Jeudi 8 mai 2008

Il fallait le faire. "IL" l'a fait. Nicolas Sarkozy n'est pas content, mais pas content du tout. Il vient de s'en prendre publiquement à divers journaux, coupables de crime de lèse-majesté.  Le Président vise Marianne pour sa "une",  qui s'exclame "Putain, 4 ans..."; il se fait le procureur d'autres organes de presse, Le Parisien, l'Express, l'AFP, qui n'ont pas reproduit le communiqué rédigé par le porte-parole de l'UMP, Frédéric Lefebvre, condamnant les pratiques de Ségolène Royal (celle-ci ayant négligé de payer le salaire de conseillers).
Nicolas Sarkozy ne décolère pas :
"Imaginez, si j'avais eu un problème de droit social ! La gauche aurait demandé ma démission !".
En fait, personne n'a utilisé, pendant la campagne électorale, contre Sarkozy, les conditions de l'achat,  décriées, de son appartement de l'île de la Jatte, à Neuilly. Pourtant, Le Canard Enchainé avait été précis dans son accusation. "Pure calomnie", avait juré alors le candidat de l'UMP, qui, prudent, avait préféré ne pas poursuivre l'hebdomadaire
.
Dernier grief dénoncé par le Président : il vise le JDD (Le Journal du Dimanche), qui n'a pas eu l'élégance de reproduire le sondage le moins défavorable à Sarkozy, au lendemain de sa prestation télévisée.
L'hôte de l'Elysée regrette sans doute le temps où le Prince-Président Napoléon Bonaparte pouvait compter sur le caractère officiel de toutes les gazettes.
C'est oublier le "bipartisme" qui régit notre société.
Sarkozy ne veut entendre qu'un seul son de cloche, alors que deux églises  -  avec  chacune sa cloche - se disputent le même dogme ?
Le principal n'est-il pas d'avoir un seul catéchisme, enseigné dans deux églises ? 
Le libéralisme et l'économie de marché y sont mieux assurés.
Refuser cette évidence, casse le jeu de l'alternance.
L'égo de Nicolas y ferait-il obstacle ?
Mais "la colère" du Président ne doit pas cacher l'essentiel.
Les ouailles du capital se disputent.
Ce n'est pas pour autant la liberté d'expression.
Les médias ne sont pas libres dans notre pays.
Peut-on entendre sur les ondes ou sur le petit écran, des économistes, des experts, des spécialisteshostiles à l'économie de marché ? Des politiques appelant à un changement de société ? Des ouvriers crier leur haine du patron qui les exploite. Des citoyens partisans d'abandonner l'euro, de quitter l'Union européenne ? Des auditeurs mettre en doute les propos du journaliste, contredire un ministre ? Y a-t-il un seul débat non formaté, un reportage courageux qui mette en cause l'irrationnalité du système, une information objective sur la Chine, sur la Russie, l'Iran ou Cuba ?
L'info, en France, est sous bonne garde.
Gare au journaliste qui serait tenté de la délivrer pour la servir, toute crue, à la radio ou à la télé !
A part ces détails, le pluralisme de l'information règne dans notre pays.
C'est le Président qui vous le dit.

par Jean Lévy publié dans : Politique
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Mercredi 7 mai 2008

