Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Le président-directeur général de BlackRock, Larry Fink, assiste à une séance lors de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos en 2020. (FABRICE COFFRINI/AFP via Getty Images)

 

Retraites: BlackRock souffle ses conseils pour la capitalisation à... |  Mediapart

Larry Fink et Emmanuel Macron, qui voulair confier la gestion de nos retraites  "à points' au PDG de BlackRock

BlackRock tire profit de la crise climatique

Dans sa lettre de 2020 aux PDG, Larry Fink, président et PDG de BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, a affirmé haut et fort que « le risque climatique est un risque d’investissement ». Il serait toutefois plus juste de dire que pour des entreprises comme BlackRock, le risque climatique s’avère être une précieuse opportunité d’investissement.

Aujourd’hui, les banques, les investisseurs et les gestionnaires d’actifs se sont positionnés de manière à gagner de l’argent, peu importe la façon dont — ou même si — les pays finalement prennent des mesures sérieuses pour stopper le changement climatique. En fait, pour certaines des entreprises les plus grandes, les plus puissantes et les plus mondialement implantées, la crise climatique est tout bénéfice.

Si les gouvernements ne prennent que peu ou pas de mesures, ces entreprises seront gagnantes, tout simplement en continuant à faire ce qu’elles font déjà. Les entreprises investiront dans les industries et les technologies vertes et vendront des produits d’investissement avec critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) à ceux qui veulent se rassurer sur la façon dont leurs fonds sont investis. Mais ces entreprises continueront également à investir dans le pétrole, le gaz et le charbon, et à offrir des produits d’investissement qui accueillent favorablement les industries polluantes.

Si le monde passe enfin à l’action, des entreprises comme BlackRock seront gagnantes en se faisant reconnaître comme des acteurs responsables dont les conseils et le soutien sont nécessaires à l’action climatique. Ces entreprises seront en mesure de peser sur les solutions que les gouvernements et les organisations internationales mettront en œuvre — et celles qui seront exclues. Elles seront en mesure de tirer profit des milliards de dollars d’investissements publics dans les industries et les technologies vertes, tandis que les gouvernements et les contribuables assumeront une grande partie du risque initial.

Peu importe ce que les gouvernements font ou ne font pas, les sociétés de services financiers seront gagnantes en adoptant des discours vigoureux et très publics concernant leur souci de la planète. Grâce à ces annonces, elles seront perçues comme des acteurs durables et bien intentionnés de la résolution des problèmes. Ces engagements leur permettront de s’assurer que leurs points de vue et leurs propositions de solutions sont pris en compte lors des négociations sur le climat. Et ils leur permettront de détourner l’attention des politiciens, des législateurs et des commentateurs de la réticence des entreprises à utiliser leur énorme puissance financière pour imposer un authentique changement.

À court terme, du moins, ces colosses de la finance ne pourront pas être perdants. Mais cela ne sera pas le cas pour le reste d’entre nous. Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat est cruellement catégorique : si la communauté internationale attend plus longtemps pour prendre de réelles mesures contre le changement climatique, nous « raterons la petite fenêtre d’opportunité, qui se referme rapidement, de garantir un avenir habitable et durable pour tous ». Le fait de masquer l’enthousiasme de ces entreprises pour les combustibles fossiles sous des promesses lénifiantes d’investissements verts ne sert qu’à détourner l’attention de l’urgence d’une action concrète et rend donc encore plus difficile un défi déjà redoutable.

« Nous offrons à nos clients le choix quant à leurs façon d’investir ».

En juillet dernier, les représentants du Groupe des Vingt (G20), un forum composé de dix-neuf nations et de l’Union européenne (UE), se sont réunis à Venise pour la Conférence internationale sur le changement climatique 2021. Le G20 comprend plusieurs des pays les plus riches et les plus puissants au monde, dont les États-Unis, la Chine, l’Inde et le Japon. Ses pays membres représentent plus de 80 % du PIB mondial et produisent une quantité d’émissions de gaz à effet de serre en proportion similaire.

