Lundi 19 mai 2008

Après un an de pouvoir sarkozien, il est nécessaire  d'analyser la politique qu'il a imposée  au pays, et de réfléchir aux moyens d'en sortir.
L'opposition, ou du moins les forces qui s'en réclament, considère qu'il s'agit de la politique la plus rétrograde réalisée depuis le régime de Vichy. Certes, nous vivons une régression sociale qui vise à réduire à néant cent ans de luttes et de progrès. Mais les conditions dans lesquelles se développe la "contre-révolution" et les objectifs de cellea-ci,  sont différents.
L'Etat français visait à reconstituer une société du passé, antérieure à la République. Cela supposait le retour à des valeurs d'inspiration monarchique, et la mise en pratique de mesures les plus réactionnaires, au sens littéral du terme. Cette volonté s'accordait avec les objectifs de l'Occupant : réduire la France à un rôle secondaire, tributaire en toutes choses des intérêts du vainqueur.

Aujourd'hui, notre pays est partie intégrante de l'Union européenne. Sa législation, comme celle de chaque Etat de l'UE, doit répondre aux normes exigées par les forces économiques qui ont imposé cette construction supranationale. Le capital financier est aux commandes. Il détermine la politique économique et sociale de l'ensemble européen, compatible avec ses intérêts et ses perspectives, dans la confrontation mondiale suscitée par la globalisation capitaliste.
Or, le rapport de forces mondial n'est plus, comme jusqu'à la moitié du XXème siècle, en faveur des puissances européennes. Les Etats-Unis, s'ils conservent, encore aujourd'hui, une avance technologique et militaire indéniable, doivent compter comme l'Union européenne, avec la Chine, l'Inde et la Russie en pleine expansion. Les matières premières, les sources d'énergie, le dynamisme industriel, ne sont plus concentrés dans les pays occidentaux. Ceux-ci doivent compter avec les Etas "émergents".
Aussi, pour maintenir une suprématie fragilisée, les Etats-Unis comme l'Union européenne doivent imposer à leurs peuples une exploitation accrue, jusqu'à l'insupportable. Toute leur économie tend à "coloniser" leur propres population, comme, hier, ils colonisaient d'autres continents. Certes, sur ceux-ci, l'Afrique en particulier, les Occidentaux conservent des intérêts considérables, mais ceux-ci sont maintenant concurrencés par la Chine, d'abord, mais aussi par l'Inde.
 
Aussi, dans le combat acharné qu'il mène pour assurer sa suprématie et un taux maximum de profit, dans une concurrence exacerbée, le Capital, et les forces politiques qui le servent, n'ont pas le choix des moyens : la réduction du coût du travail, la contraction des budgets d'Etat au détriment, non seulement des investissements, mais également des dépenses de fonctionnement.
Telle est la politique unique des vingt-sept Etats qui  composent l'UE, quelle que soit la couleur politique de leurs gouvernements.
La réduction du coût du travail est réalisée, sur le plan domestique, par :
 - la stagnation des salaires, face à l'inflation,  
 - l'allongement du temps de travail ( horaire,  annuités donnant droit à la retraite),
 - la généralisation des contrats individuels, substitués aux contrats collectifs,
 - l'annualisation des rémunérations,
 - la généralisation de la précarité,
 - l'intensification du travail jusqu'à l'épuisement, 
 - la destruction systématique du Code du travail, 
 - la diminution drastique des allocations-chômage, pour imposer aux privés d'emploi des salaires réduits ou leur radiation,
 - l'amenuisement du droit syndical, celui de faire grève, en particulier, pour désarmer la résistance sociale.
La réduction du coût du travail est obtenue parallèlement par la délocalisation à outrance  d'entreprises au sein de l'Union européenne, et au-delà des frontières de celle-ci, dans les pays où le salaire est des plus bas. La fermeture d'entreprises, la désertification industrielle découlent de cette politique.
La contraction du budget de l'Etat, avec la réduction du nombre de fonctionnaires, se répercute dans les domaines de la santé, de l'éducation, du logement, des communications, de la justice, de la culture.
L'absence d'nvestissements et les dépenses de fonctionnement, de plus en plus réduites, cela signifie la suppression d'hôpitaux et de services de soins, la fermeture de classes et d'écoles, un manque criant d'HLM, un service qui se déteriore dans les transports et la poste, la suppression de lieux de justice, des dotations de plus en plus rares aux espaces culturels publics.
La privatisation accélérée de tous les secteurs rentables, des entreprises aux Universités, est source supplémentaire du mal-vivre de la population.

Toute cette politique conduit au développement du mécontentement. Les salariés, les privés d'emploi, sont devenus une composante "jetable" après usage. Ils fournissent les bataillons des "nouveaux pauvres" qui ne peuvent plus se loger et se nourrir, faute de moyens. Les retraités, pour nombre d'entre eux,  doivent se contenter de pensions qui ne leur permettent plus de vivre, même modestement.
Au-delà des salariés, premières victimes du Capital, de nouvelles professions, des catégories de plus en plus nombreuses de la population, ressentent, à leur tour, les effets de la "globalisation" capitaliste. Artisans, avocats, juges, marins-pêcheurs, sont maintenant touchés par la politique du pouvoir. Et ils manifestent aussi leur colère. De même, celle-ci gagne de nombreuses familles privées d'hôpitaux de proximité et d'écoles proches.

Mais la résistance de chacune des professions, de telle ou telle  catégorie sociale, s'exerce isolément, face à un pouvoir patrono-politique concentré et déterminé.
Tel est le danger : celui de perdre bataille après bataille.
Certaines confédérations, la CFDT entre autres, plaide pour des mouvements distincts, pour des manifestations ou des grèves sectorielles, sous prétexte d'efficacité. 
Avec la division promue comme stratégie, c'est le désastre social assuré.
Il faut, au contraire, parvenir à unifier les luttes sociales, à imposer le "tous ensemble" aux organsations syndicales. Et par "tous ensemble", c'est le monde du travail tout entier qu'il faut entrainer, et pas seulement courir après le bon vouloir des directions confédérales.
Mais en outre, et sans attendre, il faut songer à faire converger tous les mécontentements, avec et au-delà des seuls salariés, pour  transformer la colère commune en une déferlante populaire.  
Contre les nouveaux "ci-devants", pour en finir avec la "caste des privilégiés" qui se sont appropriés la France pour la privatiser et la vendre aux plus offrants, il faut unir la Nation  dans une nouvelle Résistance de masse.
Redonner à notre pays son indépendance, et à notre peuple, sa souveraineté, sont les conditions d'un renouveau national et social. Celui-ci devra passer par une réindustrialisation programmée de la France, nécessaire à la satisfaction des besoins matériels et culturels de l'ensemble de la population.
Sans la création des richesses nécessaires, pas de ressources à répartir pour le bien-être de chacun, pas de progrès social durable.
Cela suppose que les secteurs stratégiques de l'économie appartiennent à la Nation.
Cela induit, pour chacun, des droits politiques et sociaux de haut niveau, un contrôle populaire de l'entreprise et du plan local jusqu'au plus haut de l'Etat, sur tous les pouvoirs et sur tous les élus.
Cette perspective n'est pas concevable au sein de l'Union européenne, mise en place par le Capital, pour des objectifs contraires.
Pour en sortir, c'est simple : créons le rapport de forces nécessaire à notre nouvelle libération. Notre exemple fera éclater le carcan européen, car le bonheur sera alors une idée nouvelle, qui se propagera en Europe.

par Jean Lévy publié dans : Contre l'impérialisme
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Dimanche 18 mai 2008

Nous publions ci-dessous l'édito de
L'ESTRADE, publié par l'ADER, Association de Défense de l'Ecole de la République
*

L'outre-Manche montre la voie
Pour la première fois, des sociétés privées vont être autorisées à délivrer des diplômes sanctionnant des qualifications nationales britanniques. La très populaire, et donc fort démocratique, chaîne de restauration rapide McDonald's pourra décerner ses propres diplômes, avec équivalence reconnue par l'Etat au niveau "A Level", abréviation de Advanced Level (Niveau Avancé), un examen passé au cours des deux dernières années de l'éducation secondaire et souvent exigé pour l'entrée à l'Université.
Mc Donald's pourra ainsi procéder à la collation d'un baccalauréat en "gestion du travail en équipe" (ah, le travail en équipes toyotistes...repris par le management scolaire néolibéral, et si apprécié des pédagogistes, y compris syndicaux), qui certifiera que son détenteur sera compétent dans toutes les tâches liées à la gestion d'un restaurant Mc Donald's, du marketing aux ressources humaines en passant par les services à la clientèle. C'est du moins ce qu'a tenu à préciser l'agence gouvernementale chargée des cursus scolaires (Qualifications and Curriculum Authority, QCA).

