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                                        Le Temps

Ingénieur spécialisé en moteurs nouvelle génération, Lino Guzzella enseigne à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Il explique pourquoi la voiture électrique est, selon lui, vouée à l’échec

Propos recueillis par Pierre Chambonnet

Publié jeudi 28 avril 2011
Modifié lundi 16 août 2021 

 

Par le jeu des partages sur les réseaux sociaux, cette interview de 2011 connaît un subit regain d'intérêt. Une technologie de pointe comme celle des voitures électriques évoluant vite, les propos tenus il y a huit ans, fussent-ils ceux d'un spécialiste, sont à lire avec le recul approprié.

Nous avons publié un article avec des connaissances et des données actualisées sur l'intérêt de la voiture électrique: En dix ans, le bond en avant de la voiture électrique

Le Temps: Face à la consommation exponentielle des combustibles fossiles et aux émissions massives de CO2, l’industrie automobile traditionnelle cherche à se réinventer. Parmi les solutions d’avenir, la voiture électrique est-elle une idée convaincante? 

Lino Guzzella: Non, pas à l’horizon des 20 prochaines années en tout cas. Elle ne peut pas s’appliquer à l’ensemble de la population suisse, aux 4 millions d’automobilistes actuels. Je ne parle pas de 1000 ou 10 000 voitures électriques qui sont en train d’être vendues à quelques privilégiés, ce que je ne remets pas en question. Ce qui m’inquiète, c’est que je ne vois aucune chance dans les 20 ans à venir d’arriver ne serait-ce qu’à un demi-million de véhicules de ce type vendus, ce qui serait le chiffre minimum pour pouvoir apprécier les effets positifs d’un tel changement.

 

Favoriser l’adoption massive de véhicules électriques n’est donc pas la solution? 

– Certainement pas. D’abord pour des raisons d’autonomie: on ne peut parcourir qu’une centaine de kilomètres avec une voiture électrique. Certes, 80% de nos trajets automobiles font entre 40 et 50 km. Mais personne n’achète de voiture pour l’utiliser à 80% seulement. Or, un moteur à combustion a une autonomie quasiment infinie, en sachant qu’il ne faut que quelques minutes pour le réapprovisionner en carburant. Et les gens ne peuvent pas se permettre de s’acheter plusieurs voitures, dont une pour les petites distances.

Avec son autonomie réduite, la voiture électrique peut être une solution pour la mobilité urbaine… – Ce serait un non-sens écologique. En ville, il faut se déplacer à pied, à vélo ou en transports publics. Nous n’avons aucun besoin d’une voiture spécifique pour la ville. C’est absurde sur le plan environnemental.

Pour quelle raison? – La provenance de l’électricité qui alimente ces véhicules. Plébisciter les voitures électriques à grande échelle, c’est plébisciter les centrales nucléaires et les centrales à charbon. Nous n’avons aucune autre solution. Certainement pas les énergies renouvelables, qui ont déjà pour lourde tâche de remplacer à terme l’électricité actuellement produite par des centrales nucléaires et à charbon pour les besoins courants, les systèmes de chauffage (pompes à chaleur). Il faudrait maintenant qu’elles assurent la mobilité? Cela revient à utiliser trois fois la même énergie. Comment peut-on chercher de nouveaux consommateurs d’électricité? Il faut au contraire ménager cette énergie.

Tag(s) : #Progrès technique
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