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Côté palestinien du mur d’apartheid à Jérusalem-Est, 2006. (gratification différée, Flickr, CC BY-NC-SA 2.0)

 Israël : malgré le départ de Netanyahu, rien n’a changé pour les Palestiniens

James Zogby affirme qu’une fois de plus les médias américains ignorent l’annexion rampante des terres palestiniennes par Israël et l’agression brutale du gouvernement.

Source : Consortium News, James Zogby

Quelques mois après la fin des dernières hostilités entre Israël et le Hamas, les événements sur le terrain démontrent que peu de choses ont changé. Et une fois de plus, les médias américains ignorent l’annexion rampante des terres palestiniennes par Israël et ses comportements brutalement agressifs envers le peuple palestinien.

Il y a quelques mois, la presse a semblé se réveiller – notamment en raison de l’importante couverture accordée aux efforts d’Israël pour expulser les Palestiniens de leurs maisons à Sheikh Jarrah et de l’assaut brutal de l’armée israélienne contre les Palestiniens à al Aqsa – ce qui témoigne d’une plus grande sensibilité au sort des Palestiniens.

Bien que ces actions israéliennes et les soulèvements massifs de la jeunesse palestinienne qu’elles ont précipités aient été noyés par le scénario plus familier des bombardements israéliens de Gaza en réponse aux tirs de roquettes du Hamas, après le cessez-le-feu, la couverture positive de la souffrance palestinienne s’est poursuivie, mais seulement pour un temps.

L’attention a rapidement été détournée par le spectacle de la défaite de Netanyahu et la formation du nouveau gouvernement israélien. C’est à ce moment-là que stratégie israélienne de la hasbara [Terme utilisé par l’État d’Israël pour décrire ses relations publiques et sa « diplomatie publique », NdT] est passée à la vitesse supérieure.

Le nouveau Premier ministre Naftali Bennett, un partisan de la ligne dure notoire, nous dit-on, est devenu un pragmatique qui veut rétablir les relations effilochées avec les Démocrates.

 

Naftali Bennett en 2013. (The Israel Project, Flickr, CC BY-SA 2.0, Wikimedia Commons)

Dans un appel à l’administration Biden, un haut membre du gouvernement Bennett-Lapid a déclaré que leur avenir « repose entre les mains de Biden… Nous espérons qu’ils comprendront les contraintes sous lesquelles nous opérons…» En d’autres termes, « ne regardez pas ce que nous faisons et ne nous imposez pas d’exigences ; ce qui devrait compter, c’est que nous ne sommes pas Netanyahou. »

Mais, comme l’a fait remarquer un militant pacifiste israélien de premier plan, l’attitude des États-Unis à l’égard d’Israël « devrait être déterminée par les politiques israéliennes, et non par les politiciens israéliens, et tant que les politiques se poursuivent, il n’y a aucune raison de laisser Israël tranquille pour le simple fait qu’il n’est pas dirigé par Netanyahu. »

En ce qui concerne les politiques, rien n’a changé. À la suite des troubles qui ont secoué les villes israéliennes le mois dernier, la police israélienne a arrêté 2 100 citoyens – dont 91 % étaient des citoyens palestiniens d’Israël.

Peu de temps après son investiture, le nouveau gouvernement a délivré un permis à des extrémistes brandissant des drapeaux pour défiler dans les quartiers arabes en scandant « Mort aux Arabes », « Vos villages brûleront » et autres injures incendiaires. Une fois de plus, la police israélienne a arrêté les contre-manifestants arabes.

Dans un développement de mauvais augure, la police israélienne a dressé des barricades autour du quartier de Sheikh Jarrah et établi un poste de contrôle pour les résidents. Elle a également établi des postes de garde près de la Porte de Damas qui, selon la presse israélienne, sont fréquemment utilisés pour harceler et battre les jeunes Palestiniens qui se rassemblent sur l’esplanade de la Porte.