Il y aura donc certification patronale de compétences garanties et ainsi transposables vers une relation de travail avec une autre entreprise de malbouffe rapide. Un fort vent d'espoir se lève pour la jeunesse de tout un royaume, laquelle pourra enfin étudier, en atelier, des disciplines professionnelles intéressantes, manger des frites à l'interclasse, boire du Coca à volonté dans une cantine sans doute gratuite, et obtenir dans ce cadre éducatif et formatif un bac reconnu de haut niveau cognotif.

Un nouveau type de lycée hôtelier est ainsi en gestation, qui préparera à une véritable mobilité internationale, puisque la gastronomie rapide a colonisé la planète entière...tout le contraire d'un baccalauréat professionnel  maison ou d'une simple certification spécifique et non transposable centrée sur les besoins de main d'oeuvre à court terme du patronat local.

Le système de labellisation des entrprises diplômantes semble appelé à se généraliser puisque deux autres etreprises sont labellisées et pourront décerner leur propre "A-Level", soit le diplôme britannique qui correspond à notre vieux baccalauréat. "Cette importante mesure vise à mettre fin aux vieilles divisions entre les qualifications  nationales et la formation en entreprise, ce qui va être à l'avantage des emloyés, des employeurs (le patronat partisan de l'instruction des jeunes et de leur diplomation, voilà qui est épatant !) et du pays dans son ensemble", a déclaré le ministre des Universités et de la formation.

Mc Donald's qui crée son propre bac, n'est-ce pas un pas de plus, génialement et audacieusement libéral, vers l'éclatement enfin abouti de l'Ecole monolithique d'antan et la mise en place d'un vrai système scolaire pluriel totalement concurrentiel ? Une directive (loi-cadre européenne bientôt) ne devrait-elle pas imposer l'élargissement du dispositif à l'ensemble de l'Union européenne ?

Vivement la réalisation du plan Darcos pour l'enseignement professioonnel, les jeunes auront bientôt un bac "supporter" dans les lycées des "métiers du 'foutbol" ! Et avec le programme d'achèvement de la libéralisation scolaire incorporé au rapport Attali, nous dépasserons sans doute Messieurs les anglais, lesquels ont eu l'audace de tirer les premiers, par les conséquences induites sur les diplômes du libéralisme scolaire.

Le programme Sarkozy-Attali proposant de décider la mise en place du chèque-éducation, pourquoi d'ailleurs ne pas lancer de appels d'offre de privatisation en direction des entreprises de malbouffe rapide ?

                                                                                                             E.F.

* Si vous êtes intéressés par L'Estrade, bulletin trimestriel de l'ADER, vous pouvez
 écrire à :
ADER, Commagny, 58290 Moulins Engilbert

par Jean Lévy publié dans : Social
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 18 mai 2008

Contre le Venezuela et l'Equateur, Bush nous refait le coup des "armes de destruction massive". Petit inventaire de la désinformation.
MICHEL COLLON
16 mai 2008

Chaque guerre est précédée d'un grand médiamensonge. Aujourd'hui, Bush menace le Venezuela et l'Equateur. Demain, l'Iran ? Et après, à qui le tour ?
Avec, dans le rôle de la marionnette, le président Uribe, narcotrafiquant et massacreur d'Indiens (quatre millions de déplacés). Lequel Uribe prétend avoir trouvé dans l'indestructible ordinateur de Raul Reyes (FARC) des preuves du soutien de Chavez au « terrorisme » et de militarisation de la région.
Des journaux comme Le Monde répercutent cette campagne de propagande pour la prochaine guerre de Bush. Rappelons simplement combien de fois les mêmes Etats-Unis et les mêmes médias nous ont déjà manipulés. Chaque grande guerre est « justifiée » par ce qui apparaîtra plus tard (trop tard) comme une désinformation. Inventaire rapide...

1. VIETNAM (1964-1975) :
MEDIAMENSONGE :
Les 2 et 3 août 1964, le Nord-Vietnam aurait attaqué deux navires US dans la baie du Tonkin.

CE QU'ON APPRENDRA PLUS TARD :
L'attaque n'a jamais eu lieu. C'est une invention de la Maison-Blanche.

VERITABLE OBJECTIF :
Empêcher l'indépendance du Vietnam et maintenir la domination US sur la région.

CONSEQUENCES :
Millions de victimes, malformations génétiques (Agent Orange), énormes problèmes sociaux.

2. GRENADE (1983) :
MEDIAMENSONGE :
La petite île des Caraïbes est accusée de construire une base militaire soviétique et de mettre en danger la vie de médecins US.

CE QU'ON APPRENDRA PLUS TARD :
Entièrement faux. Le président US Reagan a fabriqué ces prétextes de toutes pièces.

VERITABLE OBJECTIF :
Empêcher les réformes sociales et démocratiques du premier ministre Bishop (qui sera assassiné).

CONSEQUENCES :
Répression brutale et rétablissement de la mainmise de Washington.

3. PANAMA (1989) :
MEDIAMENSONGE :
L'invasion vise à arrêter le président Noriega pour trafic de drogue.

CE QU'ON APPRENDRA PLUS TARD :
Bien que créature de la CIA, Noriega réclamait la souveraineté à la fin du bail du canal. Intolérable pour les USA.

VERITABLE OBJECTIF :
Maintenir le contrôle US sur cette voie de communication stratégique.

CONSEQUENCES :
Les bombardements US ont tué 2.000 à 4.000 civils, ignorés des médias.

4. IRAK (1991) :
MEDIAMENSONGE :
Les Irakiens auraient volé les couveuses de la maternité de Koweït-City.

CE QU'ON APPRENDRA PLUS TARD :
Invention totale par une agence publicitaire payée par l'émir du Koweït, Hill & Knowlton.

VERITABLE OBJECTIF :
Empêcher que le Moyen-Orient résiste à Israël et acquière son indépendance envers les USA.

CONSEQUENCES :
D'innombrables victimes par la guerre, puis un long embargo y compris sur les médicaments.

5. SOMALIE (1993) :
MEDIAMENSONGE :
Monsieur Kouchner se « met en scène » comme héros d'une intervention humanitaire.

CE QU'ON APPRENDRA PLUS TARD :
Quatre sociétés US avaient acheté un quart du sous-sol somalien riche en pétrole.

VERITABLE OBJECTIF :
Contrôler une région militairement stratégique.

CONSEQUENCES :
Ne parvenant pas à la contrôler, les Etats-Unis maintiendront la région dans un chaos prolongé.

6. BOSNIE (1992 - 1995) :
MEDIAMENSONGE :
La firme US Ruder Finn et Bernard Kouchner mettent en scène de prétendus camps serbes d'extermination.

CE QU'ON APPRENDRA PLUS TARD :
Ruder Finn et Kouchner mentaient. C'étaient des camps de prisonniers en vue d'échanges. Le président musulman Izetbegovic l'a avoué.

VERITABLE OBJECTIF :
Briser la Yougoslavie trop à gauche, éliminer son système social, soumettre la zone aux multinationales, contrôler le Danube et les routes stratégiques des Balkans.

CONSEQUENCES :
Quatre années d'une guerre atroce pour toutes les nationalités (musulmans, serbes, croates). Provoquée par Berlin, prolongée par Washington.

7. YOUGOSLAVIE (1999) :
MEDIAMENSONGE :
Les Serbes commettent un génocide sur les Albanais du Kosovo.

CE QU'ON APPRENDRA PLUS TARD :
Invention pure et simple de l'Otan comme le reconnut Jamie Shea, son porte-parole officiel.