Trouver Larry Fink, de BlackRock, aux côtés de ministres des finances, de banquiers centraux et d’autres responsables gouvernementaux n’était vraiment pas une surprise. Sa société était alors responsable de 9 500 milliards de dollars d’investissements. Si ses actifs sous gestion représentaient le PIB d’un pays, BlackRock pourrait se targuer d’avoir la troisième plus grande économie au monde.

Mais ce n’est pas seulement la puissance financière de BlackRock qui a permis à Fink d’avoir une place à la tribune. Ces dernières années, la société a réussi à développer une autre forme de pouvoir : sa réputation croissante de leader sur les questions sociales et environnementales.

Cette approche s’est retrouvée pleinement exposée à Venise, alors que Fink était invité à prendre la parole lors d’un débat sur « le changement climatique et le système financier ». Parmi les intervenants assis à côté de Fink figuraient deux des plus puissants régulateurs financiers d’Europe : Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, et Paolo Gentiloni, le commissaire européen à l’économie.

Avant même que les panélistes n’aient prononcé un mot, l’événement avait déjà positionné Fink comme un pair de deux fonctionnaires qui réglementent son entreprise et supervisent son secteur. Cela lui a garanti un public attentif formé de personnes dont les décisions affectent directement les affaires de BlackRock. Cela l’a dépeint comme un défenseur de la lutte contre le changement climatique. Et cela a révélé à quel point les régulateurs et les représentants des gouvernements sollicitent les conseils de BlackRock. (BlackRock n’a pas répondu aux multiples courriels de demande de commentaires pour ce reportage).

Fink a pris la parole en premier. Il en a profité pour affirmer, comme il l’a fait à de nombreuses reprises, que la détermination mondiale à responsabiliser les entreprises cotées en bourse quant à leurs engagements environnementaux « incite fortement les sociétés anonymes à désinvestir de leurs actifs polluants ».

Comme l’a récemment écrit Yannic Rack pour Wired, pour paraître vertes, de nombreuses compagnies d’électricité ont « vendu certaines de leurs centrales électriques les plus polluantes » et « les grandes compagnies pétrolières se sont débarrassées de leurs champs de pétrole et de gaz pour atteindre leurs objectifs en matière d’émissions ». Il existe toujours un immense marché pour ces actifs, dans la mesure où les combustibles fossiles restent incroyablement lucratifs — et cela était vrai même avant que l’invasion de l’Ukraine par la Russie ne contribue à faire grimper les prix du pétrole à leurs plus hauts niveaux depuis 2008.

Mais alors même que Fink vantait l’importance de la lutte contre le changement climatique, son entreprise ne faiblissait pas dans son engagement en faveur du pétrole, du gaz et du charbon. À l’époque, BlackRock avait investi 259 milliards de dollars dans des combustibles fossiles partout dans le monde. Selon un rapport récent élaboré par plus de 25 ONG, BlackRock reste le plus gros investisseur institutionnel dans le charbon, comptant près de 109 milliards de dollars investis dans cette industrie.

En janvier de cette année, en réponse aux efforts déployés au Texas par les décideurs politiques et les leaders de l’industrie pour punir les entreprises qui désinvestissent des combustibles fossiles, le responsable des affaires extérieures de BlackRock a écrit une lettre soulignant l’intérêt constant de la société pour le pétrole et le gaz, notant que BlackRock est « sans doute le plus gros investisseur du monde dans les entreprises de combustibles fossiles » et promettant de « continuer à investir dans les entreprises de combustibles fossiles et à soutenir celles-ci ».

« Nous offrons à nos clients le choix quant à la façon d’investir », indique la lettre. Si un investisseur veut placer son argent dans les entreprises les plus extractives et les plus intensives en carbone qu’on puisse imaginer, BlackRock est prêt à le faire. Mais si un investisseur veut un fonds qui se targue d’être exempt de combustibles fossiles, BlackRock sera également heureux de le faire.

