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Comprendre les dilemmes de l’économie russe aujourd’hui,  par Jacques Sapir

Quelles sont les perspectives pour l’économie russe aujourd’hui ? Deux textes, l’un publié dans l’hebdomadaire russe EKSPERT par des collègues de l’Institut de Prévisions de l’Économie de l’Académie des Sciences (IPE-ASR)[1] et l’autre sur le site de ce même institut, co-écrit par Alexandre Shirov et son équipe[2], permettent de se faire un début d’opinion.

Quelle baisse pour la production ?

La première question est naturellement d’évaluer les conséquences des sanctions liées à la guerre en Ukraine sur l’économie russe. On sait, et cela a déjà été dit[3], que la situation du rouble s’est stabilisée dès la fin du mois de mars, grâce aux actions de la Banque Centrale de Russie. Celle-ci a pu desserrer le contrôle des changes mis en place à la fin du mois de février 2022[4]. Néanmoins, des experts russes et étrangers estiment que le choc des sanctions sur l’économie devrait se traduire par une baisse du PIB de -8% à -12%[5]. C’est pourquoi le texte d’Alexandre Shirov et de ses collègues est-il si important car il apport des précisions importantes en la matière.

Le texte commence donc par constater que « Le déclin de l’économie russe d’ici la fin de l’année en cours de 8 à 10 %, attendu par les experts, ne s’est pas encore reflété dans les statistiques officielles (les calculs sont basés sur les données de Rosstat pour janvier-mars 2022) »[6]. Ce n’est pas à priori trop étonnant compte-tenu du retard de plus d’un mois et demi dans les publications des principaux indicateurs conjoncturels. Il convient d’ailleurs de rappeler que les calculs basés sur des méthodes d’extrapolation de séries temporelles, dans les conditions d’un grand choc exogène, comme celui provoqué par la guerre et les sanctions, ne permettent pas de prendre pleinement en compte les évolutions de l’économie.

Néanmoins, Alexandre Shirov et ses collègues constatent que, avec une baisse attendue du PIB pour 2022 de 8%, et compte tenu d’une croissance de 4% en glissement annuel au premier trimestre 2022, la baisse au deuxième trimestre par rapport à la période précédente, corrigée des variations saisonnières, devrait être supérieure à 14 % ; après quoi, au cours des III et IV trimestres, il ne devrait pas y avoir de reprise de la croissance de la production. Or, « à partir des données disponibles pour avril 2022 (chargement sur le transport ferroviaire, production de pétrole et production de produits pétroliers, consommation d’électricité, bilan de consommation dépenses), une baisse aussi importante au deuxième trimestre n’est pas encore visible »[7].

Les statistiques qui sont disponibles en ce début mai indiquent effectivement un ralentissement, mais non une régression, des taux de croissance du PIB en février-mars 2022. Ces taux qui seraient donc passés de 4,3% et 3,1%, par rapport à la même période l’an dernier contre 5% au quatrième trimestre 2021. La baisse dans la prévision du taux de croissance du PIB au 1er trimestre 2022 se monte à environ 1,5% par rapport aux estimations de mars. Elle est « principalement due à une baisse de la production dans le secteur manufacturier (de 0,3 % en mars en glissement annuel après une hausse de 7 à 10 % en janvier-février 2022). Les restrictions sur le transport aérien introduites en Fédération de Russie et à l’étranger ont entraîné une réduction du transport de passagers (de -4 % en mars sur un an) »[8].

Si l’impact de la guerre et des sanctions est indéniable, il semble cependant être très réduit par rapport à ce qu’annoncent les experts « occidentaux » ou par rapport aux désirs de certains dirigeants, comme M. Bruno Le Maire, le Ministre français des Finances qui avait déclaré le 1er mars dernier que les sanctions allaient « … provoquer l’effondrement de l’économie russe »[9].