VERITABLE OBJECTIF :
Imposer la domination de l'Otan sur les Balkans, et sa transformation en gendarme du monde. Installer une base militaire US au Kosovo.

CONSEQUENCES :
Deux mille victimes des bombardements OTAN. Nettoyage ethnique du Kosovo par l'UCK, protégée de l'Otan.

8. AFGHANISTAN (2001) :
MEDIAMENSONGE :
Bush prétend venger le 11 septembre et capturer Ben Laden.

CE QU'ON APPRENDRA PLUS TARD :
Aucune preuve que ce réseau existe. De toute façon, les talibans avaient proposé d'extrader Ben Laden.

VERITABLE OBJECTIF :
Contrôler militairement le centre stratégique de l'Asie, construire un pipeline permettant de contrôler l'approvisionnement énergétique de l'Asie du Sud.

CONSEQUENCES :
Occupation de très longue durée, et forte hausse de la production et du trafic d'opium.

9. IRAK (2003) :
MEDIAMENSONGE :
Saddam posséderait de dangereuses armes de destruction, affirme Colin Powell à l'ONU, éprouvette en main.

CE QU'ON APPRENDRA PLUS TARD :
La Maison-Blanche a ordonné à ses services de falsifier des rapports (affaire Libby) ou d'en fabriquer.

VERITABLE OBJECTIF :
Contrôler tout le pétrole et pouvoir faire chanter ses rivaux : Europe, Japon, Chine...

CONSEQUENCES :
L'Irak plongé dans la barbarie, les femmes ramenées à la soumission et l'obscurantisme.

10 VENEZUELA - EQUATEUR - (2008 ?) :
MEDIAMENSONGE :
Chavez soutiendrait le terrorisme, importerait des armes, serait un dictateur (le prétexte définitif ne semble pas encore choisi).

CE QU'ON SAIT DEJA:
Plusieurs médiamensonges précédents se sont déjà dégonflés : Chavez tirant sur son peuple, Chavez antisémite, Chavez militariste... Mais la diabolisation continue.

VERITABLE OBJECTIF :
Les multinationales US veulent garder le contrôle du pétrole et des autres richesses de toute l'Amérique latine, ils craignent la libération sociale et démocratique du continent.

CONSEQUENCES :
Washington mène une guerre globale contre le continent : coups d'Etat, sabotages économiques, chantages, développement de bases militaires près des richesses naturelles..

CONCLUSION:
Chaque guerre est précédée et 'justifiée' par un grand médiamensonge. Et notre inventaire est loin d'être complet ! Empêcher les guerres, c'est d'abord démasquer ces médiamensonges le plus tôt possible et le plus largement possible. Merci de diffuser ce texte, de le traduire si possible (la version espagnole arrive bientôt), et de nous communiquer ces traductions. Dans la guerre de l'info, la véritable force, c'est vous !

MICHEL COLLON
par Jean Lévy publié dans : Internationalisme
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Vendredi 16 mai 2008

A propos du Parti de la Refondation Communiste *

Depuis la disparition des DS, Refondation Communiste est la dernière organisation politique italienne de taille significative issue du mouvement ouvrier. Il est donc d’autant plus indispensable de revenir sur la question de ce parti, de son bilan et des perspectives qu’on peut envisager.

Aux origines de Rifondazione Communista

On sait qu’en 1991, lors de la constitution du PDS, une minorité significative de militants communistes dirigés par A. Cossutta, refusa le nouveau parti. Désireux de perpétuer la tradition communiste (quoiqu’elle soit), ils fondèrent donc le PRC dont Bertinotti, militant réformiste de gauche de longue date, prit rapidement la tête. Cossutta devint quant à lui président du nouveau parti.

Durant ces premières années, le parti attira à lui l’essentiel de ceux qui désiraient combattre Berlusconi - dès décembre 1991, il comptait plusieurs dizaines de milliers de membresv. Rifondazione devint un creuset où coexistaient toutes sortes de générations politiques, nostalgiques du vieux PCI, trotskystes, rescapés de l’extrême-gauche des années 70, etc. Son ouverture aux questions « sociétales » (féminisme, écologie…) lui donna aussi un caractère proche du vieux PSU français.

Le PRC avait à cette époque la caractère d’un parti permettant « une naïve collaboration de toutes les fractions », selon la formule connue de Engels. Cette coexistence était d’autant plus aisée que sur bien des questions, la position du parti demeurait vague.

Ainsi, le rapport au pouvoir du parti restait vague. Était-il prêt ou pas à participer un gouvernement bourgeois, ou au contraire son objectif était-il exclusivement de mettre en place un gouvernement des travailleurs, prenant des mesures anti-capitalistes radicales ? La réponse restait floue, encore qu’aucun doute ne soit permis. En tout cas, aucune position de principe n’était donnée, ce qui suffit à caractériser ce parti comme réformiste.

Évidemment, ce flou ne pouvait persister durablement. Dès 1996, l’Histoire obligea la direction du PRC à sortir du bois.

Soutien au premier gouvernement Prodi

On a vu qu’à la suite des élections de 1996, L’Olivier remporta les élections - on notera qu’à cet occasion Rifondazione accepta des accords de désistement électoral avec cette coalition, donc avec des partis bourgeois. Au lieu d’éclairer par avance les travailleurs sur le rôle de cette coalition, de Prodi, cet accord signifiait à tous que le PRC préférait ce dernier à Berlusconi….1

Un premier gouvernement Prodi fut constitué – le cœur de son programme étant l’assainissement indispensable à l’entrée dans l’Union Économique Européenne, bref l’adaptation du pays aux critères de Maastricht.

Mais la couverture parlementaire de cette coalition était si faible que les voix des députés communistes étaient indispensables au gouvernement Prodi pour se maintenir. Bertinotti et Cossutta s’exécutèrent donc, mais la situation allait vite s’avérer intenable pour eux (sur le long terme, cela revenait à un suicide politique).

En octobre 1997, premier avertissement : Bertinotti refuse de voter un budget dont le caractère anti-ouvrier est incontestable. Soumis à d’intenses pressions, il se ravise et le gouvernement Prodi est finalement sauvé. Mais un an plus tard, même scénario. Or cette fois Bertinotti maintient sa position : le gouvernement Prodi chute. Parallèlement, l’aile la plus ouvertement réformiste, nostalgique du vieux PCI, quitte le PRC : avec Cossutta à sa tête, elle fonde le Parti des Communistes d’Italie, qui s’engage dans le soutien au nouveau gouvernement D’Alema (tout aussi réactionnaire que celui de Prodi).

Pour Bertinotti, cette scission est du pain béni. Les voix du PRC n’étant plus indispensables à l’Olivier, la pression se relâche. Le secrétaire du PRC peut avoir recours à un langage « gauche », et il ne se gêne pas.

Ce sont ces déclarations qui permirent à certains observateurs d’extrême-gauche (qu’ils soient de la LCR française ou du SWP britanniquevi) de parler de « tournant à gauche ». Ultérieurement, L. Maitan alla jusquà évoquer « processus de mutation historique » du PRC.

En fait, il s’agissait simplement d’une manœuvre en retrait : Bertinotti avait compris que son soutien au gouvernement de Prodi le menait au suicide pur et simple - il reculait donc pour un temps, rien de plus.

Mais il n’y avait aucune « mutation historique » du PRC, qui demeurait une organisation de type réformiste. Et si la participation à un tel parti n’avait rien de condamnable en soi (contrairement à ce que pensent de nombreux militants de la LCR a posteriori), cette participation ne pouvait se faire que sur une ligne d’indépendance face à la direction du PRC. Notamment, la question du rapport du parti au pouvoir, la question du gouvernement des travailleurs, le refus par principe de la participation à un gouvernement capitaliste, de la moindre collaboration électorale avec un parti de ce type, était une ligne de séparation absolue entre le groupe Bertinotti et les militants révolutionnaires.