Aujourd'hui, 8 mai, jour ferié, nombre de Français partent quelques jours se détendre, au vert, à la campagne, ou sur le bord de la mer. Pour nombre d'entre eux, cette date correspond au début d'un vaste "pont" qui englobe, jusqu'à lundi, les fêtes de la Pentecôte.
Mais que signifie donc le 8 mai ? Que commémore-t-on à cette date ? Beaucoup l'ignorent.
La radio mentionne simplement que Nicolas Sarkozy se rend à Ouistréham pour rendre hommage à un commando français parachuté sur cette localité, lors du débarquement allié en Normandie. 
C'est tout. Toute l'information est focalisée sur le soixantième anniversaire de la création d'Israël. Rien sur  ce qui s'est passé le 8 mai 1945.
Et pourtant, ce jour-là, l'Allemagne capitulait sans condition, après la plus sanglante des guerres (cinquante millions de morts), qu'elle avait sciemment provoquée. A Berlin, le 8 mai, le maréchal Keitel, représentant le commandement allemand, signait l'acte de capitulation, face aux représentants militaires français, britannique, américain et soviétique. Hitler s'était suicidé huit jours plus tôt dans son bunker berlinois, alors que l'armée soviétique plantait le drapeau rouge sur le Reichstag, dans Berlin conquise.
L'offensive d'ensemble contre la capitale allemande a coûté 700.000 morts Soviétiques et 350.000 Allemands. 
Cet anniversaire méritait plus qu'une escapade présidentielle dans un port normand.
La Russie, elle, commémore avec faste, sa victoire sur l'agresseur nazi, bien que le pays ait changé de régime politique. Le peuple garde au coeur la grande guerre nationale qu'il a menée durant quatre ans, au prix de plus de 20 millions de citoyens soviétiques, civils et militaires, tués au combat, massacrés par l'occupant, avec de vastes territoires systématiquement détruits.
Les dirigeants français boudent, eux,  cet anniversaire.
Pourquoi ?
L'évènement est-il trop ancien ? Alors, pourquoi célébrer, chaque année, le 11 novembre 1918 ? Et seulement le 6 juin 1944, présenté comme le symbole de la libération de la France par "nos alliés américains et britanniques". Cette volonté d'occulter le 8 mai 1945 a des raisons politiques.
D'abord, les dirigeants français ont toujours eu le souci d'occulter la capitulation allemande à l'heure de la célébration du "couple franco-allemand", présenté comme "le moteur de l'Europe". Il ne faut pas froisser nos alliés d'outre-Rhin, qui considèrent toujours le 8 mai comme un désastre national. Il est frappant de constater que l'Allemagne fédérale n'a jamais célébré comme une libération la chute du nazisme.
Ensuite, la France officielle a changé de camp. D'"alliée", célébrée par de Gaulle, l'Union soviétique est devenue "l'ennemie" au cours de la guerre froide. Aussi, le souci de la "Propaganda Abteilung" française a toujours voulu "réviser" l'histoire, afin de cacher la vérité à l'opinion française, et en particulier aux jeunes générations. A cet effet, l'enseignement, qui leur est prodigué, travestit les faits (en particulier à travers des manuels franco-allemands d'histoire, pour les grandes classes de nos lycées),  occulte les évènements de nature à s'inscrire en faux vis-à-vis de la version médiatique de la Seconde guerre mondiale.
Qui sait, aujourd'hui, que seulement 20% du potentiel militaire allemand faisait face aux forces alliées en Normandie, alors que 80% des effectifs de la Wehrmacht, de la Lutwaffe, tentaient vainement de contenir l'Armée rouge, sur un front de 2000 kms, à l'Est de l'Europe ?
Sans ce rapport de force, que se serait-il passé à l'Ouest ?
Qui connaît l'appel angoissé des dirigeants anglo-américains à Staline, fin décembre 1944, pour que celui-ci avance la date de son offensive, devant le désastre subi dans les Ardennes belges, à Bastogne, par les troupes alliées, bousculées par quelques divisions nazies ?
Qui se rappelle des tentatives américaines d'accord séparé avec les forces hitlériennes à l'Ouest, au printemps 1945, pour se retourner ensemble contre les Soviétiques, et du soutien apporté à cette initiative US par le numéro trois des SS, commandant les forces allemandes, en Italie ? Seul, le refus de Hitler a fit échouer cette opération. Pour "nos alliés", il s'agissait de tout faire pour que l'Armée rouge ne parvienne pas à Berlin, avant eux.
Qui se souvient des bombardements terroristes des villes allemandes par l'US Air Force, alors que celle-ci avait la consigne d'épargner les grandes entreprises où des intérêts américains n'avaient pas cessé de commercer durant la guerre, telle l'IG Farben, qui deviendra la QG des forces américaines d'occupation ?
Toutes ces vérités ne sont pas bonnes à dire, de nos jours, entre partenaires de l'Union européenne. C'est pourquoi, il est inutile d'attendre des médias aux ordres, la moindre parcelle de vérité sur ce qu'a été le 8 mai 1945. 
Comme chacun sait : "la vérité est révolutionnaire !"  



par Jean Lévy publié dans : Histoire
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Mercredi 7 mai 2008

Les médias nous égrènent, jour après jour, les agressions ciblées commises par le pouvoir sarkozien contre les acquis sociaux, fruit des luttes populaires depuis un siècle. Le président et son gouvernement tirent à vue sur tout ce qui bouge encore. Les commentaires de la presse, des radios et de la télé relatent, avec beaucoup de retenue et la banalité qui sied à des évènements jugés inéluctables, l'offensive programmée contre les droits et les garanties des salariés, des retraités et des privés d'emploi.
L'occasion donnée par le calendrier de "célébrer" le premier anniversaire de l'entrée en fonction de Nicolas Sarkozy, permet aux médias d'établir un bilan de ces douze premiers mois d'activité gouvernementale.