Des perspectives inquiétantes pour l’avenir

Cependant, les auteurs constatent aussi des éléments négatifs dans l’évolution du commerce de gros comme du commerce de détail, ainsi qu’en ce qui concerne le revenu des ménages. Ici, le ralentissement de la croissance du chiffre d’affaires du commerce de détail est de -3,5% par rapport au mois précédent (+2,2 % en mars sur un an contre +5,7 % en février sur un an) et ce alors que le pic de la demande urgente de produits non alimentaires a été dépassé début mars. De même, on observe une baisse du chiffre d’affaires du commerce de gros (de 0,3 % en mars sur un an) en raison de problèmes de mise en œuvre des activités du commerce extérieur. Enfin, la baisse du revenu monétaire réel disponible pour les ménages est de 1,2 % au premier trimestre 2022 (par rapport au premier trimestre 2021) et la baisse de l’épargne des ménages est de 1 280 milliards, indiquant que ménages ont brutalement désépargné. Tous ces éléments ne contribuent pas à la croissance des dépenses de consommation dans les mois à venir.

Les auteurs concluent donc que : « Le ralentissement de la dynamique économique en mars 2022 a conduit à une baisse de l’estimation du taux de croissance du PIB en 2022 à +1,3 %. C’est 1,9% inférieur à l’estimation présentée en mars, mais toujours significativement supérieur aux estimations faites à l’IPE-ASR par d’autres méthodes (qui montraient une baisse d’environ -6,0% sous réserve de la mise en place de mesures de soutien de l’État), puisque les chocs externes causés par des facteurs géopolitiques n’ont jusqu’à présent été reflète partiellement dans les statistiques »[10].

Les auteurs indiquent aussi que les principaux problèmes de développement économique qui vont survenir dans les mois à venir vont être associés à une nouvelle réduction de la production dans un certain nombre de branches industrielles, que ce soit en raison du manque de composants importés, de problèmes d’approvisionnement en équipements et logiciels étrangers ou de la suspension des activités d’entreprises étrangères. Ces facteurs devraient entraîner une baisse de la consommation et de l’investissement. Un autre problème important évoqué est la réduction des recettes d’exportation. Outre les restrictions imposées aux exportateurs de la Fédération de Russie, il existe une remise importante sur les exportations de matières premières russes : le prix du pétrole Brent dépassant les 100 dollars le baril. Le prix moyen du pétrole de l’Oural en avril 2022 n’était que de 70,52 dollars le baril[11].

Une mobilisation de l’économie ?

Face à cette situation, les chercheurs de l’IPE-ASR, qui participaient à la 4ème conférence scientifique sur le développement de la Russie qui se tenait à Belokourizhe dans l’Altaï, on écrit – via la plume de Boris Porfiriev, d’Alexandre Shirov et de Valéry Krioukov – un texte important intitulé « Mémorandum pour une croissance souveraine » qui a été publié dans le N°20 de l’influent hebdomadaire EKSPERT le lundi 16 mai[12]. Ce texte commence d’abord par analysé la situation créée par les sanctions dans le long terme.

Ils analysent ainsi la situation actuelle : « Les bouleversements tectoniques du paysage géopolitique à l’épicentre duquel se trouvait la Russie, ont mis à nu un certain nombre de vulnérabilités de son modèle économique. Nous sommes confrontés à des défis fondamentaux, auxquels une réponse rapide et adéquate est à même d’assurer le développement durable à long terme du pays dans les conditions d’une confrontation frontale avec un bloc de pays « vieux capitalistes » (USA, UE, Canada, Australie, Japon).

Les sanctions de « l’Occident collectif » ne sont devenues qu’un déclencheur de la mise en œuvre des contradictions et des risques qui se sont accumulés dans l’économie nationale au cours des trois décennies de développement post-soviétique »[13]. Cette analyse est importante pour plusieurs raisons. La première est qu’elle identifie des vulnérabilités, ou ce que les auteurs appellent des contradictions et des risques, du modèle de développement russe qui existaient AVANT le déclenchement de la guerre et des sanctions, mais qui ont naturellement pris une nouvelle dimension avec ces dernières. La seconde est que ces vulnérabilités, si des réponses adéquates leurs sont apportées, ne sont pas de nature à empêcher la Russie de connaître un développement durable dans le futur, développement qui lui permettrait de faire face à la menace exercée par ce que les auteurs appellent les pays « vieux capitalistes » occidentaux. La troisième est néanmoins que ces réponses « adaptées », doivent être prises « rapidement ».

