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Blog d'Olivier Berruyer

3
Déc
2014

 

Un billet de Paul Craig Roberts… Je rappelle que cet économiste et journaliste paléoconservateur américain a été sous-secrétaire au Trésor dans l’administration Reagan (1981-1982), et est un des pères fondateurs des Reaganomics. Il a également été rédacteur en chef adjoint au Wall Street Journal. Sa vision décape, en général… Sans adhérer à tout, elle permet à chacun d’aiguiser son esprit critique…

Source : Paul Craig Roberts, Dave Kranzler et John Titus, www.paulcraigroberts.org, le 8 août 2014.

Le 6 janvier 2004, Paul Craig Roberts et le sénateur américain Charles Schumer ont publié un article commun dans la tribune d’opinion du New York Times intitulée « Réflexions sur le libre-échange. » L’article faisait remarquer que les Etats-Unis sont entrés dans une nouvelle ère économique, dans laquelle les travailleurs américains rencontrent « une concurrence directe internationale à presque tous les échelons – du mécanicien à l’ingénieur informaticien en passant par l’analyste de Wall Street.Tout travailleur dont l’emploi ne demande pas d’interaction quotidienne en face-à-face est maintenant en danger d’être remplacé par un travailleur moins payé, de compétence égale, situé à des milliers de kilomètres. Les emplois américains sont perdus, non pas à cause de la concurrence étrangère, mais à cause des sociétés multinationales qui réduisent leurs coûts en délocalisant dans des pays à bas salaire. »

Roberts et Schumer ont remis en cause la validité du point de vue des économistes selon lequel la délocalisation des emplois ne résulterait que du mécanisme normal d’un libre-échange mutuellement bénéfique, et qu’il n’y aurait pas lieu de s’en inquiéter.

La mise en cause de ce qui était considéré comme le dogme du « mondialisme de libre-échange » de la part — combinaison inattendue — d’un sous-secrétaire au Trésor de l’administration Reagan et d’un sénateur libéral du parti Démocrate de New York, a fait sensation. Un think-tank libéral de Washington, la Brookings Institution, a organisé une conférence à Washington pour que Roberts et Schumer y expliquent, ou peut-être y défendent, leur position hérétique. La conférence a été retransmise en direct sur la chaîne C-Span, qui l’a rediffusée à plusieurs reprises.

Roberts et Schumer ont dominé la conférence, et quand l’auditoire de décideurs et d’économistes de Washington a commencé à comprendre que quelque chose allait effectivement mal dans la politique de délocalisation, en réponse à une question sur l’effet des délocalisations sur les emplois aux États Unis, Roberts a dit : « Dans 20 ans, les USA seront un pays du Tiers Monde. »

Apparemment, Roberts faisait preuve d’optimisme en suggérant que l’économie US durerait encore 20 ans. Dix ans seulement se sont écoulés, et les USA ressemblent déjà de plus en plus à un pays du Tiers Monde. De grandes villes américaines comme Détroit, Cleveland, Saint Louis ont perdu entre un cinquième et un quart de leur population. Le revenu moyen réel des ménages diminue depuis des années, prouvant ainsi que l’ascenseur social qui faisait de l’Amérique une « société de chances pour tous » a cessé d’exister. Selon un rapport d’avril dernier publié par l’organisation Projet de Loi pour l’Emploi National, le revenu médian réel des ménages a chuté de 10% entre 2007 et 2012.

Les Républicains ont tendance à blâmer les victimes. Avant que quelqu’un ne dise « Quel est le problème ? L’Amérique est le pays le plus riche sur terre où même les pauvres ont un poste de télé et peuvent s’acheter une voiture d’occasion pour 2000$, » étudiez le rapport publié récemment par la Réserve Fédérale. Il indique que deux tiers des ménages américains sont incapables de débourser 400$ sans vendre des biens ou emprunter à leur famille ou à des amis.