Même en l’absence de toute action gouvernementale sur le changement climatique, la demande pour ces investissements « durables » augmente rapidement. Comme l’a noté Fink dans sa lettre de 2022 aux PDG, qui a été publiée deux semaines après que BlackRock a réitéré sa détermination à continuer de soutenir l’industrie des combustibles fossiles, « le mouvement tectonique vers l’investissement durable continue de s’accélérer. »

Pour BlackRock, ce changement tectonique est déjà une vache à lait. Selon la société, au cours des seuls neuf premiers mois de 2021, les investisseurs ont injecté 64 milliards de dollars dans des « stratégies d’investissement durable » proposés par la société. Pendant cette même période de neuf mois, BlackRock a lancé soixante « nouveaux ETF [fonds négociés en bourse] et fonds communs de placement indiciels durables. » Aujourd’hui, selon le Financial Times, BlackRock gère près de 60 % de tous les actifs mondiaux investis dans des EFT à critères ESG.

En conséquence, BlackRock supervise désormais plus de 500 milliards de dollars d’investissements qu’il présente comme « durables ».

« Étant donné que les produits ESG sont généralement assortis de frais plus élevés que les produits non ESG, cela représente un secteur d’activité très rentable et à croissance rapide », a écrit Tariq Fancy, ancien responsable des investissements durables chez BlackRock.

Pourtant, en dépit de cette image de marque verte, « je n’ai pas constaté [dans les propositions de BlackRock] de produits réellement exempts de combustibles fossiles ou de véritables options durables », a déclaré Andrew Behar, PDG du groupe de défense des actionnaires As You Sow, qui a passé des années à faire pression sur BlackRock afin que les engagements en matière de climat de ce dernier soient respectés.

BlackRock « soutient l’économie extractive tout en parlant de la façon dont ils soutiennent l’économie régénératrice, a déclaré Behar. Ce sont deux voies différentes, et en disant une chose et en faisant une autre, ils nuisent eux-mêmes à leur crédibilité. »

BlackRock, cependant, semble déterminé à emprunter les deux voies aussi longtemps que possible. Les investissements verts sont déjà rentables. Si les gouvernements ne prennent pas de mesures plus significatives, les investissements dans le pétrole, le gaz et le charbon resteront eux aussi rentables.

« Nous nous concentrons sur le développement durable… Parce que nous sommes capitalistes. »

Que se passe-t-il si les prophètes de malheur ont tort et que les gouvernements mettent en œuvre des plans ambitieux pour lutter contre le changement climatique ? BlackRock sera tout aussi gagnant dans ce cas.

En fait, c’est dans ce scénario que les efforts rhétoriques de la société en matière de changement climatique, ce qui est un réel investissement en soi — discours et participations à des panels, lettres publiques adressées aux PDG, promesses de durabilité, de zéro net et de décarbonation — commenceraient vraiment à porter leurs fruits. Comme l’a montré la participation de Fink au G20, BlackRock a acquis une telle crédibilité auprès de l’élite grâce à ses déclarations très médiatisées que, grâce à son pouvoir financier et politique sans cesse croissant, la compagnie semble presque assurée de voir ses opinions et ses idées être sérieusement prises en compte.

Lors du G20, par exemple, Fink a exhorté les gouvernements à s’attaquer au « volet exigence » de l’économie verte en rendant les produits, services et technologies respectueux de l’environnement plus abordables et plus faciles d’accès. Pour réduire la « prime verte », en particulier sur les marchés émergents, « nous devons mobiliser les capitaux publics et privés », a déclaré Fink.

« Il nous faut repenser la façon dont les institutions financières internationales peuvent soutenir les investissements à faible intensité carbone à grande échelle, a-t-il ajouté, et atténuer les risques d’investissement dans le monde émergent » — ce qui signifie que les gouvernements devraient assumer une partie des risques initiaux pour le compte des investisseurs privés.

BlackRock reste le plus grand investisseur institutionnel dans le domaine du charbon, avec près de 109 milliards de dollars investis.