On est clairement dans une logique d’adaptation structurelle à la nouvelle situation.

C’est donc bien au développement d’un nouveau paradigme de politique économique, un paradigme qui serait adapté à l’ampleur des problèmes et des nouveaux défis, qu’appellent les auteurs. Ils écrivent aussi : « Ce n’est plus seulement un hommage à la tradition académique, mais une question de survie du pays en tant que centre indépendant de pouvoir et de développement dans un monde en évolution rapide »[14].

Ce nouveau paradigme, ils décrivent à grands traits en quoi il devrait tendre sans se faire visiblement d’illusions quant à la difficulté de la tâche : « Tout d’abord, la tâche évidente consiste à réduire la dépendance excessive à l’égard des importations de solutions technologiques, de conception et de production prêtes à l’emploi en provenance de pays étrangers industrialisés, afin d’augmenter fortement le niveau de localisation des types critiques de produits étrangers. Dans un contexte plus général, nous parlons de surmonter l’arriéré technologique du noyau de base de l’économie nationale, ce qui sera particulièrement difficile à faire dans le contexte des sanctions et du blocus de l’industrie russe »[15].

On voit bien que pour les collègues de l’Institut des Prévisions Économiques il faut mettre à profit la situation créée par les sanctions et la tentative d’isolement économique de la Russie impulsées par les pays « occidentaux » pour réaliser le basculement d’une économie dominée par la rente des matières premières vers une réelle économie de production industrielle d’avant-garde.

Pour cela, ils considèrent qu’il est essentiel de changer les priorités implicites du développement économique. Cela implique de passer du développement des exportations à l’expansion quantitative et géographique, mais aussi à la complexification, du marché intérieur en fonction du développement de la structure productive et technologique des l’économie russe.

Ceci implique aussi de dépasser la pratique profondément enracinée consistant à utiliser la parité des exportations dans la fixation des prix internes des produits d’un certain nombre d’industries à demande intermédiaire – qu’il s’agisse du raffinage du pétrole, de la métallurgie, de la chimie de gros mais aussi des sous-secteurs des matières premières alimentant le complexe agro-industriel[16]. Ils signalent que le dérapage dans la résolution de ces problèmes pourrait se traduire par une forte aggravation des problèmes économiques de la Russie.

Des méthodes qui ne sont pas sans ressembler à celles de la planification française

Il est clair que ceci ne sera pas possible sans une forme de mobilisation de l’économie russe. Le « Mémorandum » en dessine aussi les contours. Ses auteurs écrivent ainsi : « Dans les conditions actuelles, la priorité des objectifs du développement stratégique national sur les intérêts des grandes entreprises est évidente, et ce quelle que soit l’importance des ressources commerciales et administratives dont elles disposent. Dans le même temps, l’État doit créer un environnement attractif pour résoudre la plupart des tâches de modernisation au détriment des ressources des entreprises privées.

Compte tenu de la taille et de la diversité du pays et de son économie, dans des conditions de restrictions sévères des relations commerciales et économiques avec l’Europe, l’impératif d’une forte augmentation du niveau de développement de la périphérie Nord et Est de la Russie, surmontant la fragmentation de l’espace économique du pays est évidente ».

Là aussi, il convient de noter deux points importants.

D’une part, la réaffirmation claire et sans ambiguïtés que l’intérêt général doit primer sur les intérêts particuliers. Cela peut sembler une évidence. Mais, cela va à contre-sens de l’opinion néo-libérale qui prévalait jusqu’alors en Russie, tout comme dans les pays occidentaux d’ailleurs, et qui voulait que l’intérêt général résulte de l’agrégation des intérêts particuliers, cette agrégation étant laissée au marché. Tel était bien ce à quoi voulait aboutir le plan français dans son origine[17]. D’autre part, on retrouve un souci, maintes fois exprimé, d’une politique d’aménagement du territoire dans un cadre qui n’est pas sans rappeler celui de la DATAR en France. Car, on a tendance à oublier que la France a aussi pratiquée une intense planification territoriale à partir de la fin des années 1950. Sous l’impact du livre-pamphlet Paris et le désert français[18], l’État s’est doté d’organismes de gestion et de planification régionale et territoriale, un processus qui a été formalisé par la création, en 1963, de la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (DATAR) qui devint l’exécuteur des décisions prises par le Comité interministériel permanent pour les problèmes d’action régionale et d’aménagement du territoire(CIAT) qui avait été créé en 1960[19].