Le Monde publie un supplément de huit pages consacrées à l'évènement, autant de place que son édition du jour réserve à la publicité, au total, huit pages ! 
Une seule évoque le volet économique et social, quatre les questions touchant à la personnalité, au comportement du Président. Ce choix n'est pas fortuit. Il correspond à la tendance générale de la presse, qui donne la priorité de ses commentaires à l'attitude publique et privée de Nicolas Sarkozy. Ce qui permet à ce dernier de reconnaître "ses erreurs" dans la "communication", en utilisant l'adage bien connu : "il n'y a que les gens qui ne font rien qui ne se trompent pas !".
Mais quel est le journal, la chaine de radio ou de TV qui explicite le contenu des "réformes" (c'est le nom donné aux régressions sociales), réalisées ou mises en route ?
Le supplément du Monde les résume bizarement sous le titre :
"Economie La relance ratée.
Détaxation des heures supplémentaires, baisses d'impôt, réforme des régimes spéciaux...La'modernisation' et 'le choc de croissance' prévus par le chef de l'Etat ont buté sur un obstacle : la crise".
Que les "réformes" soient la copie conforme du programme du Medef, pas une ligne. Au contraire, ce commentaire qui exonère Sarkozy de tout apriori idéologique :
"Le sarkozysme en économie est un éclectisme. Pragmatique, le chef de l'Etat ne se laisse enfermer dans aucune école de pensée : il peut s'inspirer des post-kénésiens comme des théoriciens de l'offre pourvu que les uns et les autres servent son dessein affiché d'accélérer l'adaptation de la France à la mondialisation".
Comme si justement, cette "adaptation" n'était pas celle de notre économie aux intérêts du capital financier ! Claire Guélaud, la signataire de l'article, en vient à l'énumération de
"l'impressionnant train de réformes, cinquante cinq, a-il précisé jeudi 24 avril dans son entretien télévisé. Réforme des régimes spéciaux de retraites au nom de l'équité, instauration d'un service minimum dans les transports, fusion ANPE-Unedic, moderniation des relations sociales et du marché du travail, mise en place prochaine, avec la future loi de modernisation de l'économie, d'un arsenal de mesures en faveur des PME, réforme de l'Etat et révision générale des politiques publiques".
Ce qui vaut à Sarkozy cet éloge du président du Cercle des économistes (une association ultralibérale), Jean-Hervé Lorenzi :
"Reconnaissons-lui, au moins le courage d'avoir ouvert tous les chantiers à la fois".
Ainsi, Claire Guélaud utilise dans son bilan des "réformes", le vocabulaire abscons pour les non-initiés,  de Sarkozy lui-même. Elle aurait pu, par des mots plus adéquats, expliquer le contenu réel des dites "réformes" :
"Alongement à 40 annuités de la période de cotisations à laquelle sont assujettis les salariés des services publics pour bénéficier de la retraite" et ".généralisation des 41 annuités en 2012, pour l'ensemble des salariés", "limitation du droit de grève à la SNCF et à la RATP", "sanctions pécuniaires à l'encontre des privés d'emploi qui n'accepteraient pas un travail sousrémunéré", "destruction du code du travail, avec la généralisation des contrats individuels, se substituant aux garanties des Conventions collectives".
Sans parler des trois augmentations du prix du gaz dans les six premiers mois de 2008, de celle de l'essence et du fuel domestique, des prix alimentaires et le refus opposé à de véritables augmentations des salaires, des retraites et des allocations.
Le Monde se garde bien d'énumérer les "réformes" antisociales avec une définition explicite.
Le quotidien sait que ces mesures ne sont que l'adaptation à la France des décisions communes des 27 Etats de l'Union européenne, et que des réformes identiques sont prises aussi bien par des gouvernements de droite que de gauche.
Le Monde ne peut donc  mettre en cause le contenu du fait de son soutien inconditionnel à l'Union européenne. Aussi, comme tous les médias de même obédience, et compte-tenu de l'impopularité de la politique de Sarkozy, la critique de celui-ci ne peut se limiter qu'aux aspects péréphériques du personnage.
Ce qui préserve l'essentiel : l'adaptation de la France aux exigences du Capital financier.

par Jean Lévy publié dans : Lutte de Classe
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Mardi 6 mai 2008

Le 18 décembre 2005, Evo Morales est élu président de la Bolivie. Il est le premier indien, peuple pourtant majoritaire dans ce pays de 10 millions d'habitants, a accéder à un poste de responsabilité.
Fidèle à son programme, celui du MAS (Mouvement vers le Socialisme), il décrète, le 1er mai 2007, la nationalisation des hydrocarbures : l'Etat devient majoritaire dans ces sociétés, jusqu'à là propriété de multinationales. Celles-ci conservent une part minoritaire du capital, mais perdent le droit de contrôle sur la gestion de ces industries.
Sur le plan agraire, le gouvernement décide une redistribution des terres au profit des paysans indiens, jusque là privés du droit de propriété du sol. Or, dans les plaines et les plateaux de l'Est de la Bolivie, la terre cultivable est le bien de quelques familles blanches ou créoles. C'est ainsi, que dans les seuls départements de Beni et de Santa Cruz, 312 966 ha appartiennent à seulement seize familles, qui les ont accaparés, entre 1953 1992, grâce aux dictatures militaires. La famille Monastenos Nieves détient plus de 36104 ha; une autre, 54198 ha; une troisième, 24934 !
On comprend que le président Evo Morales ait rencontré de puissantes oppositions à la réforme agraire, et aux nationalisations, jusqu'à l'intérieur de l'Assemblée. En effet, si le MAS dispose de la majorité des élus, la Constitution, qui était encore en vigueur, exigeait  un  vote des 2/3 des parlementaires pour faire adopter les réformes...
Morales a du imposer une nouvelle Constitution, démocratique celle-là, pour appliquer son programme. Les représentants de l'oligarchie bolivienne ont bataillé dur pour retarder un vote obtenu, en l'absence des parlementaires hostiles, par 164 voix sur les 255 élus que compte l'Assemblée. Et cela grâce la pression populaire des paysans et des mineurs, mobilisés.
Tout au long de 2007, le gouvernement d'Evo Morales a dû compter avec diverses agitations violentes, fomentées par la bourgeoisie, qui refuse de céder son pouvoir économique. C'est ainsi que les propriétaires de mines privées, abusivement appelées "coopératives", s'en sont pris aux mineurs d'Etat pour tenter de s'emparer des biens de la Nation. Les affrontements ont fait plusieurs morts, mais la manoeuvre a échoué.

