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  Descartes 

Un blog pour parler politique, économie, société, poésie...   

 

 

Le petit timonier n'écoute pas les questions...

 

 

 

Samedi 27 avril 2013

Jeudi, je me suis installé devant ma télévision pour regarder le grand oral de Mélenchon devant les joyeux drilles de l'émission "des paroles et des actes". A ma droite, un petit carnet pour noter - on ne sait jamais, des fois qu'on dirait des choses intéressantes-, à ma gauche une copieuse réserve de mon chocolat préféré. Que voulez-vous, certains soignent leur chagrin en le noyant dans l'alcool, d'autres se suicident au chocolat. Deux heures et demie plus tard, avec ma réserve de chocolat presque épuisée, j'ai fini par éprouver une illumination. Après tant d'années de le regarder, j'ai fini par comprendre ce qui ne va pas dans le style Mélenchon: notre petit timonier n'écoute tout simplement pas les questions, et lorsqu'il les écoute, il n'essaye pas d'y répondre.
Mais avant de poursuivre sur cette question, un mot sur l'émission elle même. Cette émission, censée être l'émission politique phare du service public de l'audiovisuel est le degré zéro de la politique. C'est devenu "on n'est pas couché" en moins drôle et surtout en moins assumé. Au moins Rouquier et consorts ne se cachent pas de faire du divertissement avec une émission pseudo-politique où l'on exhibe les hommes politiques comme des bêtes de foire. Poujadas et consorts, au contraire, ont la prétension de faire une "vraie" émission politique où l'on parle finalement fort peu de politique et l'essentiel du temps est consacré à des questions sur l'image du candidat, sur son langage, sur sa manière de s'habiller et autres préoccupations essentielles du même genre. Les "mini-débats" sont souvent grotesques (1), les séquences "nostalgie" idiotes, et la séquence finale ou des médiacrates "jugent" le politique dépasse l'entendement, même si elle est révélatrice du rôle que la caste médiatique prétend exercer. Seule la séquence "économie" avec F. Lenglet a une certaine ténue et permet un débat qu'on puisse qualifier de sérieux.
L'affaire n'était donc pas prometteuse. Pour tirer quelque chose d'une telle émission, il faut à l'invité des nerfs d'acier et surtout un plan. Devant une meute de soi-disant journalistes qui ne se soucient que du spectacle, c'est à lui de poser une ligne et de s'y tenir, de s'adresser aux spectateurs par dessus la tête de l'interrogateur. Une émission de télévision n'est pas un dialogue avec le journaliste: le dialogue n'est qu'un prétexte pour s'adresser à un public. On a donc le droit d'agresser le journaliste, mais le faire pour se faire plaisir n'a pas de sens. Si on agresse le journaliste, il faut le faire avec un but, en pensant à l'effet que cela aura sur le public. Et Mélenchon et ceux qui l'entourent sont ont suffisamment d'expérience pour le savoir.
De là ma perplexité. La prestation de jeudi consistait essentiellement en une agression permanente et gratuite du journaliste. Celui-ci n'avait même pas la possibilité de poser sa question sans être immédiatement interrompu par un commentaire ou une diatribe de l'invité. Ce qui me pose problème n'est pas l'agression en soi: je n'ai jamais pensé que les journalistes soient des vaches sacrées à qui il serait interdit de donner des coups de pied. Mais l'agression doit servir à quelque chose, faire partie d'une logique. Lorsqu'elle est gratuite, elle donne toujours l'impression que le but de la manoeuvre est de noyer le poisson, et d'empêcher un débat sérieux qui ferait apparaître la faiblesse des raisonnements. Une suspicion confirmée par la faiblesse des réponses de Mélenchon lorsque les questions se font plus précises. Et notamment sur les questions économiques.
Car c'est sur l'économie que Mélenchon est finalement le plus faible, ce qui devrait inquiéter ses partisans à un moment où l'électorat - et surtout l'électorat populaire - met les questions économiques en tête de ses préoccupations. Or, sur les questions économiques Mélenchon a tenu un discours qui a de quoi inquiéter. Prenons par exemple la question de l'activité: Mélenchon a déroulé une explication de la crise qui fleure bon le keynésianisme le plus classique: si notre industrie est en difficulté, c'est parce qu'il n'y a pas assez de demande (2). Augmentons les salaires, et cela fera plus de demande, donc plus d'activité, donc plus de rentrées fiscales et plus de ventes pour les entreprises. Seulement voilà, ce raisonnement est parfaitement rationnel en économie fermée. Mais en économie ouverte, augmenter les salaires cela fait plus d'activité... pour les usines chinoises, coréennes, roumaines, mais pas pour les usines françaises, d'autant moins compétitives qu'on a augmenté les salaires. Une politique nationale de relance ne peut marcher que couplé avec des mesures protectionnistes qui empêchent la "fuite" de la relance vers les économies les plus compétitives.