Des phrases gauche à la capitulation

On a vu plus haut qu’à la suite de l’élection de Berlusconi, de gigantesques luttes se déroulèrent en Italie – notamment lors du sommet du G8 de Gênes, à l’occasion duquel des centaines de milliers de participants, surtout jeunes convergèrent vers cette ville. Incontestablement, le PRC fut le parti qui y fut le plus intimement mêlé à ces luttes, le PDS étant ouvertement conspué – on se souvient des réquisitoires prononcés alors contre ce parti par le cinéaste Moretti.

En ce qui concerne le PRC, l’important est que la question de la définition d’une tactique posant la question du pouvoir, du gouvernement, perdait de son acuité - la question du remplacement du gouvernement Berlusconi n’étant pas une question immédiate. Faire d’interminables déclarations sur « la centralité du mouvement altermondialiste », le « nouveau » mouvement ouvrier, pouvait suffire pour un temps.

Pourtant, dès 2002, qui voulait comprendre le pouvait. Dans le cadre du débat préparatoire au V° congrès du PRC (2002), la presse se fit l’écho des positions de du courant trotskyste « Projet Communiste » :

« Marco Ferrando a opposé un net refus à toute ouverture de Refondation au centre-gauche. Selon lui l’Olivier n’est qu’une forme différente d’organisation politique de la bourgeoisie. Seule l’émancipation du mouvement face à l’Olivier peut permettre de battre Berlusconi : des résultats concrets ne sauront être obtenus que par une lutte radicale. (…) Un gouvernement de l’Olivier ne serait qu’un nouveau gouvernement néolibéral : le seul gouvernement auquel des communistes puissent participer est un gouvernement basé sur les travailleurs et leur force. »vii

Ferrando voyait juste sur l’essentiel.

Quelques mois plus tard, les choses se précisèrent avec la perspective des élections de 2006. Les Thèses soumises au vote du VI° congrès du parti (2005) indiquent :

« le PRC et la gauche d’alternative doivent savoir passer aussi par l’expérience de gouvernement en fonction de la croissance qualitative des mouvements et de la possibilité de déployer une action politique plus vaste, plus complexe et plus longue dans la société »viii

Avec 60 % des mandats, Bertinotti embarqua donc le PRC au sein de l’Unione, nouvelle coalition dominée par le PDS et sur la ligne de Prodi. L’Humanité reproduit ses « explications » :

« tout a changé par rapport à 1998, « les mouvements sociaux sont au centre de la scène, l’Olivier n’existe plus et le centre gauche ne pourra pas faire la même politique ». Quant à la bourgeoisie, « certaines de ses composantes savent que la financiarisation des marchés ne suffit pas, et elles ont accepté le principe de l’intervention publique dans l’économie »ix

Pour que les choses soient claires Ferrando et son courant furent rapidement expulsés du parti, suite à une déclaration où celui-ci se solidarisait avec les insurgés irakiens face aux forces impérialistes (y compris italiennes).

Bertinotti alla même jusqu’à accepter le cadre des « référendum citoyens » typiques des machines électorales bourgeoises : en octobre 2005, Prodi fut désigné leader officiel de la coalition contre Bertinotti qui lui fit allégeance.

Le 2° gouvernement Prodi

Vint l’élection de 2006, gagnée de justesse par l’Unione et aboutissant à un nouveau gouvernement dirigé par Prodi. On a vu que la politique suivie par celui-ci ne fut guère différente guère de celle suivie en 1996. En fait,elle se situait dans la continuité de celle menée par Berlusconi.

Les choses étaient d’ailleurs claires dès le départ, puisque le programme de gouvernement de Prodi prévoyait de baisser immédiatement la fiscalité sur le travail de 5%. Pourtant, Bertinotti, ne mégota pas sur son enthousiasme, caractérisant ce document comme :

« un programme réussi au-delà des prévisions les plus optimistes »x

A la suite de quoi le secrétaire du PRC fut fait président de la Chambre des Députés. Et durant les mois qui suivirent, la direction du PRC colla à Prodi sans faillir. Bertinotti alla jusqu’à déclarer :

« nos soldats au Liban sont la vitrine du pays »xi

Concernant, la réforme sur les retraites, le responsable communiste au Travail, Ziponi, parla d’un accord « obligé »xii. On pourrait multiplier les exemples.

L’Arc-en-ciel

L’utlime cabriole de la direction de Refondation Communiste fut la constitution de la coalition « Arc-en-ciel ».

Initialement déclenchée par la recherche de jonction avec le courant du PDS qui refusait sa destruction, la Gauche Démocratique (Sinistra Democratica), cette coalition se constitua autour du PRC avec le PdCI, les verts et SD. Au-delà de la rodomontade (« contester l’hégémonie au Parti Démocrate » - sans blagues !), l’acte de naissance de ce regroupement était le soutien au gouvernement Prodi.

Très rapidement Bertinotti commença à prendre se rêves pour des réalités. Ainsi, les militants communistes virent leurs appréhensions confirmés. Ils iraient à la bataille électorale sans les symboles du parti (marteau et faucilles, drapeaux rouges…). Ces « vieilleries » seraient remplacées par un arc-en-ciel …

N. Vendola, président PRC de la région des Pouilles, servit aux militants qui regimbaient la réponse convenue lors d’un interview prévisible :

« Pour moi, un communiste ne peut être un fétichiste du communisme, ni quelqu’un qui aurait des obsessions de gardien de musée. Le passé doit faire l’objet d’une analyse critique, et le communisme n’est pas un projet de répétition. »

Mais au détour d’une phrase, son projet politique apparait sans détours :

« J’ai par ailleurs de bonnes relations avec le monde de l’entreprise et avec l’Eglise catholique. »xiii

Puis la fusion des composantes de la coalition fut envisagée. Dans ce cadre, pour Bertinotti, le communisme deviendrait une « composante culturelle », bref une vieillerie décorative.

Visiblement, la défense de cette orientation rencontra plus que des résistances. Ainsi un appel de 125 militants de Florence (décembre 2007) se prononce pour « la pleine autonomie » du Parti dans un texte qui explique auparavant que :

« Pour l’essentiel, notre gouvernement a paru et paraît davantage soumis aux puissants (Confindustria, Etats-Unis, Union européenne, Vatican) qu’attentif aux mouvements de lutte et aux intérêts populaires.

De là une crise dans la coalition qui profite dangereusement à la droite fasciste, raciste, à la Ligue du Nord et qui nourrit le résignation et la crise de la politique elle-même. Ainsi, le bilan de plus d’une année de participation au gouvernement est globalement négatif. Puisque pour nous, à la différence d’autres, le gouvernement est un moyen et non une fin en soi, nous estimons que la participation du PRC à cet exécutif ne peut qu’être subordonnée à l’obtention, maintenant et dans les prochains mois, d’un tournant réel dans les contenus de la politique du gouvernement, à partir d’objectifs et de mesures définis précisément. »

Sans aller explicitement jusqu’au bout, ce texte indiquait bien les processus à l’œuvre. Le temps aura manqué pour qu’il ne se concrétise.

Le désastre

En février 2008, suite au retournement d’un groupuscule bourgeois, le gouvernement Prodi sautait. De nouvelles élections étaient alors convoquées.

Dans la foulée, Veltroni et le PD annonçaient leur décision de refuser toute alliance avec la « gauche radicale ». Leur objectif était de favoriser l’émergence d’une majorité permettant d’accoucher d’une réforme électorale permettant d’assurer une réelle stabilité politique en Italie.

Pour le PRC, cette élection était lourde de dangers. En effet, vu le cours suivi par le parti face à Prodi, on pouvait se douter que nombre d’électeurs communistes iraient voter « utile » (donc PD), d’autres se dispersant sur telle ou telle liste et enfin d’autres s’abstenant. C’est exactement ce qui se déroula mais avec une ampleur encore pire que ce qui était redouté.

Avec moins de 4% des voix, l’Arc-en-Ciel est pulvérisé. Le PRC voit sa représentation parlementaire démantelée suite à une division par plus de 2 du nombre de ses électeurs !