Les institutions auxquelles Fink faisait référence étaient la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI), et ce qu’il proposait ne consistait pas en de maigres modifications. Contrairement à la personne assise directement à sa gauche, Christine Lagarde, qui a dirigé le FMI pendant près de dix ans, Fink n’occupe pas de fonction publique. Il n’est ni élu ni supervisé par quiconque, à l’exception du conseil d’administration de BlackRock. Pourtant, ses propositions, comme le dit le New York Times, « changeraient fondamentalement la fonction de la Banque mondiale et du FMI, et remodèleraient le rôle des gouvernements dans la lutte contre le changement climatique.»

Dans sa conclusion, Fink s’est montré plutôt optimiste — ou, du moins, optimiste du point de vue des investisseurs. « Selon les recherches de BlackRock, la transition [verte] représente une perspective d’investissement de 50 000 milliards de dollars pour les investisseurs à long terme. » C’est une cagnotte plutôt intéressante pour le plus gros investisseur à long terme du monde.

En proposant ces idées — détourner l’attention des sociétés cotées en bourse, canaliser les capitaux publics vers les entreprises privées, faire supporter les risques initiaux par les gouvernements — il se peut que Fink ait de bonnes intentions. Les conversations que j’ai eues avec des personnes qui ont travaillé avec lui me laissent penser qu’il se soucie sincèrement du changement climatique. La question de savoir si ses propositions seraient bonnes pour la société et la planète est une question qui mérite un débat public.

Ce qui est indéniable, en revanche, c’est que ses propositions seraient bonnes pour BlackRock. Lorsque les dirigeants de BlackRock — ou de toute autre entreprise — rencontrent des représentants du gouvernement ou participent à des forums comme le G20, ils ont « un objectif clair de ce qu’ils essaient d’en retirer », m’a dit Fancy, l’ancien responsable de l’investissement durable chez BlackRock. « Dans toute conversation de ce type, ils sont là pour faire valoir leurs intérêts. Ce sont les objectifs pour lesquels ils sont optimisés.»

Ou, comme l’a dit Fink dans sa lettre de 2022 aux PDG , « Nous nous concentrons sur la durabilité non parce que nous sommes des environnementalistes, mais parce que nous sommes des capitalistes et des fiduciaires pour nos clients.»

La participation de BlackRock aux négociations sur le climat s’accompagnera toujours de cette réserve. Lorsque les dirigeants de la société s’assoient à cette table de négociation dans un sens métaphorique (ou littéral), ils ne le font pas en tant que citoyens sensibilisés — ou du moins pas exclusivement en tant que tels. Ils sont les représentants de BlackRock, un gestionnaire d’actifs et une société cotée en bourse ayant des obligations juridiques et financières envers ses clients et ses propres actionnaires. Lorsque Fink s’envole pour Venise pour prendre la parole au G20, ou lorsqu’il assiste à la conférence des Nations unies sur le changement climatique, il ne peut pas mettre de côté ces responsabilités.

Cela ne veut pas dire que BlackRock et ses concurrents ne devraient jamais être à la table des négociations. Il est presque impossible d’imaginer un scénario réaliste pour résoudre le problème du changement climatique qui n’impliquerait pas un engagement en toute bonne foi des entreprises et des investisseurs privés.

Mais il est facile d’imaginer un scénario par lequel les seules idées que les gouvernements seraient disposés à prendre en considération seraient celles que des sociétés comme BlackRock défendent et approuvent. Selon la mise en garde de Anand Giridharadas dans Winners Take All : The Elite Charade of Changing the World, « Lorsque les élites assument la direction du changement social, elles sont capables de remodeler ce qu’est le changement social — et surtout, de le présenter comme quelque chose qui ne devrait jamais venir menacer les gagnants. »

Alors que BlackRock peut soutenir des politiques qui profitent à l’entreprise et à la société, elle ne soutiendra pas des politiques qui sont bonnes pour la société mais mauvaises pour BlackRock. « Ils ne soutiendront jamais que des choses qui sont bonnes pour eux, m’a dit Fancy. Et s’il se trouve que cela recoupe des choses [qui sont] bonnes pour le monde, alors ils en parleront deux fois plus.»