 

Fresque murale à Bethléem, 2010, montrant Handala, le symbole de la résistance palestinienne, entouré de bleu. (Mujaddara, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commmons)

Comme je le craignais, chaque jour qui passe semble indiquer que les Israéliens ont l’intention de répéter à Jérusalem ce qu’ils ont fait à Hébron. La presse israélienne rapporte également que la police a eu recours à une brutale « dispersion de la foule, même lorsque cela n’était pas nécessaire » et qu’elle a déployé des tuyaux d’eau puante, aspergeant la place, les murs de la vieille ville et les maisons de Silwan d’un liquide qui dégage une « puanteur insupportable » de longue durée.

Pendant ce temps, dans le reste des terres occupées, l’expansion des colonies et l’annexion rampante se poursuivent. Cette semaine encore, le nouveau gouvernement a donné le feu vert à 31 nouveaux projets dans les colonies de Cisjordanie. Et à Hébron, les Israéliens ont saisi des terres adjacentes à la mosquée Al Ibrahim pour achever leur prise de contrôle de ce site protégé par l’UNESCO.

Au sud d’Hébron, les terres fertiles de Khirbet al Aida, appartenant à des Palestiniens, ont fait l’objet de raids de colons, de démolitions et d’expropriations. L’intention du gouvernement israélien est de relier les colonies autour d’Hébron, en la coupant du reste de la Cisjordanie.

Tout aussi inquiétantes sont les activités des colons, protégés par l’armée israélienne, qui ont établi un « avant-poste » – Evyatar – sur une colline au sud de Naplouse, Jabal Sabih. Bien que l’armée ait déclaré cet avant-poste « manifestement illégal », 60 maisons ont déjà été construites et des soldats ont été vus en train d’aider les colons à transporter des matériaux de construction sur la colline. Le gouvernement a fourni à l’avant-poste l’eau, l’électricité et les routes.

Les Palestiniens, sur les terres desquels cet « avant-poste » est érigé, ont protesté contre cet accaparement flagrant des terres. Au cours des six dernières semaines, les Israéliens ont tué par balle cinq jeunes manifestants palestiniens.

Comme pour le développement d’Hébron, les Palestiniens comprennent que ce qui est illégal aujourd’hui devient légal demain. Une fois achevé, Evyatar sera relié à d’autres avant-postes autrefois illégaux et coupera Naplouse du reste de la Cisjordanie.

Un mois après la fin de la dernière « guerre de Gaza », les colons israéliens ont participé à 14 marches dans toute la Cisjordanie, protégés par l’armée israélienne, exigeant que le gouvernement exproprie les terres palestiniennes pour la construction de colonies.

Pendant ce temps, à Gaza, malgré les vantardises de la victoire du Hamas, des dizaines de milliers de Palestiniens de cette bande appauvrie sont toujours sans abri, beaucoup d’autres sont privés d’eau et d’électricité, et toute la population est sans espoir pour l’avenir.

À la Knesset israélienne, le nouveau gouvernement cherche à faire renouveler une loi visant à interdire le « regroupement familial » palestinien (interdisant aux citoyens palestiniens d’Israël et aux résidents de Jérusalem de faire venir des conjoints de Cisjordanie, de Gaza ou de l’extérieur pour vivre avec eux). Le ministre de la Défense, Benny Gantz, a fait valoir que l’adoption de cette loi « est nécessaire pour maintenir la sécurité de l’État et son caractère démocratique juif. »

L’essentiel : Netanyahu est peut-être écarté, mais l’annexion rampante et l’oppression continuent. Pour les Palestiniens, rien n’a changé.

James J. Zogby est l’auteur de Arab Voices (Palgrave Macmillan, octobre 2010) et le fondateur et président de l’Arab American Institute (AAI), une organisation basée à Washington, qui sert d’organe de recherche politique et stratégique à la communauté arabo-américaine. Depuis 1985, le Dr Zogby et l’AAI ont dirigé les efforts des Arabes américains pour obtenir une autonomie politique aux États-Unis. Grâce à l’inscription sur les listes électorales, à l’éducation et à la mobilisation, l’AAI a permis aux Arabes américains d’intégrer le courant politique dominant.

Tag(s) : #Palestine Israël
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