Globalement, on n’est pas si loin que cela de la définition que Jean Monnat donnait du Plan dans un note rédigée à l’été 1946 : « Les nostalgiques, les yeux tournés vers le passé, déplorent l’intrusion de l’État dans la vie économique. Ils regrettent la liberté perdue et critiquent avec une aigreur méticuleuse les frottements inhérents à un dirigisme d’occasion. Les ambitieux, considérant certaines réalisations étrangères ou la cité de leurs rêves, soulignent, au contraire, l’insuffisance des fins que se propose l’État et des moyens qu’il se donne. Le Plan Monnet décevra les uns et les autres.

Il doit, au contraire, séduire les Français de bon sens pour qui liberté n’est pas anarchie, ni ordre avènement de la bureaucratie. (…)Du libéralisme, 1e Plan rejette le profit comme seule guide de l’économie, mais i1 y recourt comme stimulant. De la bureaucratie, le Plan rejette les interventions envahissantes et tatillonnes. Mais, du dirigisme il retient la nécessité de discipliner la reconstruction au nom du seul critère de l’intérêt général.[20] »

Une NEP[21] 2.0

Les auteurs du « Mémorandum » affirment alors un programme clair qui va à rebours de la politique économique mise en œuvre en Russie jusqu’à maintenant. Ils écrivent ainsi : « La situation géopolitique actuelle et les nouveaux défis auxquels le pays est confronté rendent impossible la conduite d’une politique économique basée sur les postulats de base antérieurs à savoir une politique monétaire restrictive, la recherche de la victoire sur l’inflation à tout prix, une consolidation budgétaire marquée par des excédents budgétaires, la suraccumulation de réserves dans les instruments financiers émis par des pays hostiles »[22].

Il est important de comprendre que dans les tâches urgentes de la politique économique telle que les auteurs la définissent il y a un ensemble de mesures visant à réduire l’impact des restrictions économiques étrangères sur l’économie du pays. C’est clairement un objectif de premier plan. Cela implique tout d’abord le passage d’une politique d’accroissement des exportations, politique qui était celle qui prévalait jusqu’au début de la guerre en Ukraine, à un commerce extérieur équilibré avec les pays qui sont considérés comme « hostiles ». Les recettes des exportations vers ces pays présentent, du fait des sanctions dont on peut penser qu’elles perdureront au-delà de la période active des combats une liquidité limitée pour la Russie ainsi que des risques de blocage qui ont bien été mis en avant par les sanctions financières. Aussi, dans les échanges avec ces pays considérés comme « hostiles », les auteurs du « Mémorandum » conseillent de passer à la formule « matières premières contre importations critiques ». Cela équivaut à un retour à une forme de bilatéralisme mais aussi de clearing dans les échanges. Cette formule est-elle compatible avec les règles de l’OMC, cela reste à voir.

De même, les auteurs conseillent une réorientation des flux commerciaux vers des pays amis et neutres vis-à-vis de la Russie, réorientation qui doit être activée au maximum. Ils considèrent qu’il est particulièrement important pour la Russie de parvenir à la formation de canaux stables pour l’approvisionnement des importations critiques en provenance des pays amis mais aussi via les pays amis. Dans ce cadre, les auteurs identifient des domaines prometteurs pour une coopération économique étrangère accrue avec la Russie. Ce serait alors le cas de la Chine, mais aussi des pays de l’ASEAN (à l’exception des pays que les auteurs considèrent comme des satellites américains directs), les pays d’Asie du Sud et de l’Est, et principalement de l’Inde. Ils conseillent ici d’aller au-delà du maintien des contacts commerciaux existants et de l’établissement de nouveaux contacts et de passer à l’investissement direct et à la coopération industrielle et technologique, ainsi qu’à la participation mutuelle à des projets dans diverses directions favorisant les transferts de technologie et de compétences. Ils insistent alors sur un point important : « Une attention particulière devrait être accordée à la formation de systèmes de règlement internationaux utilisant des instruments alternatifs aux principales monnaies de réserve. La nécessité de développer une unité de compte unique dans le commerce avec les pays de l’Union Économique Eurasienne et d’autres pays amis, ainsi que le développement d’un système d’opérations de compensation, est fortement mise à jour. [23]»