 
Vitrine durable

Rappelons qu’au G20, Fink a insisté pour que la surveillance réglementaire se concentre sur les entreprises privées et publiques, auxquelles les sociétés anonymes confient de plus en plus d’actifs polluants. « À mesure que les entreprises privées et publiques produisent une part de plus en plus grande de pétrole et de gaz, il y aura moins de surveillance [et] moins de communication concernant les émissions mondiales », a-t-il déclaré.

Cette affirmation, même si elle est exacte, nécessite d’être replacée dans un certain contexte. Un examen plus approfondi concernant les entreprises privées pourrait également signifier un examen moins approfondi — et une réglementation moins stricte — concernant les entreprises cotées en bourse comme BlackRock. En février dernier, dans un parfait exemple révélant une arrière pensée, Fink a déclaré qu’étant donné que les forces du marché font déjà pression sur les sociétés anonymes pour que celles-ci rendent publiques et réduisent leurs émissions de carbone, « nous n’avons nul besoin… d’un changement de gouvernement ou de normes ».

Le fait de se concentrer sur les entreprises privées et publiques présente un autre avantage : cela permet d’éviter les questions gênantes sur les raisons pour lesquelles les combustibles fossiles restent de si bons investissements. Par exemple, BlackRock reste un adhérent payant d’organisations telles que la Business Roundtable et la Chambre de commerce américaine, qui ont exercé un lobbying agressif pour faire échouer le type même de législation sur le climat qui pourrait faire augmenter le coût des émissions de carbone et rendre ces actifs sales plus coûteux et, par conséquent, moins rentables.

En outre, BlackRock continue de placer son propre argent dans des entreprises du secteur de l’énergie, tant privées que publiques, comme Centric Infrastructure Group, un fournisseur de gaz naturel et d’Internet au Texas qui a reçu un investissement de 280 millions de dollars de la part de la société en 2021, et le pipeline WhiteWater Whistler, un projet de pipeline au Texas qui a bénéficié d’un prêt de 42 millions de dollars de BlackRock l’année précédente.

En décembre dernier, BlackRock a pris la tête d’une coalition d’investisseurs qui a conclu un accord avec Saudi Aramco, le géant public saoudien du pétrole et du gaz, pour investir plus de 15 milliards de dollars dans de nouvelles infrastructures de gaz naturel. Selon un rapport récent, BlackRock a investi plus de 34 milliards de dollars « dans des entreprises qui développent encore de nouveaux actifs dans le secteur du charbon ».

Investir dans des actifs des secteurs du pétrole, du gaz et du charbon privés n’est pas la même chose que de s’en débarrasser, mais comme Fink l’a dit à plusieurs reprises, quel que soit le mode de financement de l’extraction des combustibles fossiles, l’impact sur la planète est le même. Pour reprendre les propres mots de Fink, « Cela ne change rien au monde net-zéro. C’est de la poudre aux yeux, c’est du greenwashing ».

En fait, en privé, BlackRock a garanti à certains intérêts liés aux combustibles fossiles qu’il ne s’agissait que de poudre aux yeux, une vitrine. Comme Josephine Moulds l’a récemment expliqué dans un article du Bureau of Investigative Journalism, après que BlackRock a approché les dirigeants du secteur pétrolier et gazier du Texas en janvier, le principal régulateur de l’État dans ces secteurs a envoyé un courriel à la société. « Il était plaisant d’entendre que BlackRock ne pensait pas réellement — ou ne croyait plus — beaucoup des choses désagréables que la société et son PDG, Fink, ont dit à propos de l’industrie des secteurs du gaz et du pétrole ».

Pourtant, parmi d’autres publics d’élite que BlackRock courtise — on pourrait citer les investisseurs soucieux de l’environnement, les régulateurs et les médias économiques —, l’habillage durable de la vitrine s’avère tout aussi précieux que l’action durable elle-même.