Même si vous ne le pourriez jamais le savoir en lisant ce que rapporte la presse financière US, les perspectives d’emploi désastreuses auxquelles les Américains font face d’aujourd’hui sont analogues à celles rencontrées en Inde il y a 30 ans. Les diplômés des universités américaines sont employés, quand ils trouvent un emploi, non pas comme ingénieurs informaticiens ou cadres, mais comme serveuses ou barmen.

Ils ne gagnent pas assez pour avoir une existence indépendante et vivent chez leurs parents. La moitié des bénéficiaires de prêts étudiants ne peuvent pas les rembourser. Dix-huit pour cent sont, soit sous recouvrement, soit en retard de paiements. Et 34% ont un report sur leur prêt étudiant. De toute évidence, l’éducation n’était pas la réponse.

La délocalisation des emplois, en réduisant les coûts du travail et en augmentant les gains des entreprises, a enrichi les directeurs des entreprises et les gros actionnaires, mais la perte de millions d’emploi rémunérateurs a fait chuter l’ascenseur social pour des millions d’Américains. En outre, la délocalisation des emplois a détruit la croissance de la demande des consommateurs, dont dépend l’économie des États-Unis. En conséquence, l’économie ne peut pas créer assez d’emplois pour accompagner l’augmentation de la main-d’œuvre disponible.

Entre octobre 2008 et juillet 2014, la population en âge de travailler a augmenté de 13,4 millions de personnes, mais les emplois aux États-Unis n’ont augmenté que d’1,1 million. En d’autres termes, le taux de chômage, par rapport à l’augmentation de la population en âge de travailler pendant les six dernières années, est de 91,8%. Depuis l’an 2000, le manque d’emplois a provoqué une chute du taux de participation à la population active, et depuis que l’assouplissement quantitatif [NdTquantitative easing] a débuté en 2008, le déclin du taux de participation à la population active s’est accéléré.

Il n’y a clairement pas de reprise économique quand la participation au marché du travail s’effondre.

Les idéologues de droite diront que le taux de participation au marché du travail diminue parce que les protections sociales permettent de ne pas travailler. C’est absurde. Durant la même période, les bons alimentaires ont été réduits par deux fois, les indemnités de chômage ont subi des coupes, tout comme nombre de services sociaux. Etre au régime des prestations sociales, dans l’Amérique d’aujourd’hui, c’est être dans une précarité extrême. En outre, il n’y a pas d’offre d’emploi.

Le graphique montre un effondrement du taux de participation à la population active. Les rares petits pics au-dessus de la ligne des 65% montrent les quelques périodes où l’économie a produit assez d’emplois pour absorber la population en âge de travailler. Les pics massifs sous la ligne indiquent les périodes où la pénurie d’emplois a poussé les Américains à abandonner la recherche d’emplois inexistants. Ainsi, ils ont cessé d’être comptablisés dans la population active. Le taux de chômage aux États-Unis de 6,2% est trompeur, parce qu’il exclut les demandeurs d’emploi découragés, ceux qui ont abandonné et quitté la population active parce qu’il n’y a pas d’emploi disponible.

Selon lescalculs de John Williams de Shadowstats.com, le taux de chômage réel aux Etats-Unis est de 23,2%, chiffre en accord avec l’effondrement du taux de participation à la population active aux Etats-Unis.

Au cours des dix années qui ont suivi le cri d’alarme lancé par Roberts et Schumer, les Etats-Unis sont devenus un pays où la norme pour les emplois créés est le temps partiel mal payé dans le secteur des services non-marchands domestiques. Deux tiers de la population vivent sur le fil, incapables de réunir 400$ en liquide. Les économies de la population sont retirées des comptes bancaires pour faire face au coût de la vie.

Les entreprises empruntent, non pas pour investir sur l’avenir, mais pour racheter leurs propres actions et ainsi, faire monter le prix des parts, les bonus du PDG et la dette de l’entreprise. L’augmentation du revenu et de la richesse des « un pour cent » provient du pillage, pas d’une activité économique productive.
C’est le profil d’un pays du Tiers Monde.

Paul Craig Roberts, Dave Kranzler et John Titus, traduction collective par les lecteurs du site www.les-crises.fr 

Tag(s) : #Economie
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