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Le 21 décembre 2007, deux Français, Pierre Creisson et Thomas Dandois, un journaliste et son caméraman travaillant pour Arte, sont arrêtés au Niger. Ils sont accusés par le gouvernement  "d'atteinteà la sécurité de l'Etat". Ils risquent, de ce fait,  la peine de mort pour "collusion avec la rebellion", qualifiée par les autorités, de "ramassis de bandits et de trafiquants". En fait, il s'agit du 'Mouvement des Nigériens pour la Justice' (MNJ), opérant dans le nord du pays, considéré par Niamey comme une simple  révolte  tribale des Touaregs, alors que, récemment encore, il recevait le ralliement des "Forces Armées Révolutionnaires du Sahara", d'origine touboue, et celui d'officiers et soldats déserteurs de l'Armée nigérienne.
Les deux journalistes  souhaitaient faire sur place un reportage sur  le MNJ, mais la région insurgée est interdite d'accès. Aussi, ils avaient indiqué, pour obtenir leur visa,  que le motif de leur voyage était une enquête sur la grippe aviaire...D'où leur arrestation et leur détention, en attendant leur jugement.

En d'autres temps en dans d'autres lieux, cette affaire aurait débouché, en France,  sur une campagne orchestrée mobilisant, non seulement les autorités, mais également et surtout les médias, les défenseurs patentés des "Droits de l'Homme", tous nos "philosophes" en mal de liberté. 
Nous aurions entendu, à longueur d'onde et de JT cet appel outragé :
"!Deux de nos compatriotes, exerçant leur métier de journaliste, sont menacés de mort pour cause de reportage ! Il faut les tirer d'urgence des griffes des dictateurs !". 
Leur portrait fleurirait sur les murs de nos villes. Et songeons à la virulence des propos, si l'évènement s'était produit à Téhéran, à Caracas ou à Cuba. !
Mais c'est à Niamey que Pierre Creisson et Thomas Dandois sont incarcérés. 
Alors, nous assistons à des réactions plus que timides des médias et des ONG.
Ainsi, le rédacteur en chef d'Arte-Reportages déclare que "s'il devait y avoir sanction", celle-ci devrait "être plus adaptée"...
Et plus surprenant encore, le sieur Ménard, le boss de "Reporters Sans Frontières", d'habitude si prompt à dénoncer les "dictatures" cubaine ou vénézuelienne, certes s'est rendu au Niger mais c'est pour dire : "qu'il comprenait "l'angoisse" des autorités nigériennes "devant la rébellion", que le Niger "etait un pays de droit", que "sa souveraineté devait être respectée". 
Ce qui n'est pas, évidemment le cas des deux journalistes qui ont enfreint les lois restrictives aux libertés d'information prises par le gouvernement de Niamey.

On peut donc se poser la question :
 
"
Pourquoi cette réserve de nos médias, dans cette affaire ?"

Peut-être aurons-nous un début de réponse en liant cet évènement à un autre, survenu dans la même période. En effet l'arrestation des deux journalistes français, en reportage dans le nord du Niger, intervient alors que se conclut un accord historique entre Anne Lauvageon, la  PDG d'AREVA, et le Président Mamadou Tandja ? Ce contrat  donne à la firme française le permis d'exploter les mines d'uranium d'Imouraren, situées justement dans le nord du Niger, et dont la mise en chantier représente un accroissement considérable
*
 des stocks de cette matière première, ô combien stratégique, pour le Niger...et pour la France !
Et, coincidence,  la rébellion du MNJ, qui a pour objectif un partage équitable des richesses du sous-sol local, se situe dans le secteur d'Imouraren !
Dans les mois précédents, AREVA et ses représentants au Niger avaient été accusés de connivence avec les rebelles. Un directeur de la multinationale avait été alors expulsé. Depuis,les choses se sont arrangées : AREVA a dû accepter de majorer la facture de l'uranium, de 50%.

Ce contrat pèse-t-il plus lourd que la liberté des deux journalistes ?

* Avec l'exploitation de la mine d'Imouraren, ajoutée à celles de Somaïr et de Comanaka, la production d'uranium du Niger va passer de 5000 tonnes à 8000 tonnes, faisant du pays le second producteur mondial , et AREVA la firme première dans le pays, largement devant celles des Chinois, des Canadiens, des Sud-Africains

Tag(s) : #Contre l'impérialisme
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