Le raisonnement sur la dette fut encore plus faible. Mélenchon dit que la dette ne sera jamais payée, et il a en partie raison. Mais il a tort lorsqu'il imagine que cela ne concerne que des messieurs en haut de forme et fumant des cigares. Car une partie très importante de la dette est détenue par des gens comme vous et moi. Prenons un exemple: la retraite des fonctionnaires constitue dans la comptabilité de l'Etat une dette, puisque c'est une charge qu'il faudra payer dans les années qui viennent. Lorsqu'on dit que "la dette ne sera pas payée" ce qu'on est en train de dire c'est que les fonctionnaires ne toucheront pas la retraite à laquelle ils ont droit selon les textes en vigueur ? Oui, cela veut dire exactement cela. Et lorsque Mélenchon parle de payer la dette "avec l'inflation", cela veut dire exactement la même chose: qu'on paiera à partir d'un prélèvement sur l'ensemble de la population. L'affirmation selon laquelle  "la dette ne sera jamais payée" n'est donc vraie que si l'on oublie le fait que le fait de ne pas la payer revient en fait à prélever de l'argent sur les créanciers... et que ce seront eux qui en fait "paieront". Est-ce cela que Mélenchon propose ? Et je passe sur l'idée de "moratoire sur la dette". Que feront les retraités ?
Et enfin, sur l'Euro ce fut le bouquet. Mélenchon nous ressort toujours le même raisonnement: si la France dit "non", le reste de l'Europe - et notamment l'Allemagne - seront si effrayés qu'ils cédéront immédiatement. Un raisonnement que Mélenchon met en parallèle avec celui de la force de dissuasion nucléaire. Le problème, c'est que la dissuasion nucléaire repose sur le principe de la destruction mutuelle assurée: en l'utilisant, un pays se suicide mais provoque chez son adversaire un dommage inacceptable. Et qu'on voit mal en quoi un "non" de la France provoquerait dans le reste de l'Union un "dommage inacceptable".
Ces faiblesses dans le raisonnement mélenchonien sont connues et ne surprendront que ceux qui veulent bien être surpris. Mais ce qui est apparu jeudi, c'est combien la tactique de l'agressivité permanente est utile pour cacher les défauts de ce raisonnement. Comme toute argumentation contraire est diabolisée immédiatement comme un "raisonnement des parfumés", le débat est déplacé vers les motivations du journaliste et on oublie l'objection elle même. Mais cela marche de moins en moins bien. Devant Lenglet, qui pose ses questions sans crier et ne perd jamais son calme, Mélenchon est apparu fuyant et confus. Même Apparu, qui pourtant n'est pas le comble de l'intelligence, a réussi à le mettre en difficulté.
On remarquera par ailleurs que la diatribe "l'avenir de la France est dans la mer" a remplacé la diatribe "l'avenir de la France est la géothermie".... là aussi, on peut se demander s'il ne s'agit pas d'une tactique. Ce sont des propositions absurdes mais comme elles ne sont pas dans la "vulgate", les journalistes n'ont pas travaillé le sujet et hésitent de dénoncer les contre-vérités assénées par Mélenchon de crainte de se faire accrocher. Là encore, c'est la tactique qui domine totalement le fond.

 

Descartes

 

(1) Faut dire que les hommes politiques acceptent n'importe quoi. Un débat entre un homme politique et un demi-mondain style Attali n'a aucun sens. Attali est un - mauvais - écrivain qui doit sa célebrité au rôle de bouffon du roi qu'il a joué dans les années 1980. Lorsqu'il eut l'opportunité de diriger une institution - la BERD - et de mettre donc en pratique ses brillantes idées ce fut un désastre. Il est l'exemple type de ces gangsters intellectuels qui donnent des conseils au monde entier mais qui ne sont pas capables de diriger un magasin de chaussures. Les hommes politiques devraient refuser le débat avec ce genre de personnage, et expliquer pourquoi.

(2) L'exemple choisi était assez révélateur: si PSA est en difficulté, c'est parce que les classes moyennes ne peuvent pas s'acheter une voiture...

Tag(s) : #Economie
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