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A map North and South America - 13288582

 

                            INVESTIG'ACTION

L’influence US à l’épreuve

 

La politique de l’administration Trump envers l’Amérique latine a été marquée par des sanctions, des menaces militaires et des commentaires racistes. Avec l’arrivée de Biden, les impérialistes les plus enthousiastes s’attendaient à une façade plus sophistiquée qui leur permettrait de réaffirmer l’hégémonie américaine sur le continent.

Cependant, ce plan n’a pas fonctionné et un événement en particulier pourrait mettre encore plus en échec l’influence de Washington dans la région : il s’agit 9ème Sommet des Amériques à Los Angeles, du 6 au 10 juin.

En tant que pays hôte, les États-Unis ont le pouvoir de donner le ton et de décider de la liste d’invités. Avec son arrogance caractéristique, Washington a décidé d’exclure Cuba, le Nicaragua et le Venezuela pour non respect des normes de « démocratie » américaine. En d’autres termes parce qu’ils refusent de s’incliner et d’abandonner leurs projets respectifs. Dans l’imaginaire des conseillers de la Maison Blanche, le sommet serait rempli de jolis discours sur la « liberté » et la « démocratie », avec des dirigeants régionaux affirmant leur allégeance à Washington. La réalité a été toute autre, signe clair de la faiblesse de la crédibilité des États-Unis dernièrement.

La première mise en garde est venue de Ronald Sanders, ambassadeur d’Antigua-et-Barbuda aux États-Unis, qui a révélé que les pays de la Communauté des Caraïbes (Caricom) envisageaient de ne pas participer du sommet si l’exclusion de Cuba, du Venezuela et du Nicaragua se confirmait. « Le Sommet des Amériques n’est pas une réunion américaine, donc les États-Unis ne peuvent pas s’arroger le droit de décider qui est invité et qui ne l’est pas », a déclaré Sanders.

Bien qu’elle ne soit pas encore confirmée, il s’agit d’une position ferme prise par les petits États Caribéens. La politique de Washington s’est cependant uniquement concentrée sur l’isolement de Cuba ou l’empêchement des pays de la Caricom de nouer des liens avec la Chine.

Les réponses des autres pays ne se sont pas faites attendre. Certains, comme l’Argentine, ont critiqué la position de l’administration Biden, sans pour autant faire des commentaires sur leur participation. En revanche, les présidents de la Bolivie et du Mexique, Luis Arce et Andrés Manuel López Obrador, ont affirmé qu’ils ne participeraient pas au sommet si « l’axe du mal » était exclu, en envoyant discrètement des délégations sur place. López Obrador a ouvertement critiqué les plans de la Maison Blanche, en visitant récemment Cuba et en dénonçant le blocus américain.

Autre absence notable, celle de Xiomara Castro, nouvelle présidente du Honduras. Le geste diplomatique est significatif puisqu’il vient d’un pays qui a été pendant plus de 10 ans un fidèle laquais des États-Unis.

Pour l’administration Biden, les prochaines jours annoncent une longue série de semaines d’agitation et de tentatives de limitation de dégâts. Il faut éviter à tout prix qu’un sommet organisé sur son propre sol ne se transforme en désastre en termes de relations publiques. En même temps, revenir en arrière en invitant les gouvernements de Cuba, du Venezuela et du Nicaragua n’est pas une option envisageable.

Le sommet de juin pourrait paradoxalement donner un coup de pouce aux initiatives d’intégration régionale indépendantes des États-Unis. López Obrador, par exemple, a soutenu que la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC) devrait remplacer l’Organisation des États Américains (OEA), organisation considérée comme agonisante.

Le calendrier électoral régional ne fera qu’augmenter l’agitation américaine. Effectivement, il est fort probable que des candidats de gauche sortent vainqueurs des élections présidentielles en Colombie et au Brésil, les deux principaux alliés des États-Unis en Amérique du Sud.

Si au Brésil Lula parle d’une monnaie commune pour promouvoir le développement latino-américain, en Colombie Petro parle de rétablir des relations diplomatiques avec le Venezuela.

Leurs victoires respectives ne constitueront pas une véritable menace pour les intérêts américains dans la région, en particulier pour les multinationales. Cette analyse s’étend également au Chili, où Boric a été élu. De fait, de nombreux dirigeants ou candidats de centre gauche, par lâcheté ou opportunisme, ont rejoint le discours « officiel » qui remet en cause les élections ou le respect des droits de l’homme au Venezuela, au Nicaragua et à Cuba.

Mais en même temps, il est clair qu’ils ne seront pas prêts à se joindre aux opérations éhontées de changement de régime promues par Washington, ce qui constitue un changement significatif si l’on se souvient du triste rôle joué par des présidents fantoches comme Piñera (Chili) ou Duque (Colombie).

Les États-Unis ne resteront pas les bras croisés alors que leur hégémonie sur le continent s’estompe peu à peu. Les réactions précédentes ont été sanglantes. Mais personne n’a dit que vaincre l’empire américain serait une tâche facile.

 

Tag(s) : #Les Amériques
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