Ceci correspond à un vieil objectif économique de la Russie, sur lequel j’avais d’ailleurs été personnellement questionné par le Président Vladimir Poutine lors d’un Club Valdaï en 2011. Ma réponse, une réponse que je continue à maintenir, est que le Rouble russe ne saurait devenir une « monnaie régionale de réserve » qu’à la condition que la dette publique russe atteigne les 25%, voire les 30%. En effet, une monnaie de réserve exige que les Banques Centrales des autres pays puissent détenir des montants importants de la monnaie de réserve, et ceci n’est possible que si le pays émetteur dispose d’une dette publique suffisante, car ces montants sont détenus sous la forme de bons du trésor du pays considéré.

Vers un « Plan » à la russe ?

Les auteurs du « Mémorandum » insistent alors sur une mesure urgente dans le domaine de la politique structurelle qui n’est autre que l’utilisation active des mécanismes du système financier pour la création, le renouvellement et le développement d’actifs clés dans les industries de haute technologie. On retrouve ici des mécanismes qui existaient en France dans les années 1950 à 1970[24], et en particulier le fameux « circuit du Trésor »[25]. Ils considèrent qu’avec l’imminence d’une importante restructuration économique, qu’ils appellent de leurs vœux, il n’est plus pertinent de considérer le maintien d’une faible inflation comme l’unique objectif de la politique monétaire. En tant que procédure opérationnelle pour la Banque centrale, ils considèrent qu’il convient d’abandonner le régime de ciblage de l’inflation à ce stade et de passer à une autre politique monétaire qui prenne en compte les variations du taux d’inflation sur la période et prend en compte l’activité économique et l’emploi[26].

Ils indiquent que les projets dans le domaine de la substitution aux importations dites « critiques » devraient être dotés d’instruments de prêt bonifiés. Parmi les mesures structurelles les plus importantes, il convient également de noter le passage de la justification financière et économique à la justification socio-économique de l’efficacité des projets d’investissement soutenus par l’État. Le critère clé de l’efficacité de tels projets devraient être des paramètres de l’emploi, des revenus de la population et de l’efficacité budgétaire et non ceux de la rentabilité immédiate. De plus, les auteurs appellent à une re-localisation de la production de composants des produits complexes. De ce point de vue, ils considèrent que l’approche la plus prometteuse est basée sur la coopération des efforts des entreprises nationales dans le développement et la production ultérieure de nouveaux types de produits.

Ils concluent alors : « Ici, nous atteignons objectivement la tâche fondamentale de créer un système unifié de surveillance, de prévision et de gestion du développement scientifique et technologique dans le pays basé sur un système d’information intégré de l’État, de la science et des affaires. Il semble évident qu’il faut créer un organe exécutif fédéral unifié qui déterminerait les grandes orientations du développement scientifique et technologique du pays, accompagnerait leur financement et contrôlerait leur mise en œuvre. Il est extrêmement important de donner un nouvel élan et d’intégrer la science appliquée dans un système unique de progrès scientifique et technique, qui revit activement aujourd’hui dans le contour de l’État et des grandes entreprises privées »[27].

Ceci décrit, très largement, un mélange entre ce qu’était le Commissariat Général au Plan dans les années 1950 à la fin des années 1970, mais aussi ce que fut la planification japonaise de 1955 au début des années 1970[28].

Ce « Mémorandum » présente donc un programme économique et institutionnel cohérent qui permettrait à la Russie de faire face avec succès à la situation créée par les sanctions provoquées par la guerre en Ukraine. Mais, il est important de souligner qu’il contient de nombreuses idées qui ont été exprimées, à diverses reprises, des années avant cette guerre. La question qui est donc réellement posée est de savoir si l’urgence de la situation actuelle sera suffisante pour accoucher de ce changement radical dans les paradigmes fondamentaux de l’économie russe.