Aujourd'hui, la population blanche et créole de plusieurs départements, ceux de Santa Cruz, de Beni, de Pandro, de Tarija (départements qui détiennent les richesses du pays - hydrocarbures et terres riches agricoles- )tente de briser l'unité de la Bolivie. Sous couvert "d'autonomie" de ces départements, ils exigent que ceux-ci gardent, à leur profit, l'essentiel des gisements de gaz, et leurs immenses propriétés agraires. Un premier référendum pour "l'autonomie" du département de Santa Cruz a eu leu le 4 mai. Jugé illégal par le gouvernement, ce vote est présenté comme l'expression de la "démocratie" par nos médias occidentaux. Les menées sécessionnistes sont soutenue financièrement par l'Ambassade des Etats-Unis et la NED (National Endowment for Democracy) qui prodiguent largement des centaines de millions de dollars aux dirigeants de la subversion. Ceux-ci, les préfets des départements en question (les gouverneurs) comme Rubèn Costa à Santa Cruz, des gros industriels, tel Branko Marinkovic, ont crée des "comités civiques" pour entrainer la population, organiser des manifestations, des grèves économiques. Ils veulent créer le désordre "au nom de la démocratie" pour,disent-ils, "préserver la nation Camba" (blanche et créole), de la "nation  Criolla" (les indigènes indiens de l'Ouest andin). Ceux-ci sont considérés comme des "paresseux", incapables de  gérer le pays. Ils sont un "boulet au pied" des riches.

L'objectif est, en fait, de mettre un terme à l'expérience progressiste d'Evo Morales, par tous les moyens. On se croirait revenu en 1973, au Chili d'Allende, ou au Venezuela, en 2002, quand un putsch organisé par Washington avait voulu éliminer Hugo Chavez.
Il s'agit d'une guerre de classe, doublée d'une violence raciste, menée à l'encontre de la majorité des Indiens pauvres et des travailleurs de Bolivie.

Que va faire Morales ?
Que vont tenter les nantis des provinces rebelles ?
Déjà, le Président bolivien a reçu le soutien de l'Organisation des Etats Américains (OEA) qui considère les référendums comme illégaux.
Tout va dépendre du soutien, non seulement des Indiens, mais également des ouvriers, des mineurs (et de leurs syndicats), au président de la Bolivie, ainsi que de la volonté de celui-ci de faire respecter l'ordre démocratique par l'appui populaire.
Il est nécessaire aussi, en France comme en Europe, de développer la solidarité internationaliste envers l'expérience progressiste bolivienne.
La prise de position de Danielle Mitterrand, en soutien au peuple bolivien, constitue un geste qui doit permettre, dans notre pays, d'élargir la solidarité active des secteurs les plus larges de la population pour mettre en échec la contre-révolution, téléguidée par l'Empire étatsunien, en Amérique latine.

par Jean Lévy publié dans : Contre l'impérialisme
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Lundi 5 mai 2008

Il y a un an, Nicolas Sarkozy était élu président de la République.  Avec 19 millions de voix, il obtenait alors 53% des suffrages exprimés et 43% des inscrits. Après un an de "règne", les médias, à l'unisson,  tentent d'établir un bilan de l'action réalisée, de l'évolution de l'attitude et du comportement du personnage, des réactions de l'opinion publique, mesurées à travers des sondages, vis-à-vis de la politique menée au cours des douze mois écoulés.
D'abord, une remarque : les résultats des sondages sont tributaires des questions posées et des termes employés. Ainsi, le mot "réforme", utilisé par le sondeur, recouvre des lois au contenu différent. En général, il s'agit de mesures qui visent la mise en cause d'acquis sociaux. Peuvent-elles être appréciées de la même manière par le cheminot qui veut défendre ses droits (le service minimum dans les transports, par exemple),  ou par l'usager gêné, à qui  on répête qu'il est "toujours pris en otage par les grévistes", ou par le patron pour qui toute avancée sociale est une "contrainte insupportable" ?
La "réforme", si chère à Sarkozy, est toujours présentée comme une "modernisation indispensable au futur de notre société". La "réforme" ne peut donc être condamnée que par des gens ou des "féodalités" accrochées à leur "conservatisme" et au passé. Pétri de cette philosophie-là, répandue par les médias, le choix du sondé est vicié par nature.
Qui veut se ranger parmi les "conservateurs" ?
Le sondage se veut l'instantané d'une situation, mesurée en "pour" ou "contre". Aussi, la formulation de la question pèse lourd sur le sondé.
Exemples : qui peut se dire adversaire d'une réduction de l'imposition sur le montant de l'héritage, en pensant à ses enfants ? Ou même d'une baisse d'impôts, en songeant à son tiers provisionnel ? Ou bien de supprimer les indemnités aux  faux chômeurs ?

Quel serait le résultat de l'enquête si les questions étaient rédigées en termes politiquement inverses ?
Approuvez-vous le remboursement de millions d'euros d'impôts aux plus riches, alors que le gouvernement refuse vos revendications, "parce que "les caisses de l'Etat sont vides" ?
Trouvez-vous normal de ne plus verser d'allocations aux privés d'emploi qui refusent une embauche avec un  salaire minoré de 30% ?
Considérez-vous logique que Quarante sociétés amassent 100 milliards d'euros de profit en 2007, et que leurs patrons vous refusent le Smic à 1500 euros ?