Depuis janvier 2018, lorsque la lettre annuelle du PDG de Fink a semé la tempète au sein des rédactions des médias économiques lorsqu’il a proclamé que les entreprises doivent servir toutes leurs parties prenantes, et pas seulement les actionnaires, les actifs sous gestion de BlackRock sont passés de 6 000 milliards de dollars à plus de 10 000 milliards de dollars. Selon le matériel promotionnel de la société, BlackRock a été intégrée à l’indice Dow Jones des « sociétés les plus durables d’Amérique du Nord », classée parmi les « 100 sociétés les plus durables » d’Amérique par Barron’s et classée cinquième sur la liste 2020 « Change the World » du magazine Fortune, qui présente des sociétés qui « répondent aux besoins non satisfaits de la société ».

Ces distinctions reflètent le troisième volet du « gagnant-gagnant-gagnant » : Le simple fait de parler du changement climatique, que ce soit dans une lettre publique, lors d’un panel ou dans le cadre d’un rapport publié, génère des éloges et une couverture médiatique positive. En retour, ceux-ci empêchent les régulateurs et les journalistes de s’intéresser à la monétisation persistante des combustibles fossiles par la société, amènent plus d’affaires « durables » à BlackRock et contribuent à aider la société à obtenir un accès aux décideurs de haut niveau qui façonnent la réponse mondiale au changement climatique. Le fait de mettre en avant les promesses et les produits d’investissement durables de la société lui vaut ensuite plus de compliments, une plus grande couverture médiatique positive et un meilleur accès aux politiciens et aux officiels.

Ce cycle de rentabilité lié au climat est d’autant plus tragique que BlackRock, de par la taille de son portefeuille et l’étendue de son influence politique, a une opportunité rare et unique d’exercer une véritable action sur le changement climatique.

Larry Fink « a le pouvoir de changer le monde de manière significative, m’a dit Behar de As You Sow, et il choisit de ne pas le faire ».

Une question de pouvoir

Avant de présenter Fink et ses collègues panélistes au G20, Ignazio Visco, le directeur de la Banque d’Italie, a formulé un commentaire fondamental, bien qu’il l’ait fait presque avec désinvolture : « Il est clair, a observé Visco, que ce sont les gouvernements nationaux qui ont la légitimité démocratique requise pour appliquer les outils les plus appropriés » pour contrer la crise climatique.

Les entreprises ne disposent pas d’un tel mandat démocratique, mais elles disposent d’un autre outil puissant pour façonner la réponse du monde à la crise : la recherche du profit. « Je crois que la décarbonation de l’économie mondiale va créer la plus grande opportunité d’investissement de notre vie, écrit Fink dans sa lettre de 2022 aux PDG. Chaque entreprise et chaque industrie sera transformée par la transition vers un monde net zéro. La question est de savoir si vous allez être un meneur ou être mené. »

BlackRock a bien sûr l’intention de prendre la tête, parce que c’est bien là que se trouve le pouvoir. Et la question du changement climatique, comme le montre Kate Aronoff dans Overheated : How Capitalism Broke the Planet – and How We Fight Back, est fondamentalement une question de pouvoir.

« Le principal obstacle à l’action climatique n’est pas d’ordre technologique : les outils de base nécessaires pour faire face à ce problème existent déjà, écrit Aronoff. Le problème est le pouvoir, et le fait que les personnes proposant les solutions les plus réalisables et les plus raisonnables n’en ont pas assez.»

Vous pouvez vous abonner au projet de journalisme d’investigation de David Sirota, The Lever, ici.

Concernant l’auteur

Adam M. Lowenstein est rédacteur de la lettre d’information Reframe Your Inbox, composées d’essais et d’entretiens portant sur le pouvoir des entreprises, le capitalisme et la politique.

Source : Jacobin Mag, Adam M. Lowenstein, 04-04-2022

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

Tag(s) : #Macron BlackRock
Partager cet article
Repost1
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :