité spirituelle. Comme à l'époque du Grand-Duché de Lituanie, elles ont initié un nouveau clivage ecclésiastique. Sans même dissimuler qu'elles poursuivaient des objectifs politiques, les autorités laïques se sont ingérées brutalement dans la vie de l'église et sont parvenues à obtenir une scission, des églises ont été saisies, des prêtres et des moines passés à tabac. Même la large autonomie de l'Église orthodoxe ukrainienne, tout en maintenant l'unité spirituelle avec le Patriarcat de Moscou, ne leur convient absolument plus. Ils doivent détruire ce symbole visible et séculaire de notre parenté.

Je pense qu'il est également logique que les représentants ukrainiens votent à chaque fois contre la résolution de l'Assemblée générale des Nations unies condamnant la glorification du nazisme. Sous la protection des autorités officielles, des marches et des retraites aux flambeaux sont organisées en l'honneur des criminels de guerre rescapés des formations SS. Mazepa, qui a trahi tout le monde, Petlioura, qui vendait des terres ukrainiennes en échange de la protection de la Pologne, Bandera, qui collaborait avec les nazis, sont élevés au rang de héros nationaux. Elles font tout pour effacer de la mémoire des jeunes générations les noms de vrais patriotes et vainqueurs, dont l'Ukraine a toujours été fière.

Pour les Ukrainiens qui ont combattu dans les rangs de l'Armée rouge, dans des détachements de partisans, la Grande Guerre patriotique a été précisément patriotique, car ils défendaient leur maison, leur grande patrie commune. Plus de 2 000 sont devenus des héros de l'Union soviétique. Parmi eux, Ivan Kojedoub, pilote légendaire, Lioudmila Pavlitchenko, tireuse d'élite intrépide qui a défendu Odessa et Sébastopol, Sydir Kovpak, courageux commandant des partisans. Cette génération inébranlable s'est battue, ils ont donné leurs vies pour notre avenir, pour nous. Oublier leur exploit, c'est trahir ses grands-parents, ses mères et ses pères.

Le projet «anti-Russie» a été rejeté par des millions d'Ukrainiens. Les habitants de Crimée et de Sébastopol ont fait leur choix historique. Et les habitants du sud-est ont essayé de défendre leur position de manière pacifique. Mais ils ont tous été, y compris les enfants, qualifiés de séparatistes et de terroristes. On les menaçait de procéder à une nettoyage ethnique et de recourir à la force militaire. Et les habitants de Donetsk et de Lougansk ont ​​pris les armes pour protéger leurs maisons, leur langue et leurs vies. Avaient-ils d'autre choix, après les pogroms qui ont secoués les villes d'Ukraine, après l'horreur et la tragédie du 2 mai 2014 à Odessa, quand les néonazis ukrainiens ont brûlé vifs des citoyens, ont organisé un nouveau Khatyn ? Les partisans de Bandera étaient prêts à opérer les mêmes exécutions en Crimée, Sébastopol, Donetsk et Lougansk. Ils n'ont toujours pas abandonné de tels projets. Ils attendent en coulisses. Mais ils n'y arriveront pas.

Le coup d'État et les actions ultérieures des autorités de Kiev ont inévitablement provoqué des affrontements et une guerre civile. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, le nombre total de victimes associées au conflit dans le Donbass a dépassé les 13 000 personnes. Parmi eux se trouvent des personnes âgées, des enfants. Des pertes terribles et irréparables. La Russie a tout fait pour arrêter ce fratricide. Les accords de Minsk ont ​​été conclus pour atteindre un règlement pacifique du conflit dans le Donbass. Je suis convaincu qu'ils n'ont toujours pas d'alternative. En tout cas, personne n'a retiré sa signature, ni sous le «Paquet de mesures» de Minsk, ni sous les déclarations correspondantes des dirigeants des pays du «format Normandie». Personne n'a initié la révision de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU du 17 février 2015. Au cours des négociations officielles, surtout quand les partenaires occidentaux les remettent à leur place, les représentants ukrainiens déclarent de temps à autre qu’ils sont pleinement «attachés» aux accords de Minsk mais se basent en réalité sur leur «inacceptabilité». Ils n’ont pas l’intention de discuter sérieusement ni du statut particulier du Donbass, ni des garanties pour les personnes qui y vivent. Ils préfèrent exploiter une image de «victime d'une agression extérieure» et faire commerce de la russophobie. Ils organisent des provocations sanglantes dans le Donbass. En un mot, ils attirent par tous les moyens l'attention de leurs patrons et mécènes extérieurs.

 

 

Apparemment, et j'en suis de plus en plus convaincu, Kiev n'a tout simplement pas besoin du Donbass. Pourquoi ? Parce que, d'abord, les habitants de ces régions n'accepteront jamais l'ordre qu'on a tenté de leur imposer par la force, par le blocus et les menaces. Deuxièmement, le bilan des pourparlers de Minsk I et Minsk II, qui donne une réelle chance de restaurer pacifiquement l'intégrité territoriale de l'Ukraine, en négociant directement avec la RPD (République populaire de Donetsk) et la RPL (République populaire de Lougansk) par le biais de la médiation de la Russie, de l'Allemagne et de la France, contredisent la logique même du projet anti-russe. Et ce projet ne peut se baser que sur l'idée d'un ennemi intérieur et extérieur. Et, j'ajouterai, sous protectorat, sous le contrôle des puissances occidentales.

 
C'est exactement ce qui se passe en pratique. Tout d'abord, il s'agit de la création d'un climat de peur dans la société ukrainienne, d’une rhétorique agressive, de complaisance envers les néonazis et de la militarisation du pays. Parallèlement à cela, il y a non seulement une dépendance totale, mais un contrôle externe direct, y compris un contrôle exercé par des conseillers étrangers sur les organes de l’Etat ukrainiens, les services spéciaux et les forces armées, le «développement» militaire du territoire ukrainien, le déploiement des infrastructures de l'OTAN. Ce n'est pas un hasard si la scandaleuse loi susmentionnée sur les «peuples autochtones» a été adoptée sous couvert d’exercices à grande échelle de l'OTAN en Ukraine.
 
L'absorption des restes de l'économie ukrainienne et l'exploitation de ses ressources naturelles se déroulent sous la même couverture. La vente de terres agricoles devient ainsi possible, et qui les achètera est évident. Oui, de temps en temps, l'Ukraine se voit allouer des ressources financières, des prêts, mais selon certaines conditions et en fonction des intérêts de quelqu’un, des préférences et avantages pour les entreprises occidentales. D’ailleurs, qui remboursera ces dettes ? Il semble que cela sera le devoir non seulement de l’actuelle génération d'Ukrainiens, mais de leurs enfants, petits-enfants et, probablement, arrière-petits-enfants.
 
Les auteurs occidentaux du projet «anti-russe» ont mis en place un système politique ukrainien de façon à ce que les présidents, les députés, les ministres changent, mais qu’il y ait une orientation constante vers la séparation avec la Russie, vers l'inimitié avec elle. Le principal slogan préélectoral du président en exercice était la paix. Il est arrivé au pouvoir grâce à cela. Ces promesses se sont avérées être des mensonges. Rien n'a changé. Et à certains égards, la situation en Ukraine et autour du Donbass s'est même dégradée.
 
Il n'y a pas de place pour une Ukraine souveraine dans le projet «anti-russe», ainsi que pour les forces politiques qui tentent de défendre sa réelle indépendance. Ceux qui parlent de réconciliation dans la société ukrainienne, de dialogue, de la sortie de l'impasse sont désignés comme agents «pro-russes».
 
Je le répète, pour beaucoup en Ukraine, le projet «anti-Russie» est tout simplement inacceptable. Et il y a des millions de personnes qui pensent ainsi. Mais ils n'ont pas le droit de lever la tête. Ils ont pratiquement été privés de la possibilité légale de défendre leur point de vue. Ils sont intimidés, poussés à agir dans la clandestinité. Pour leurs convictions, pour une parole, pour le fait d’exprimer ouvertement leurs positions, ils sont non seulement persécutés, mais aussi tués. Et les meurtriers ont tendance à rester impunis.
 
Seuls ceux qui haïssent la Russie sont désormais considérés сomme les patriotes «corrects» de l'Ukraine. D’autant plus qu’il est proposé de construire à l'avenir l'ensemble de l'État ukrainien uniquement sur cette idée. La haine et la colère – l'histoire du monde l’a prouvé à de nombreuses reprises – constituent une base très fragile pour la souveraineté, comportant de nombreux risques et graves conséquences.
 
Toutes les manœuvres associées au projet «anti-Russie» nous sont claires. Et nous ne permettrons jamais que nos territoires historiques et les personnes qui nous sont proches et qui y vivent soient utilisées contre la Russie. Et à ceux qui voudraient s’y essayer, je veux dire qu'ils détruiront ainsi leur pays.
 
Les actuelles autorités ukrainiennes aiment se référer à l'expérience occidentale, elles y voient un modèle. Regardez donc comment l'Autriche et l'Allemagne, les États-Unis et le Canada vivent côte à côte. Similaires pour ce qui est de la composition ethnique, de la culture, ayant de fait une seule langue, ils restent des États souverains, avec leurs propres intérêts, avec leur propre politique étrangère. Mais cela n'interfère pas dans leur étroite intégration ou leurs relations en tant qu’alliées. Ils ont des frontières très conventionnelles et transparentes. Et les citoyens, les croisant, se sentent chez eux. Ils fondent des familles, étudient, travaillent, font des affaires. Tout comme, d’ailleurs, les millions de personnes nées en Ukraine qui vivent de nos jours en Russie. Pour nous, ce sont les nôtres, nos proches.
 
La Russie est ouverte au dialogue avec l'Ukraine et est prête à discuter des questions les plus complexes. Mais il est important pour nous de comprendre que notre partenaire défend ses intérêts nationaux, et ne sert pas les intérêts des autres, qu’il n'est pas un instrument entre les mains de quelqu'un dans une lutte contre nous.
 
Nous respectons la langue et les traditions ukrainiennes. Le désir des Ukrainiens de voir leur État libre, sûr et prospère.
 
Je suis convaincu que la véritable souveraineté de l'Ukraine est possible précisément en partenariat avec la Russie. Nos liens spirituels, humains, civilisationnels se sont tissés depuis des siècles, ils remontent aux mêmes sources, ils ont été formés par des épreuves, des succès et des victoires communes. Notre parenté se transmet de génération en génération. Elle est dans les cœurs, dans la mémoire des personnes vivant dans la Russie et en Ukraine d’aujourd’hui, dans les liens du sang qui unissent des millions de familles. Ensemble, nous avons toujours été, et serons, bien plus forts et plus performants. Après tout, nous sommes un seul peuple.
 
Or, ces mots sont perçus avec hostilité par certains. Ils peuvent être interprétés de différentes manières. Mais beaucoup de gens m'entendront. Et je dirai seulement une chose : la Russie n'a jamais été et ne sera jamais «anti-Ukraine ».
 
Quelle sera l'Ukraine ? – C'est à ses citoyens d’en décider.
 
 
Vladimir Poutine

 
Tag(s) : #Russie - Ukraine Histoire Poutine
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