 

 

 

1996

2001

2006

2008

PRC

3 213 846

1 868 113

2 229 604

 

PdCI

 

619 912

884 912

 

PCL

 

 

 

208 394

Sinistra Critica

 

 

 

167 673

Arc en Ciel

 

 

 

1 124 418

Total communistes

3 213 846

2 488 025

3 114 516

1 500 485

 

L’évènement est fondamental : dans un des pays qui fut le berceau du mouvement ouvrier, celui-ci est renvoyé sur la banc de touche.

Reconstruire

Ne disposant plus de parti apte à représenter une alternative gouvernementale, même imparfaite, le mouvement ouvrier italien est marginalisé, réduit à la lutte pour la défense des conditions d’existence élémentaires des travailleurs de ce pays. Sa situation est d’autant plus difficile que les syndicats ont subi une évolution comparable à celle des partis du mouvement ouvrier.

Ajoutons que les processus décrits plus haut ne peuvent qu’avoir eu de profondes répercussions sur la conscience même du prolétariat.

La tâche de l’heure, en Italie, est donc de reconstruire ce qui peut l’être, en s’appuyant sur l’expérience du PRC. Celle-ci montre qu’il ne peut exister de parti ouvrier solide que s’il refuse le capitalisme et ses exigences, s’il se déclare partisan de l’abolition de l’économie de profit, du socialisme. Il n’existera durablement de parti ouvrier que s’il est viscéralement anti-système, tant il est vrai que les discours réformistes ne sont plus que des bavardages creux menant à l’auto-liquidation.

Un dernier point. On sait que l’analyse de la nature du PS et donc de la politique à suivre vis-à-vis de celui-ci est un débat quasi-permanent au sein du mouvement ouvrier.

De ce point de vue, ce qui se prépare au sein du PS français est essentiel. Or, on sait qu’en France, la politique D’Alema-Veltroni a trouvé d’ardents défenseurs. Ils se concentrent bien sûr autour de S. Royal et ceux qui ont soutenu sa campagne, bref l’aile « moderniste » (tu parles !) du PS. Récemment encore, S. Royal faisait part à la presse de son enthousiasme à propos de la politique de Veltroni :

« Ce qui se passe en Italie montre bien que des recompositions sont nécessaires. L’alliance, contre la droite, entre un parti issu du parti communiste et un parti du centre, d’inspiration chrétienne, est très intéressante. Il y aura forcément, en France aussi, des recompositions entre centre et PS. Et ce ne sera pas en laissant de côté les militants venus de l’extrême gauche ou du PC. »i

Tout le monde peut désormais comprendre où tout ceci mène, et gageons que les positions des partisans de Royal vont encore reculer tant l’expérience italienne fait office de repoussoir. En tout cas, chacun pourra mesurer combien nous étions fondés à parler de liquidationnisme à propos de la ligne Royal.

 

Pascal Morsu

30 avril 2008

iLibération , 22 octobre 2008.

1Malheureusement, cet accord semble avoir été soutenu par le groupe Bandiera Rossa, devenu ensuite Sinistra Critica.

iL’Express, 5 avril 2008.

iiLe Point, 10/04/2008.

iiiLe Monde, 7 avril 2008.

ivEl Pais, mars 2007.

vEn janvier 2005, le PRC revendiquait 97 5000 ahérents,

viRegroupment, reorganization and the revolutionnary left, 2002.

viiLiberazione, cité in Inprecor n° 475-476.

viiiVI° congrès du PRC, Thèse § 11.

ixL’Humanité, 04/03/2005,

 

par Jean Lévy publié dans : international
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Lundi 12 mai 2008

Des communistes s’adressent aux communistes :

 

Il faut se rendre à l’évidence : les forces qui se réclament du  communisme apparaissent éclatées, désillusionnées, découragées, traumatisées… Certains se prononcent même pour leur disparition. Or, plus que jamais, il est indispensable d’offrir une perspective à l’espoir que l’on sent poindre dans les multiples échanges qu’entretiennent les militants communistes avec la population dans leurs villes et leurs villages, avec les salariés sur leurs lieux de travail.

Ils sont en effet de plus en plus nombreux ceux qui considèrent le capitalisme comme néfaste. Les récents résultats électoraux n’effacent pas cette donnée primordiale confirmée par la victoire au référendum de 2005, les mouvements sociaux dont celui du CPE, les différentes enquêtes d’opinion…

Dans son évolution financière, le capitalisme est de plus en plus exploiteur, parasitaire, prédateur, de plus en plus porteur d’aliénations et de dominations. Des masses énormes d’argent s’accumulent entre les mains d’un nombre toujours plus réduit de personnes, tandis que s’accroissent les inégalités et que d’immenses besoins restent insatisfaits.

A l’échelle de l’humanité, l’essentiel des richesses continuent à être concentrées dans quelques pays et les inégalités de développement augmentent sans cesse. Des moyens énormes sont stérilisés dans une spéculation financière à grande échelle.

Dans ces conditions, la démocratie affichée est de plus en plus surfaite et l’idéologie libérale traverse désormais toutes les sphères de notre société au point que la quasi-totalité des médias en sont aujourd’hui les véhicules. Les assemblées élues ont de moins en moins de pouvoirs, lesquels se concentrent entre les mains des détenteurs des moyens de production et d’échange, des acteurs des marchés financiers.

Pour autant, tout nous conduit à considérer que le système capitaliste a fait son temps et qu’il doit laisser la place à une autre société. Des expériences malheureuses, parfois tragiques, ont eu lieu au nom du communisme. Elles ont pris fin par hypertrophie étatique, confiscation des souverainetés et négation de la démocratie qu’elles prétendaient pourtant vouloir établir.

C’est pourquoi nous souhaitons que soit reposée la question de l’actualité du communisme, d’un communisme qui soit de notre temps.

Pour cela, les grandes lignes d’un projet de société doivent être redéfinies ou réaffirmées :

1) Si le pouvoir capitaliste réside dans l’appropriation privée, à l’inverse le pouvoir du peuple, celui de la société dans son ensemble, ne doit-il pas consister avant tout en l’appropriation sociale des grands moyens de production et d’échange, des établissements bancaires et financiers, dans des formes qui sont à réinventer ?

2) Le pouvoir des citoyens ne devrait-il pas être renforcé dans les institutions politiques, afin de dessiner les contours d’une véritable nouvelle république au sein de laquelle le triptyque « liberté égalité fraternité » pourra prendre tout son sens, mais aussi sur les lieux de travail, sans quoi la démocratie demeurerait bancale, amputée ?

3) Cette même démocratie ne peut-elle pas mettre fin à un capitalisme grand pollueur et grand gaspilleur des ressources naturelles ? L’appropriation sociale apparaît en effet comme la condition de véritables politiques de développement durable, en pleine connaissance des apports que la science et les technologies doivent mettre à la disposition de tous.

4) Le travail ne doit-il pas être débarrassé de l’aliénation qui lui est attaché et ne peut-on imaginer une nouvelle forme de travail assurant un revenu social à tous, motivant et responsable, un travail n’ayant plus rien de commun avec le salariat et l’exploitation qu’il implique ?

5) Tous les peuples ne doivent-ils pas être souverains pour déterminer leur avenir et quelle articulation doit-il y avoir entre eux et l’Europe, l’échelon mondial ? Par quel moyen parvenir à des rapports de paix, d’égalité de tous les Etats, à des coopérations élargies et profitables à tous, notamment par l’intermédiaire d’une ONU réformée et démocratisée ?

Toutes ces données nous interpellent et doivent être débattues sur le sens que nous devons donner à la place de l’Europe, de la nation, des collectivités et des citoyens dans notre projet de société. C’est cette voie vers un communisme renouvelé que nous devons co-élaborer, construire avec l’ensemble du peuple.

C’est pourquoi nous proposons la tenue d’Assises du communisme en 2008.

Ces journées de réflexion auraient pour vocation de reposer les questions essentielles de l’évolution de la société dans laquelle nous vivons et de jeter les bases d’un projet de changement de société pour le 21e siècle.

Nous suggérons que ces rencontres rassemblent, dans une libre confrontation et sans exclusive, un maximum de militants et de citoyens de diverses sensibilités, aux côtés d’intellectuels, de scientifiques, d’élus et de représentants du mouvement social et associatif.