Aussi, malgré la mise en condition de l'opinion publique et les questions biaisées des organismes de sondage, les Français ne sont pas contents et l'expriment* :

 - 66% des sondés sont mécontents de l'action de Nicolas Sarkozy, contre 32% de satisfaits,
 - 63% n'apprécient pas la manière dont Sarkozy exerce ses fonctions,
 - 60% sont hostiles aux réformes entreprises, contre 40% d'un avis contraire,
 - 60% s'élèvent contre la réforme de la carte hospitalière,
 - 66% sont contre le non-remplacement des 11.000 enseignants,
 -72% se disent contre l'envoi d'un contingent supplémentaire de militaires en Afghanistan
,
Par contre,
 - 84% jugent positive la possibilité de disposer plus vite de leur participation aux bénéfices de leur entreprise, 
 - 73% apprécient la défiscalisation des heures supplémentaires,
 - 73% sont pour le 'service minimum' dans les transports,
 - 82% approuvent la réforme des droits de succession,
 - 54% se déclarent d'accord avec l'obligation de cotiser 41 annuités pour la retraite,
 - 80% soutiennent les peines plancher, en matière de justice.

Compte tenu des remarques préalables sur la fiabilité des sondages, chacun peut mesurer l'impopularité globale de Nicolas Sarkozy et de sa politique, un an après son  accession sur le trône. Certes, quelques mesures sont encore jugées positives. Mais le jugement porté sur l'ensemble est sévère.
Cependant, le mécontentement, qui en résulte, ne débouche pas sur le développement des luttes sociales que l'on pourrait espérer. Le Premier mai n'a pas rassemblé les foules escomptées.
Pourquoi ?
L'hostilité grandissante vis-à-vis du Président et de son gouvernement ne trouve aucune issue politique à la crise de confiance de la population. La "gauche" sociale-libérale, sous l'emblème du Parti socialiste, n'apporte aucune alternative. Au contraire, les déclarations de ses dirigeants confirment l'ancrage du PS à l'Union européenne et à l'économie de marché. Autrement dit la continuation de la politique de régression sociale du pouvoir actuel.
L'absence d'une force révolutionnaire, avec un parti réellement communiste, se fait durement sentir. Le manque de conviction, dans une lutte frontale de masse, de la CGT, rend la nécessaire riposte populaire difficile à organiser.
Dans ces conditions, on peut se poser la question :
"Comment, la colère ouvrière - celle des usines et des quartiers, des salariés et des privés d'emploi - trouvera-t-elle à s'exprimer ?"

* Sondage "Opinion Way" pour Le Figaro, publié le 5 mai 1008




par Jean Lévy publié dans : Politique
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Lundi 5 mai 2008
A mon blog "La Zona : la guerre des classes", j'ajoute aujourd'hui une critique du film rédigée par Fabien Lévy, étudiant, 18 ans, réalisateur de plusieurs courts métrages de qualité.

La ZONA, propriété privée

 

Premier film long du réalisateur mexicain Rodrigo Pla avec Daniel Gimenez Cacho (la mauvaise éducation 2004), Maribel Verdu, Carlos Bardem.

 

 

Au Mexique, à l’heure où les enlèvements surviennent à la même fréquence que les vols à l'arraché de portable en France, les personnes aisées se sentent de plus en plus menacées ; le problème de l’insécurité a largement dépassé celui de pays comme le notre.

 

Dans ce pays d’Amérique Latine, la fracture sociale est très nettement visible et le climat d’insécurité ne fait que renforcer les inégalités de conditions de vie. C’est ce contraste très marqué que nous fait découvrir le film « la Zona » à travers un magnifique scénario tenant autant de la fiction que de la réalité.

 

Dans un tel climat, l’insécurité justifie aujourd’hui les moyens comme par exemple la construction de zones barricadées à l’intérieur desquelles se retrouvent de riches propriétaires craintifs du contexte national : ainsi la Zona est l’un de ces territoires privés où de riches propriétaires se sentent en sécurité grâce à des infrastructures de surveillance hyper développées.

Mais alors que ses habitants se renferment un peu plus chaque jour sur une haine injustifiée envers la populace des bidonvilles, une brèche s’ouvre accidentellement sur le mur de la Zona ; et quand les habitants apprennent le drame qui arrive dans une des somptueuses propriétés de la zone, une panique irrationnelle s’installe.

 

Cette panique visible sur les visages, audibles par les coups de feu tirés illégalement par des propriétaires prônant la légitime défense, ressentie dans cette envie de traquer la bête entrée dans la zone, est volontairement amplifiée au conseil de sécurité de la Zona – une sorte de comité de propriétaires où des délégués prennent les décisions pour l’ensemble du campus –.

Alors que deux cambrioleurs ont été assassinés dans leur tentative de fuite, une dernière bête reste à abattre : après un vote – sur la question de faire appel à la police – qui fait l’unanimité au sein du conseil de la Zona grâce aux arguments propres à une vengeance insensée, la chasse est ouverte.

Les tentatives d’un inspecteur de police de mener une enquête seront-elles écrasées par le problème qui touche plus que jamais la police mexicaine ? Le chasseur réussira-t-il à s’emparer du gibier ? Quel impact auront les événements sur les habitants de la Zona ? Qu’en sera-t-il pour la pauvre mère du jeune coincé dans les grilles de la haine ? Retrouvera-t-elle son fils 

A travers de magnifiques plans, une mise en scène spectaculaire et des acteurs de qualité, le réalisateur nous ouvre grands les yeux sur un pays corrompu où la sauvagerie humaine est à son paroxysme. Que se passe t-il quand ceux qui se sentent traqués au point de se renfermer dans des ghettos barricadés matériellement riches, traquent pour défendre leur patrimoine mais surtout pour obéir aux dures lois de leur désir irrationnel de sécurité qui vire à la haine ?