 
Notes

[1] https://expert.ru/expert/2022/20/memorandum-suverennogo-rosta/?mindbox-click-id=960284c6-e235-476c-91ee-6c49216c88c0&utm_source=email&utm_medium=анонс_эксперт&utm_campaign=47_2020&utm_content=неактивные

[2] https://ecfor.ru/publication/kratkosrochnyj-analiz-dinamiki-vvp/

[3] https://www.les-crises.fr/qui-est-isole-la-guerre-en-ukraine-dans-son-contexte-geoeconomique-jacques-sapir/

[4] https://www.cbr.ru/eng/press/pr/?file=13052022_171600ENG_PP16052022_125219.htm et https://www.cbr.ru/eng/press/event/?id=12832

[5] https://www.latribune.fr/economie/international/l-economie-russe-s-enfonce-inexorablement-dans-la-recession-913818.html

[6] https://ecfor.ru/publication/kratkosrochnyj-analiz-dinamiki-vvp/ . Traduction personnelle.

[7] https://ecfor.ru/publication/kratkosrochnyj-analiz-dinamiki-vvp/ . Traduction personnelle.

[8] https://ecfor.ru/publication/kratkosrochnyj-analiz-dinamiki-vvp/ . Traduction personnelle.

[9] https://www.france24.com/fr/éco-tech/20220301-pour-bruno-le-maire-les-sanctions-vont-provoquer-l-effondrement-de-l-économie-russe

[10] https://ecfor.ru/publication/kratkosrochnyj-analiz-dinamiki-vvp/ . Traduction personnelle.

[11] Ce qui a été constaté sur les contrats passés avec des importateurs indiens de pétrole en particulier.

[12] https://expert.ru/expert/2022/20/memorandum-suverennogo-rosta/?mindbox-click-id=3a12d0ee-2297-4040-a57d-f11a9c3229bc&utm_source=email&utm_medium=анонс_эксперт&utm_campaign=47_2020&utm_content=неактивные

[13] Traduction personnelle

[14] Traduction personnelle.

[15] Traduction personnelle

[16] On notera la proximité entre les thèses du « Mémorandum » et un article que j’avais publié il y a plus de dix ans dans la revue de l’IPE-ASR : Sapir J., « Soglasovanie vnytrennykh u mirovykh cen na cyr’evye produkty v strategii yekonomitchekogo razvitija Rossii », [Dynamiques des prix mondiaux et internes des matières premières dans la stratégie de développement économique de la Russie] in Problemy Prognozirovanija, n° 6 (129), 2011, pp. 3-16.

[17] Bauchet, P., La Planification Française, 20 Ans D’Experience, Paris, Le Seuil, 1962.

[18] Gravier J-F., Paris et le désert français, Paris, Le Portulan, 1947.

[19] JORF no 270 du 20 novembre 1960, p. 10363. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000000306952

[20] AMF 005/002/040, Fonds Jean Monnet, Fondation Jean Monnet, Lausanne.

[21] Référence, faite dans le Mémorandum, à la « Nouvelle Politique Économique » au début de l’URSS.

[22] Traduction personnelle.

[23] Traduction personnelle

[24] Sheahan, J., Promotion and Control of Industry in Postwar France, Cambridge, Mass., Harvard University Press, 1963, p. 341-342. Delorme, R., L’Etat et l’économie : un essai d’explication de l’évolution des dépenses publiques en France : (1870-1980), Paris, Éditions du Seuil, 1983.

[25] Lelart M., L’Émission de monnaie dans l’économie française, Paris, Nouvelles Editions Latines, 1966. Plihon D., La monnaie et ses mécanismes, Paris, La Découverte, 2010.

[26] On lira ici un texte ancien que j’ai écrit sur la nécessité de changer de politique monétaire dans le cas de la Russie : Sapir J., « What Should Russian Monetary Policy Be » in Post-Soviet Affairs, Vol. 26, n° 4, Octobre-Décembre 2010, pp ; 342-372.

[27] Traduction personnelle

[28] Sapir J., Le Grand Retour de la Planification ? Paris, Jean-Cyrile Godefroy éditeur, 2022.

Tag(s) : #Russie Economie
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