Tous ceux qui se réclament ou non du communisme y seraient les bienvenus car la diversité des approches est autant de possibilités d’enrichissement, aucun tabou ne devant constituer un préalable à ce vaste échange.

La société évolue. Le capitalisme se transforme. Sans être pour autant une « avant-garde éclairée », les communistes ne peuvent demeurer à la traîne de cette gigantesque mutation. Nous espérons donc que notre proposition soit examinée et discutée par tous les communistes afin que les enjeux fondamentaux auxquels nous sommes confrontés ne soient pas écartés au nom de considérations plus immédiates.

 

Marianne Aguado, PCF, conseillère municipale, (76360 Barentin) ; Henri Alleg, au Parti depuis 1941, ancien directeur d'"Alger républicain" ; André de Andrade, projeteur génie civil, militant communiste ; Jean Arrayet ; Jean-François Autier, cheminot retraité, conseiller municipal de Bassens (1971-1995), ancien permanent PCF 33, jean-francois.autier@wanadoo.fr ; Christian Baillet, retraité du Port autonome de Bordeaux ; « ... dès maintenant (...) travailler au contenu d’une démarche politique alternative à proposer au peuple de France et qui de mon point de vue, pourrait s’inspirer de la Résistance, du CNR et de son programme progressiste, républicain et patriotique... », Claude Beaulieu, adhésion au PCF en 1960, quitté en 2000, Président du Comité Valmy, claude.beaulieu@noos.fr ; Bruno Becerro, 35 ans, chômeur, adhérent depuis mai 2007 ; Bernard Blandin, cadre SNCF à la retraite, président fondateur de la Mutuelle des Cheminots de la région SNCF de Bordeaux, président fondateur de la Mutuelle Atlantique de Prévoyance ; Armand Boileau, Armand.Boileau@wanadoo.fr, retraité de l’Éducation nationale, membre de Parti Communiste depuis 1954, tél. 0556384377 ; Lisette Boutet, retraitée banque ; Marc Céfallo, militant communiste marxiste-léniniste ; Alain Chancogne, retraité banque, alainchancogne@aol.com, tél. 06 75 13 04 79  ; Jean-Jacques Crespo ; Jean Cucurull, attaché territorial, ancien rédacteur en chef des Nouvelles de Bordeaux et du Sud Ouest, ancien secrétaire à l’organisation de la Fédération de la Gironde du PCF, jean.cucurull@wanadoo.fr ; Claude Deloume, retraité SNCF, ex-adhérent du PCF ; Gérard Euzenot, responsable syndicaliste CGT, membre de la section cannoise du PCF ; Jo Garcia, retraité du Gaz de Bordeaux, adhésion au PCF  1963, ancien des JC, jogarcia@free.fr ; Maïté Labeyriotte, agricultrice, PCF ; Alain Larue ; René Le Bris, PCF Hérouville-Caen, Calvados ; Jean-Louis Lemoigne (adhérent depuis 1969) ; Jean Lévy, militant du PCF 1956-2000, ancien responsable de la FD CGT des Employés, ancien DSN CGT du Crédit du Nord ; Pierre Martin, PCF 94, Comite central Gauche communiste ; Christian Mayerau, retraité ; Michel Mélinand, PCF 95, Comité central de la Gauche communiste, ingénieur, animateur de www.unitecommuniste.org ; « ... exception faite du bilan des ex-pays communistes que l’on doit qualifier de positif », Daniel Nicolas, ex-adhérent du PCF, membre du PRCF ; Jean-Luc Pageon, syndicaliste (33300 Bordeaux) ; Michel Peyret, membre du PCF de 1953 à 2006, retraité, député de la Gironde (86-88), m.peyret@cegetel.net  ; Pierre Pujo, adjoint au maire ; Christian Reinkingen, retraité cheminot, membre du PCF de 1967 à 1991, reinkingen-c@orange.fr  Bordeaux,  tél. 08 75 40 91 96 ; Jean-Louis Remande, 50 ans, cheminot,  permanent syndical interpro, adhésion pcf 1980 (courant de pensée : gauche communiste), ex-candidat cantonales et municipales de 1983 à 2002, 76360 Barantin ; Gilberte Salem, au Parti depuis 1945, militante anticolonialiste, ex-enseignante ; Régis Saphores, militant syndical, adhérent PCF jusqu'en 98 ; Anne Soler, psychologue (à la retraite), membre du PCF depuis 1973 ; Alain Theux, PCF (Jalles-Médoc), retraité du journal Sud-Ouest, ancien secrétaire de la cellule de Sud-Ouest, ancien délégué du syndicat du Livre CGT ;  Jean Pierre Tricaud, cadre de la banque, militant syndical, ex-membre du PCF (1980/2002) ; Danielle Tronche, salariée administrative et technique de la Fédération de la Gironde du PCF (1976-2001) ; Raymond Debord, François Ferrette, Vincent Présumey (Collectif de rédaction de Militant) ; « ... avec de sérieuses réserves sur la manière totalement négative dont vous présentez le bilan des expériences issues de la Révolution d’Octobre... », Georges Hage, pour le secrétariat de la Confédération d’action communiste ; André Baudin , adhésion au PCF en 1973 , quitté en 1983 , journaliste-écrivain , rédacteur en chef de la revue "Art Sud" ; Jacques Lesbat , membre PCF depuis 1947  , Président de l'Amicale des Vétérans du PCF-Gironde ; Lilianne Lesbat , membre du PCF , ancienne déléguée syndicale Hospitaliers ; Charles Hoareau , Rouge Vif 13 ; Henri MARTIN , membre du Comité Central du PCF de 1956 à 1994 .

 

par Jean Lévy publié dans : Politique
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Lundi 12 mai 2008
Au moment où Israël, soutenu par les gouvernements occidentaux, s’apprête à célébrer avec faste le soixantième anniversaire de sa création, et alors que les Palestiniens, bouclés dans des ghettos, n’ont jamais été aussi opprimés, nous rediffusons un article, écrit en août 2003, qui conserve, malheureusement, toute son actualité.

L’Etat d’Israël a été fondé, en 1948, sur un crime que les victimes palestiniennes ont appelé "Nakba", "catastrophe". Cela s’est traduit par l’expulsion brutale de près de 90% des natifs palestiniens hors de chez eux.

Nous pensons qu’il n’y aura aucune paix possible aussi longtemps qu’Israël ne reconnaîtra pas ses torts et ne rendra pas aux Palestiniens ce qu’il leur a extorqué par la force durant ces soixante années.

Alors que la situation des Palestiniens s’est dangereusement aggravée, du fait de l’étranglement maintenu par l’occupant israélien, nos gouvernements devraient avoir la décence de refuser de participer à ces célébrations.

Et les journalistes devraient avoir enfin l’honnêteté de dire la vérité sur l’apartheid pratiqué par Israël vis-à-vis des Palestiniens, et de la répéter jusqu’à ce qu’une solution conforme au droit international soit apportée à cette tragédie.

Ce Texte date du 8 août 2003 :

Nous ne devons jamais cesser de chercher l’humaine réalité.

Quand on découvre le degré de confusion dans lequel la désinformation a plongé les gens, dans les pays occidentaux, sur la guerre que livre Israël contre le peuple palestinien, on a de quoi s’inquiéter de l’efficacité de la propagande répandue par les autorités israéliennes et leurs relais.

Or, si les journalistes avaient gardé une équidistance par rapport aux parties en cause, relaté les faits en toute objectivité, systématiquement rappelé cette chose simple : que les Palestiniens sont victimes d’une immense injustice qui demande réparation - l’arrivée massive sur leur terres d’immigrants de confession juive qui les ont graduellement chassés, persécutés, massacrés en toute impunité - nous n’en serions peut-être pas là.

Il ne s’agit pas ici de refaire l’histoire, ni d’être pro-israélien ou pro-palestinien. Il s’agit simplement de savoir reconnaître la vérité des faits et de l’assumer humainement pour rendre justice aux victimes palestiniennes de l’oppression d’Israël, comme on a rendu justice, hier, aux victimes des crimes nazis (dont les Palestiniens ne sont en rien responsables).

