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Après la «chute de Kaboul», des dirigeants de l’UE rêvent à nouveau d’une «défense européenne»

Des soldats danois s'entraînent lors des compétitions européennes de snipers en Allemagne, 2016.

"Feu de paille" ou "feu de brousse" ?
 

RT France

La victoire éclair des Taliban représente une humiliation pour la puissance américaine. A Bruxelles, certains saisissent l’occasion pour plaider en faveur d’une Europe militaire, note Pierre Lévy, rédacteur en chef du mensuel Ruptures.

«C’est la plus grande débâcle que l’OTAN ait subie depuis sa création et c’est un véritable changement d’époque auquel nous sommes confrontés» : les mots d’Armin Laschet, le candidat chrétien-démocrate à la succession de la chancelière allemande Angela Merkel, traduisent le désarroi de la plupart des dirigeants et commentateurs occidentaux.

Pour sa part, le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, s’est affligé de la «chute de Kaboul», expression significative qui désigne la victoire des forces talibanes désormais totalement maîtresses de l’Afghanistan. Ce 15 août, a-t-il déploré, constitue «l'événement géopolitique le plus important depuis l'annexion de la Crimée par la Russie en 2014».

La scène que l’Oncle Sam s’était juré de ne plus jamais revoir – la fuite éperdue des Américains récupérés par hélicoptère à Saïgon – a ressurgi comme un mauvais cauchemar

Non que le sort du peuple afghan traumatise particulièrement les responsables européens. En tout cas, ils ne semblaient pas jusqu’à présent trop attristés par l’état de délabrement – économique, social, institutionnel – d’un pays sous occupation américaine puis otanienne depuis exactement vingt ans. Non sans lucidité, le ministre slovène des Affaires étrangères a estimé qu’il s’agissait moins d’un triomphe des «étudiants en religion» que de l’écroulement du régime fantoche précédent. Celui-ci s’est en effet avéré incapable de fournir le moindre service public ou étatique digne de ce nom tellement la corruption dominait tout.
 

En réalité, pour les Occidentaux, la catastrophe est ailleurs : la scène que l’Oncle Sam s’était juré de ne plus jamais revoir – la fuite éperdue des Américains récupérés par hélicoptère à Saïgon – a ressurgi comme un mauvais cauchemar. L’humiliation est totale pour la première superpuissance mondiale, qui avait certes négocié son départ par un accord signé en février 2020, mais dont les chefs semblaient imaginer que celui-ci allait préparer un retrait en douceur.

C’est encore pire pour les responsables européens. Les pays du Vieux Continent, de l’Union européenne en particulier, avaient docilement accompagné Washington dans sa glorieuse croisade. Et n’ont été consultés à aucun moment sur le principe, le calendrier et les modalités du désengagement impulsé par Donald Trump, et mis en œuvre par Joseph Biden. Au printemps encore, la Maison Blanche faisait savoir à ses «partenaires» de l’OTAN, qu’elle n’était «pas prête» à évoquer le sujet en commun.

Bref, les Européens ont été mis devant le fait accompli. Et sont «pris de vertige» – l’expression est de l’ex-journaliste et eurodéputé macroniste Bernard Guetta – devant un constat terrible : les engagements américains qui les lient à leurs alliés ne valent… que pour autant qu’ils correspondent aux intérêts nationaux du grand frère. Rien que de très logique, finalement. L’épreuve de vérité ne se limite pas au Vieux Continent. Pékin, par exemple, s’est fait une joie de signaler à Taïwan que le «parapluie» américain n’était pas d’une fiabilité à toute épreuve…

Certains dirigeants de l’UE, quant à eux, ont tenté de transformer le cataclysme en occasion pour remettre une nouvelle fois le couvert sur le thème : il faut, et d’urgence, une «défense européenne». Sinon une armée unifiée, du moins une capacité à agir sur la scène internationale, alors même que la simple évacuation des ressortissants à Kaboul était entièrement dépendante des Américains.

L’occasion fait en quelque sorte le larron. Ainsi, pour monsieur Borrell, «il y a des événements qui deviennent des catalyseurs de l’histoire et qui peuvent conduire à une sorte de rupture. L’Afghanistan en est un exemple». Une direction qui ne peut déplaire à Emmanuel Macron : en 2018, celui-ci plaidait pour une intégration militaire plus poussée, sous couvert d’autonomie stratégique de l’UE. Son secrétaire d’Etat à l’Europe, Clément Beaune, vient d’affirmer que ce projet ne va pas certes s’accomplir du jour au lendemain, mais veut croire qu'«une prise de conscience progressive d’une autonomie plus grande est nécessaire».

Pierre LEVY

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https://francais.rt.com/opinions/90458-apres-chute-kaboul-dirigeants-ue-revent-a-nouveau-d-une-defense-europeenne

 

 

Tag(s) : #Kaboul Union européenne
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