 

 

par Jean Lévy
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Samedi 3 mai 2008

Le Monde 2" du 3 mai (le supplément du quotidien, le vendredi), livre ses "archives".
Celles-ci portent sur le "Tibet. Un demi-siècle d'oppression
".
Vous l'aurez compris, il s'agit d'une enquête impartiale, documentée, en tous points conforme aux qualités requises pour un journal de référence. Les sujets abordés sont explicites :
"Entretien avec le dalaï-lama", "Nous retrouvons notre terre", "Le dieu-roi fuit Lhassa", "L'invasion chinoise", "Les fausses idées sur le Tibet" et "La propagande par l'image".
Il faut vous rassurer : les deux derniers titres, comme on pourrait l'imaginer,  ne visent pas, de la part du Monde, à effectuer une quelconque auto-critique.
Le texte de tous les articles, au long des neuf  pages de l'enquête, est à l'avenant.
Ca commence par une interview de "Sa Sainteté", effectuée en ...1970 par Maryse Choisy "écrivain et psychanalyste", et publiée, alors par Le Monde des 23 et 24 août de cette année-là :
"Je suis tibétain. J'aime mon pays. Le Tibet était indépendant. Maintenant, il est occupé par des soldats étrangers (...) Je suis très reconnaissant au monde libre qui a compris les problèmes d'un pays en quête d'indépendance et qui nous aide".
1970, c'était l'époque où "le monde libre" "aidait", par les moyens que l'on sait, le Viet Nam en quête d'indépendance. Maryse Choisy et Le Monde d'hier et d'aujourd'hui, ne sont pas choqués par cette déclaration.
Au contraire. l'article vire à la dévotion. Il baigne dans  l'encens :
"Je ne sais quoi d'ineffable rayonne, joue avec les sons et les sens. Le mot 'surnaturel me vient aux lèvres. Personne n'a remarqué ce fait insolite en plein XXème siècle. A la barbe des troupes d'occupation, Sa Sainteté, sa mère, ses soeurs, son petit frère, ses ministres et toute sa suite ont quitté Lhassa (en mars 1959). Malgré les avions chinois, cette colonne de trois cents personnes, qui ne saurait passer inaperçues pendant un mois de marche à travers les cols neigeux des Himalayas, a pu franchir la frontière. On songe à la nuée qui protégeait Moïse et le peuple élu quand ils s'enfuirent d'Egypte".

A cette prose divine succède des éléments "d'information", toujours repris dans la prose du quotidien du soir, à différentes époques. C'est ainsi que Manuel Lucbert, dans Le Monde du 18 mars 1984 décrit, sous le titre "Le dieu-roi fuit Lhassa", le départ du dalaï-lama en mars 1959. Reprendre en 2008, un article publié en 1984, relatant un fait qui s'est produit vingt-cinq ans plus tôt, c'est ce qu'on appelle être à la pointe de l'information !

Ensuite, une chronologie rappelle les principales dates qui ont marqué les rapports entre la Chine et le Tibet :
"1244 Le Tibet tombe sous la domination mongole.
 1368 La dynastie Ming (chinoise) prend le contôle du territoire jusqu'en 1517 où les mongols reconquièrent Lhassa.
 1720 L'armée mandchoue entre à Lhassa.
 1904 Les Britanniques occupent Lhassa.
 1914 Londres reconnaît la 'suzeraineté' de Pékin sur le Tibet.
 1950 L'armée chinoise pénètre au Tibet
."

C'est ce que Le Monde nomme L'invasion chinoise.
(
Extraits du Bulletin de l'Etranger Le Monde du28 octobre 1950)
Que peut-on retenir de ces dates ?
Depuis le XIII ème siècle, le Tibet fait partie de la Chine, quelle qu'en soit la dynastie au pouvoir à Pékin, Ming, mongole ou mandchoue. Ainsi, cette province est chinoise bien avant que Lille et la Flandre ne soient françaises (sous Louis XVI). Ne parlons pas de la Savoie et du comté de Nice, seulement français depuis 1860...

Certes, au début du XXème siècle, en 1914, l'accord tripartite de Simla (Grand-Bretagne, Chine et Tibet) établit une "suzeraineté" de Pékin sue Lhassa. Mais les Chinois s'opposent à ce que les Tibétains soient traités à égalité avec eux, et refusent leur signature.
Rappelons qu'à cette époque, la Chine est exsangue à la suite de  la guerre de l'Opium. Au XIXème siècle, les Etats occidentaux, lui ayant imposé des "traités inégaux" avec ses "concessions étrangères", dominent les ports chinois.
De cela, Le Monde n'y fait nul écho.
Plus grave encore, le quotidien du soir publie une carte du Tibet, qualifié "d'historique" (celui que revendique le dalaï-lama), qui déborde largement de la Région autonome. Il englobe  des provinces de population chinoise où vit une minorité de 2, 6 millions de Tibétains.

Cette présentation unilatérale et tronquée du problème tibétain, par Le Monde, est exemplaire des méthodes toujours employées  par ceux qui veulent justifier leurs revendications territoriales.
Cela mène à la violence et à la guerre comme moyens pour résoudre l conflit.