Israël, fort de ses services de propagande et de renseignements – services qui infiltrent, manipulent, corrompent, tissent des réseaux secrets - a su asseoir son pouvoir sur l’information avec une efficacité redoutable. Répercuter tout ce que cet allié des Etats-Unis décrète et répand est de bon ton dans les rédactions. Par contre, dénoncer ce qui l’incrimine gravement n’est pas convenable.

Dans le respect de la vérité et de la justice, les citoyens doivent exiger des journalistes qu’ils cessent de les intoxiquer en rapportant les informations biaisées que les agents de communication, liés aux pouvoirs politiques et militaires dominants, ont pour métier de répandre. Israël et son influent « lobby » sont l’un de ces pouvoirs de manipulation et d’intoxication. Pouvoirs qui savent se faire craindre et que par conséquent, peu osent affronter ou contredire.

C’est à force de tromperies et de servilité que certains journalistes obtiennent leurs galons et bâtissent leur carrière. Or, quand les médias nous livrent une information falsifiée ou expurgée, ce n’est pas sans graves conséquences pour les peuples concernés. Ils privent la société d’une connaissance précieuse pour la compréhension des faits et la possibilité d’agir, de secourir les victimes, quand il est encore temps. Les Palestiniens ont déjà trop souffert ; ils ne peuvent plus attendre dix ans, vingt ans.

Nous sommes catégoriques : les journalistes portent une lourde responsabilité dans le pourrissement d’une situation qui fait l’affaire d’Israël et pénalise les Palestiniens.

Depuis des décennies les grands médias occidentaux, fortement influencés par la propagande militaire israélienne et les organisations juives dans le monde, s’ingénient à accréditer l’idée qu’Israël serait "menacé par les Arabes et les musulmans".

Des personnes de confession juive, partout dans le monde, se disent constamment menacées dans leur intégrité. Leurs dires sont tout à fait fantaisistes, mais n’en exercent pas moins une intense pression sur les gouvernements, les médias, l’opinion.

De leur côté, des journalistes et des groupes de pression ouvertement pro-israéliens, n’ont pas cessé d’exploiter la souffrance générée par l’holocauste et d’agiter le spectre de l’antisémitisme pour culpabiliser ceux qui demandent justice pour les Palestiniens victimes, à leur tour, d’épuration ethnique, de ghettoisation.

Or, quand on découvre l’étendue des persécutions qu’Israël a infligées aux Palestiniens depuis 1948, on demeure stupéfait par cette distorsion de la vérité. Pourquoi, depuis soixante ans, nous a-t-on parlé avec une telle insistance des victimes juives du nazisme alors qu’on passait sous silence les victimes palestiniennes des persécutions israéliennes ? Pourquoi deux poids deux mesures ?

Israël, et ses indéfectibles relais, nous ont toujours donné une version totalement faussée de ce qui se passe au Moyen Orient. Les campagnes qui présentent constamment les personnes de confession juive en victimes, ont pour but d’étouffer toute critique à l’encontre de l’État d’Israël ; un État, qui, peu le savent, s’est créé sur de nouvelles injustices : les massacres, la déportation des Palestiniens, l’épuration ethnique qui se poursuit.

Israël a toujours justifié ses annexions de terres palestiniennes, ses tueries de civils, ses destructions de villes et villages arabes, ses assassinats « extra judiciaires », en prétextant qu’ils étaient « nécessaires à sa sécurité ». Or, si l’on visite le Moyen Orient, on a vite fait de s’apercevoir que c’est l’État d’Israël - l’unique pays de la région qui possède des armes de destruction massive - qui a créé un climat d’insécurité et de désolation, également pour ses voisins syriens, libanais, irakiens.

Depuis que l’Etat d’Israël a été fondé en 1948 - sur les terres palestiniennes, sur la Palestine - il s’est attaché à construire une image négative de l’Arabe et du musulman. Les prétendus « terroristes » qu’il s’agit « d’éradiquer » selon Israël, tout comme les prétendues armes de destruction massive en Irak, qu’il s’agissait de « démanteler » selon les Etats-Unis, ont pour but inavoué, inavouable, d’affaiblir l’adversaire pour mieux l’écraser. Sans la complaisance des médias qui maintiennent le monde dans l’ignorance, cela ne serait pas possible.

C’est ainsi qu’Israël a pu mettre en place - sans susciter de réaction majeure des pays réputés « démocratiques » - un des pires systèmes d’apartheid. Tout, il peut tout se permettre : forcer les Palestiniens à vivre dans des ghettos surpeuplés, construire un mur immonde d’apartheid au travers de paysages bibliques sacrés que les Palestiniens n’avaient jamais osé toucher.

Israël, qui dispose d’une des premières armées du monde, n’avait bien évidemment pas besoin de ce mur pour sa « sécurité ». Ce mur de séparation ethnique, conçu de longue date, attendait son heure dans les tiroirs. Dès l’annonce de sa construction par le « socialiste » Ehud Barak - en ce funeste mois d’avril 2002 qui est devenu synonyme d’offensives meurtrières et de tragédies - il a obtenu l’appui de toutes les forces politiques israéliennes, camp de la paix inclus.

Israël a réussi son pari : mettre le monde devant un fait accompli. Le mur est là. Effrayant, indestructible.

Ce mur de séparation ethnique - dont le tracé implique l’annexion de puits, la confiscation de terres, la déportation de villageois - affectera directement et durablement des millions de Palestiniens. Ces derniers, appuyés par le Mouvement de solidarité internationale ISM, ont multiplié conférences de presse et actions de résistance pacifique pour tenter d’attirer l’attention des journalistes internationaux basés en Israël et de l’Union européenne. Peine perdue. Ils se sont faits systématiquement brutaliser, jeter en prison, torturer, expulser par l’armée israélienne.

Il a fallu attendre une année et demie, le jour où Bush a admis que ce mur constituait « un problème », pour que les médias occidentaux consentent à révéler au monde un peu de sa dimension. Bush, sous la pression de M. Ariel Sharon, se rétractera quatre jours plus tard. Or ce mur, qui emprisonnera les Palestiniens dans des ghettos infâmes, crée un obstacle de plus sur la voie de la paix ; car l’espoir des stratèges du « grand Israël » qui l’ont conçu est d’arriver, avec le temps, à rendre impossible toute reconnaissance des droits des Palestiniens à retourner sur leurs terres.

Si le monde a finalement pu se représenter ce qu’est physiquement ce mur dit de « sécurité », ses implications réelles sur la vie des Palestiniens restent largement incomprises. A cause du langage utilisé. Les auteurs de cette nouvelle atteinte à la légalité internationale se sont arrangés à présenter la construction de ce mur honteux de façon qu’il apparaisse comme un « mal nécessaire ». Or ce mur, qui sépare les Palestiniens des Israéliens, officialise objectivement la ségrégation ethnique et rend encore plus précaire la vie des Palestiniens.

Voilà où l’asservissement des principaux moyens d’information aux pouvoirs économiques et politiques conduit le monde. À justifier les crimes d’Israël et les mesures d’enfermement illégales des Palestiniens qu’il met en place. A donner l’illusion d’informer sur ce qui se passe en Palestine, alors que la réalité est totalement travestie.

Si les correspondants occidentaux avaient révélé les nouvelles injustices que ce mur honteux allait imposer aux Palestiniens, Israël n’aurait peut-être pas pu l’ériger. Lorsqu’il en a annoncé le projet, il s’était attendu à de vives réactions ; le silence de l’Occident lui a donné carte blanche.

C’est ainsi que, fort de cette impunité, en mars 2003, M. Sharon a modifié le tracé de ce mur de façon à annexer plus de terres et de colonies que prévu initialement. Peu après, conforté par l’indifférence du monde, il a encore annoncé l’ajout d’un mur supplémentaire qui enfermerait la Cisjordanie en entier. Les colonies, toutes illégales, qui sont la racine de tous les maux - soit quelque 450’000 nouveaux colons illégaux - sont les premières bénéficiaires de ces conquêtes territoriales.

