Face à montée en puissance du mécontentement des Français, voire de leur colère, qui émerge çà et là, Nicolas Sarkozy a tenté, mardi, à Saint-Quentin, de justifier sa politique. Mais le président
est prudent. Il a pris toutes ses précautions. Il veut bien parler « au peuple », mais de loin. Et bien protégé :
La visite de Nicolas Sarkozy avait "donne des suées aux autorités chargées de sa sécurité", d'après Le Courrier Picard ».
« Les services de sécurité étaient sur les
dents », précise son site, qui ajoute :
« Cette fois, on ne dépasse pas les 700 policiers mobilisés pour
1600 habitants, il y a près d'un mois, à Daumeray (Maine-et-Loire) ou les 1265 gendarmes déployés lors d'un déplacement dans la
Drôme le 3 mars ».
Mais tout de même: "ce sont près d'un millier de policiers
et CRS qui seront affectés ce mardi à Saint-Quentin pour la sécurité du président et de sa suite", selon Le Courrier Picard.
« Des centaines de
policiers et de gendarmes seront déployées tout au long du parcours qu'empruntera Nicolas Sarkozy, essentiellement dans le centre-ville de Saint-Quentin », indique L'Aisne Nouvelle.
« Des CRS devraient également être déployés en masse ».
Saint-Quentin, ville morte !
70 rues vidées, aucune voiture garée en centre ville, interdiction de circuler de 13 à 22h : Saint-Quentin est une ville
morte pour recevoir la visite de Nicolas Sarkozy. On comprend l’inquiétude de ce dernier :sa visite qui ne plaît
pas à la population. Le site du quotidien local L'Aisne Nouvelle
pose cette question à ses lecteurs sur son Internet : « Vous réjouissez-vous de la venue de Nicolas Sarkozy à Saint-Quentin le 24 mars? » Résultat ce lundi à 11h : 85 % des gens se sont prononcé contre !
Des barrières de sécurité déjà installées autour du palais des sports où Nicolas Sarkozy fera son discours, des
panneaux d'interdiction de circuler et de stationner partout dans le centre-ville... « Mardi, de 13 h 30 à 22 heures, le centre de Saint-Quentin sera quasi mort », écrit L'Union
qui détaille le dispositif mis en place. « Du jamais vu qui va créer sûrement une
énorme pagaille dans l'après-midi », selon Le Courrier
Picard.
.
Certes, la salle retenue pour le meeting a connu une affluence certaine : de trois à quatre mille personnes ont
applaudi le Chef de l’Etat. Mais qui composait cette foule ?
« Les invitations ont été envoyées, mais pas à n'importe qui, le gotha et les encartés UMP en ont même reçu plusieurs. Et il
faudra présenter sa carte d'identité pour accéder au site où le chef de l'Etat prononcera son discours. Rappelons que lors de son meeting électoral en janvier 2007, l'enceinte était pleine à
craquer de Sarkophiles », précise Le Courrier
Picard...
Une partie de la population de Saint-Quentin. s’était donné rendez-vous pour manifester contre Sarkozy. Un bon millier était maintenu hors du périmètre de sécurité, à l’autre bout de la ville, à l’appel de la CGT, soutenu par le PCF et aussi les socialistes.
Quelques centaines qui voulaient « aller à la rencontre du Président » ont été refoulés sans ménagement par les CRS.
Pendant ce temps-là, Nicolas Sarkozy pérorait devant ses invités dûment choisis :
« Je veux leur dire que ce sera dur mais qu'on va s'en sortir, qu'il faut rester unis et qu'il
faut comprendre que (...) les souffrances qu'engendrent cette crise nous concernent tous, je dis bien tous. Nul ne peut espérer s'en sortir
seul »,
Le chef de l'Etat faisait notamment allusion aux dirigeants d'entreprises qui multiplient les plans
sociaux ou s'octroient des bonus et des stock-options malgré la crise, mais également aux détracteurs de l'action gouvernementale.
Il n'a, toutefois, pas évoqué le dépôt d'un projet de loi pour mettre fin à ces pratiques, comme il
en avait été question. Disserter et faire des effets de manche, le Président sait faire. Mais sanctionner des patrons, en particulier ceux du CAC 40,
ses proches amis qui lui prêtent yacht et jet privé, pas question !
Sarkozy s'est contenté de sommer « les partenaires sociaux de parvenir avant juin à un accord sur le partage des profits, faute de quoi une législation sera étudiée à partir de
l'automne ». De quoi satisfaire les ouvriers de Continental, virés comme des malpropres.
« Chacun doit s'efforcer de ne
pas céder à la démagogie, car comme toujours la démagogie engendre le populisme et chacun doit se demander tout le temps (...) si ce qu'il décide est juste car la crise, avec les sacrifices qu'elle impose, rend l'injustice encore
plus insupportable », a-t-il insisté. Rires à la Bourse !
Le chef de l'Etat a également souligné que s'il avait le devoir d'entendre ceux qui manifestent, il
avait aussi celui de tenir compte « de ceux qui ne défilent pas » mais qui n'en souffrent pas moins de la crise actuelle.
Il songeait certainement à ces dirigeants d’entreprises, contraints de renoncer, provisoirement, aux
parachutes dorés face à l’opinion publique.
Prudent, Nicolas Sarkozy a admis que nul ne pouvait prévoir le terme de cette crise, ses
conséquences et les changements qu'elle engendrera dans le monde. Il a ajouté que ce n'était pas une raison pour « se laisser
aller au renoncement. »
C’est pourquoi, il a réaffirmé qu'il voulait poursuivre « ses réformes » et qu'il n'entendait pas revenir sur le
« bouclier fiscal », qui permet aux ménages
les plus aisés de ne pas payer plus de 50% de leurs revenus directs en impôts, ce qui permet aux milliardaires (en euros) de récupérer des sommes atteignant des centaines de
millions.
« Je ne serai pas le président
qui augmente les impôts », a dit le chef de l'Etat.
Les patrons et les plus riches savent que Nicolas Sarkozy tient ses promesses. Ils ne sont pas
inquiets.
« Face à la crise,
l'immobilisme c'est la mort » a déclaré le Président.
Nul doute là-dessus : les salariés ne vont pas rester « immobiles ».
Pourtant, Alain Minc, conseiller occulte de Nicolas Sarkozy, tente de rassurer celui-ci : dans une « lettre ouverte à mes amis de la classe
dirigeante », publiée le 23 mars dans le Figaro, il se félicite que
« les syndicats essaient de canaliser tant bien que mal le mécontentement et donc de préserver l'ordre social ».
Mais si les travailleurs n’en faisaient qu’à leur tête et décidaient, tout seuls comme des grands, des
moyens de ne pas « préserver l’ordre social », tel que les
patrons l’entendent, mais d’établir le leur ?
Une perspective inquiétante pour le Président.
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