C'est ce que fit Hitler avec la minorité allemande des Sudètes, la région tchèque frontiére, avec son annexion par "l'accord de Munich", et la Seconde guerre mondiale.
On se souvient de la campagne médiatique pour "ces pauvres Kosovars, maltraités par les Serbes", la guerre que l'Occident mena contre la Serbie en 1999, et le dépeçage de celle-ci qui s'ensuivit.
Aujourd'hui, en Bolivie, c'est toujours au nom de "l'autonomie" d'une province, celle de Santa-Cruz où sont concentrées les 2/3 des richesses minières et énergétiques du pays, que les intérêts privés (et Occidentaux), s'en prennent à la souveraineté et à l'unité de l'Etat bolivien. En effet, son Président, Evo Morales, a décidé la nationalisation du gaz pour en faire profiter toute la population, et d'abord les plus pauvres, d'origine indienne.
Ce qui ne fait pas l'affaire ni des propriétaires, ni des multinationales, qui préparent des affrontements.

Face à l'intoxication de l'opinion publique, nous devons être vigilants :
ça commence par une offensive médiatique et ça finit dans le sang.

par Jean Lévy publié dans : Contre l'impérialisme
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Samedi 3 mai 2008

La première fois, Nicolas Sarkozy a divorcé pour se remarier avec Cécilia.
La seconde fois, il a divorcé pour épouser Carla.
Le troisième divorce a  lieu entre le Président et l'opinion publique.
Plusieurs sondages attestent le "désamour" des Français pour Nicolas.
Et cette fois "c'est du sérieux".
Les commentateurs, médias et politiques,  s'interrogent gravement, tels les médecins de Molière, sur les raisons et la profondeur du mal. "La foi, vous dis-je", proclament les premiers. "Le coeur n'y est plus" constatent les seconds.
Pourtant, Sarkozy a pris et prend toujours des "mesures courageuses" : il a purgé tant qu'il a pu le revenu des pauvres. Il a usé de sangsues, nombreuses et gourmandes,  qui ont tiré le plus d'argent possible de ceux qui n'en avait guère.
Rien n'y a fait.
"C'est une question d'humeur", ont conclu nos praticiens, s'exprimant dans la langue du chanoine d'honneur de Saint-Jean de Latran.
Quels remèdes apporter avant que la maladie n'emporte le malade ?
La cour est unanime : continuer le même régime ! Il faut poursuivre la réforme. Ou bien le patient en crèvera, ou, s'il s'en remet, c'est que la potion est magique. Or, la magie, nous assure le Larousse, "c'est l'art prétendu de produire des effets contraires aux lois naturelles, au moyen de pratiques bizarres".
N'en nous sommes pas là avec la politique "cacquarantaine" de Nicolas Sarkozy ?
Prendre aux pauvres pour donner aux riches, n'est-ce pas "un effet contraire aux lois naturelles" ?
Mais le plus grave, c'est que la maladie ne touche pas que la France, et seulement le "côté droit". Le "côté gauche" est au moins aussi atteint.
Regardez l'Italie et Rome, la Grande-Bretagne et Londres. Les patients d'outre-manche et ultramontains se séparent également de leurs docteurs émérites pour se jeter aussi vite dans les bras d'autres experts en médecine dure.
Comme les praticiens, d'un bord comme de l'autre, ont été formés dans les mêmes facultés, ont appris dans les mêmes livres sacrés, ils imposent les mêmes ordonnances, la diète aux malades atteints d'anorexie, des saignées aux grabataires et la purge quotidienne aux bébés comme aux pépés. Seule différence entre les augustes docteurs : la couleur de leur livrée. Pour les uns, elle est bleue. Pour les autres, elle est rose.
Si la promotion "bleue" de la faculté, en France, ne faisait plus recette, avec la promotion "rose", la relève est prête avec ses sangsues et ses lancettes.
Nos malades pourront changer de médecins, ils retrouveront les mêmes médecines.
Telle est du moins l'espérance de nos "diafoirus" modernes.

par Jean Lévy publié dans : Politique
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Vendredi 2 mai 2008