Il y a des êtres de grande probité qui payent de leur vie leur volonté de dire au monde les horreurs dont ils sont les témoins. Témoins que l’armée israélienne - très soucieuse de son image - chasse sauvagement, assassine, jette en prison.

Israël qualifie toute personne qui dénonce ses crimes, comme « une menace pour sa sécurité ». Je songe ici à ces photographes et cameramen palestiniens pour commencer, qui ont à cœur de nous informer honnêtement et de témoigner de la souffrance de leur peuple au risque de leur vie.

Leurs images, si difficilement arrachées, sont le plus souvent expurgées, voire dénaturées, par nos journalistes qui ne nous les montrent, du reste, qu’au compte gouttes, préférant se servir des films fournis par les services de propagande militaire israéliens.

Ces reporters, ont été les meilleurs alliés des internationaux de l’ISM, présents comme eux, depuis mars 2002, sur ces lieux où l’armée israélienne mène des offensives particulièrement meurtrières. Ces hommes et femmes qui, par leur seule présence, caméra au poing, défient l’armée israélienne, méritent toute notre estime.

Chacun de nous se souvient de Raffaele Ciriello, ce photographe italien qu’un soldat israélien a délibérément tué à Ramallah, au début de l’offensive militaire de mars 2002 ; une offensive meurtrière toujours en cours, qui n’épargne pas ceux d’entre les journalistes étrangers qui veulent franchir le blocus militaire israélien pour entrer dans les quartiers palestiniens que l’armée israélienne a décrété « zones militaires ».

James Miller

James Miller, un jeune cameraman londonien, est la dernière victime de cette folie furieuse. Après sa mort, Israël a immédiatement nié la responsabilité de ses soldats. L’autopsie, et les témoins de l’ISM présents, ont prouvé que James Miller était de dos, quand un soldat de l’armée israélienne l’a délibérément touché en pleine tête, le 2 mai 2003. James Miller portait un gilet pare-balles sur lequel était écrit en grandes lettres « Press ». Il filmait précisément, cette nuit là, le massacre de civils palestiniens à Rafah par l’armée israélienne, venue en force dans cette partie de Gaza dont Israël convoite les terres. C’est comme cela qu’Israël se débarrasse de tous ceux qui persistent à vouloir filmer ses abus pour témoigner honnêtement.
La légèreté avec laquelle nos médias prennent pour argent comptant, les mensonges d’Etat israéliens, est impardonnable.

par Jean Lévy publié dans : international
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Dimanche 11 mai 2008


Nous sommes donc le 13 mai 1958, à Alger.
La foule européenne d'Alger répond massivement à l'appel lancé par le Comité de vigilance, regroupant les associations "Algérie française". Elle envahit le siège du Gouvernement Général, qui est mis à sac. L'armée laisse faire, puis les "paras" occupent le batiment officiel. Le général Massu se montre sur le balcon du GG, entouré de ses "bérêts rouges", des responsables de groupes activistes algérois (qui ne cachent pas leur attirance pour le fascisme), mêlés à des personnalités, qui se réclamant du gaullisme( Delbecque, Soustelle), complotent pour le compte du général.
Massu donne alors lecture de son télégramme au Président Coty :
"Vous rendons compte création Comité Salut public civil et militaire sous ma présidence, moi, général Massu en raison gravité situation et nécessité absolue maintien de l'ordre et ce pour éviter toute effusion de sang, exigeons création à Paris, d'un gouvernement de salut public, seul capable de conserver l'Algérie partie intégrante de la métropole".
La population pied-noir est en liesse. L'armée a franchi le pas.
A 23h35, du même balcon, le général Salan annonce :
"Je prends provisoirement en main les destinées de l'Algérie française..."

A Paris, la nouvelle du putsch - car c'est un putsch ! - arrive à l'Assemblée au moment où celle-ci vote la confiance à Pierre Pfimlin, par 274 voix contre 129, les communistes s'étant abstenus. Le 15 mai, les Confédérations syndicales réagissent. La CGT s'adresse aux autres organisations syndicales pour organiser une riposte commune, et préconise la constitution de comités de vigilance. FO et la CFTC, tout en condamnant les "factieux d'Alger" et en appelant les travailleurs à la vigilance, s'en tiennent à des conseils de prudence. La FEN demande à ses responsables départementaux d'intervenir auprès des préfets pour "affirmer leur volonté de défendre les institutions républicaines".
"L'Humanité" barre sa Une d'un vigoureux "Alerte au fascisme !".
La Bourse du 14 mai reste calme. "Pas de gros remous sur le marché", note Paris Journal.
Le 15 mai, le général de Gaulle tient une conférence de presse. Il se déclare "prêt à assumer les pouvoirs de la République". La déclaration fait sensation.
Si certains considèrent de Gaulle comme une personnalité "au-dessus de la mêlée", susceptible de ramener le calme, d'autres, les communistes en tête, dénoncent le "complot". L'Humanité titre, le 16 mai, "De Gaulle jette le masque", et en-dessous "Le chef des généraux factieux revendique le pouvoir personnel" et "A bas la dictature militaire!". Le ton est donné.
Le 20 mai, nouvelle conférence de presse du général.
De Gaulle justifie les évènements d'Alger et l'attitude des chefs militaires :
"Les Français d'Algérie ne veulent pas se séparer de la métropole. Car, on ne crie pas "Vive de Gaulle' quand on n'est pas avec la nation. Dans ces conditions, l'armée qui constatait cette immense émotion populaire, l'armée a jugé de son devoir d'éviter que le désordre ne s'établisse. Elle l'a fait et elle a bien fait".
Et répondant à l'inquiétude initiée par son attitude, le général sort sa phrase célèbre :
"Croit-on qu'à 67 ans, je vais commencer une carrière de dictateur ?".
Mais déjà, des tractations politiques sont menées bon train. Antoine Pinay, ancien président du Conseil, l'un des leaders de la droite (il fut titulaire de la Francisque, décernée par Pétain), invite Guy Mollet à rencontrer de Gaulle, et le Président Coty menace de démissionner si la solution 'de Gaulle' n'est pas retenue...
Le 24 mai, des parachutistes, venus d'Alger, prennent le contrôle de la Corse.
Le plan "Résurrection", nom de code donné à l'opération d'Alger, se développe.
A Paris, une édition spéciale de L'Humanité contre le "complot gaulliste" est saisie par le gouvernement. 
Le 27 mai, un communiqué du général de Gaulle annonce :
"J'ai entamé hier le processus régulier nécessaire à l'établissement d'un gouvernement républicain, capable d'assurer l'unité et l'indépendance du pays".
Des manifestations favorables aux mutins d'Alger ont lieu aux Champs-Elysées.
Après "une journée d'action pour la défense de la République" organisée le 27 par la seule CGT, le 28 se déroule, de la Nation à la République, une puissante manifestation qui regroupe l'ensemble des partis de gauche et des organisations syndicales. Elle rassemble 300.000 personnes.
Mais il est bien tard. Le président de la République, utilisant le chantage à la guerre civile (on parle de l'envoi de bataillons de paras  qui seraient lâchés sur Paris), fait le forcing pour obtenir des formations politiques leur accord pour la formation d'un gouvernement présidé par le général de Gaulle, dans lequel l'ensemble des partis trouverait leur place. Sauf le Parti communiste français. Le nouveau gouvernement, ainsi constitué, serait doté des pleins pouvoirs, et soumettrait le texte d'une nouvelle constitution, ratifiée ultérieurement par référendum. Coty exige que le Parlement ratifie cette solution, et met en balance sa propre démission. Pendant ce temps, des émissaires parlementaires vont s'entretenir avec de Gaulle. Guy Mollet y joue un rôle essentiel.
Le 1er juin, le général est investi à l'assemblée, par 309 voix contre 224. Il obtient "les pleins pouvoirs" par 329 duffrages contre 224. Toute la droite, le MRP (mouvement d'inspiration catholique, issu de la Résistance), et la majorité du groupe radical, votent pour, ainsi que 45 députés socialistes - sur 95 - . Les 141 élus