Nicolas Sarkozy, le Premier mai à Aix-la-Chapelle, a fait la cour à Angela Merkel, à l'occasion de la remise à celle-ci du prix Charlemagne. Au-delà de la "déclaration d'amour" du Président français, destinée à la chancelière d'Allemagne, propos d'un humour graveleux sur 'leur couple' et leurs multiples 'rendez-vous', Sarkozy a voulu se servir du lieu et du symbole - la salle du couronnement de la mairie -  pour glorifier le nouvel Empire que devrait constituer l'Europe.
Mais qui en sera le nouvel l'Empereur ?
Carolus Magnus est considéré, de l'autre côté du Rhin, comme un empereur germanique ("Karl der Grosse", en allemand), et la capitale de l'empire qui s'étendait de la Catalogne jusqu'à la Bavière, et de la mer du Nord à la Lombardie et à la Westphalie, se trouvait à Aachen (Aix-la Chapelle). D'où le lieu de la cérémonie d'hier.
Mais ce que n'a pas évoqué le Président de la République, c'est la brièveté de cet empire. Né en 800, au couronnement de Charlemagne, il s'est éclaté en trois Etats, quarante trois ans plus tard, à Verdun, où fut signé le traité de démantèlement.
D'autres empires  se sont formés au cours de l'histoire qui, eux aussi, devaient être "éternels". Pourtant, ils ont suivi le même sort. L'empire de Napoléon Ier a duré dix ans, englouti dans les ruelles espagnoles du fait de la guérilla, et les neiges russes. L'empire hitlérien de la nouvelle Europa, de l'Atlantique à la Volga, devait durer "mille ans". il s'est écroulé dans les ruines de Stalingrad, au bout de dix années, lui aussi.
C'est dire qu'il y a loin de la coupe aux lèvres pour les faiseurs d'empire.
La 'grosse' cérémonie d'Aix-la-Chapelle ne peut-être séparée de l'esprit dans lequel se "construit" l'Europe, c'est-à-dire l'Union européenne. Nicolas Sarkozy, à Tunis, a lâché le morceau. Prônant l'Union pour la Méditerranéenne, sa grande idée, le Président  a évoqué la conjonction de "l'intelligence du Nord" et de "la main d'oeuvre du Sud" (une association Capital-Travail, en quelque sorte !). On ne peut être plus clair. Autour de la "Mare nostrum"  de l'Union européenne - Sarkozy (et ses patrons du CAC 40, en premier lieu), envisagent une nouvelle "collaboration" entre "maîtres et esclaves". Un nouveau Code Noir hérité de Colbert, en quelque sorte.
Mais les Européens d'aujourd'hui, n'inventent rien. Le 21 mars 1942, Hitler confiait au Gauleiter Fritz Sauckel la tâche de mobiliser la "main d'oeuvre" de la France occupée pour la mettre au service de "l'intelligence" nazie. Devant le peu d'empressement des salariés français à se rendre en Allemagne, Sauckel et le gouvernement (très "européen" de Vichy) vont décrèter le Service du Travail Obligatoire, le fameux STO. On connaît la suite.

Certes, Sarkozy n'est pas le seul politicien à revendiquer l'Europe-Empire. Avant lui, Dominique Strauss-Kahn avait usé du terme et en définissait les contours : "des neiges du Pôle aux rives africaines".
Comme quoi les grands esprits (européens) se rencontrent.
Cette similitude de pensée sur l'essentiel explique la concordance de leur politique.
C'est ce qu'on appelle l'alternance.

par Jean Lévy publié dans : Europe
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Jeudi 1 mai 2008

Construite à proximité des favelas de Mexico - les bidonvilles d'Amérique latine - qui s'étagent sur des collines jusqu'à l'horizon, "la Zona" est un domaine pavillonnaire, réservé aux riches, interdit aux pauvres.
Cerné par tout un réseau de hauts murs garnis de barbelés et constellés de caméras, cette cité abrite dans de confortables villas une population qui se veut à l'abri des "autres", protégée à la fois par un réseau "hight tech" électronique et par une législation intérieure propre, élaborée par ses habitants, en dehors de la loi commune.

"La zona"* est un film réalisé par Rodiguo Pla, réfugié politique au Mexique, dont la famille à fui l'Uruguay, en 1978.  
Pour lui, la réalité est encore plus terrible  que sa fiction : plus de 20% de la population mexicaine vit dans des favelas aux conditions misérables. Cela engendre une violence extrême. Les kidnappings sont quotidiens. Ils  visent à extorquer des rançons. Les classes moyennes sont les principales victimes, les riches ayant les moyens de se protéger. Dans une "Zona", par exemple.
Le film nous conte une péripétie de cette opposition brutale entre des familles ainsi "protégées" et l'immixion dans leur univers de trois jeunes venus pour  cambrioler. Deux d'entre eux sont massacrés. Le troisième, un ado de seize ans, se cache dans la cité.  Une battue est organisée.
"C'est la meute des honnêtes gens qui fait la chasse à l'enfant", comme l'a écrit Jacques Prévert..
Nous pouvons ainsi mesurer l'ampleur que prend la haine de ces riches vis-à-vis des pauvres.
Bardés de certitudes, ces nantis vivent dans la peur. Ils se sentent en permanence encerclés au milieu d'une multitude hostile. Ausi, ils s'enferment, au mental comme sur le plan technique, dans une "forteresse assiégée" où ils estiment avoir tous les droits, y compris le droit de tuer. Le scénario nous en montre tous les aspects. Il nous fait découvrir comme un condensé de cette société totalitaire.
La police gangrénée par la corruption absolue laisse faire, y compris les meurtres.
Rodrigo Pla pointe du doigt le type de société que la "globalisation" capitaliste engendre par le fossé insondable qu'elle creuse au sein de la population mondiale. Déjà, près d'un milliard d'hommes, de femmes et d'enfants vivaient, en 2003 dans des "favelas", des "barrios", des bidonvilles immenses.  Ceux-ci germent comme une pourriture qui se répand sur le globe, à l'ombre des oasis des riches.
Faut-il évoquer le plus grand bidonville mondial, de plus d'un million d'habitants, au coeur de Mumbaï (l'ancienne Bombay) qui côtoie les opulents quartiers d'affaires de la métropole indienne en pleine expansion ?
La Zona serait-il un film d'anticipation, à l'échelle du globe ?
Serait-elle une illustration de la "civilisation" que le Capital nous prépare : une minorité de maîtres du monde, dominant dans leurs bunkers, la masse des esclaves réduits à la misère ?

Peut-on éclairer d'une meilleure façon la lutte des classes qui se développe sous nos yeux ?

*
La Zona, propriété privée
    un film de Rodrigo Pla


par Jean Lévy publié dans : Lutte de Classe
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