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Plus de mille policiers crapahutent, dès les premières lueurs de l'aube,  dans le douar de Villiers-el-Djebel, en terrain "ennemi" : les zones de non-droit des quartiers, dit "sensibles".
Ils recherchent une bande de terroristes qui s'était attaquée, il y a trois mois, aux forces de l'ordre. Cette "opération de police" - c'est ainsi qu'on nommait les offensives menées par les parachutistes contre les combattants du FLN, durant la guerre d'Algérie - a été montée "sur renseignements". Ceux-ci ont été le fruit d'une campagne officielle visant à obtenir de la population locale, des informations, contre rétribution et  sous couvert "d'anonymat". Ce qu'on appelle, en bon français (si l'on peut dire !), un système organisé de délation, de dénonciation, très en vogue dans les Kommandanturs, durant l'Ocupation. 
Donc, "l'opération" s'est développée dans les hauteurs des tours, par les cages d'escaliers, à l'heure du laitier, pour surprendre l'adversaire. Certes,  les portes d'accès aux logements visés étaient de si mauvaise qualité qu'elles se sont brisées à la moindre poussée virile. Le "Police, ouvrez !" n'était plus nécessaire. 
Les forces de l'ordre n'ont saisi aucune arme, mais le bilan de ce raid est positif, selon la police, qui a mis la main sur trente cinq "suspects"*. L'un d'eux "prête d'autant plus au soupçon"*, donc "de qualité douteuse"*,  qu'il est le frère d'un deux jeunes de la cité,  tués dans le carambolage de leur scooter avec une voiture de police. 
Ce dramatique incident est à l'origine des trois nuits de violence qui ont embrasé Villiers-el-Djebel, L'enquête n'a pas encore abouti. Elle n'a donc pas pu déterminer la responsabilité dans cet "accident". Et la parole d'habitants, témoignant à visage découvert, et mettant en cause les affirmations policières, sont plus sujettes à caution que la version des forces de l'ordre, apprise dans les commissariats. Les policiers "caillassés" comptent davantage que la mort de deux ados des "quartiers".

L'opération menée le 18 février a donné lieu à une contestation de la "gauche". Pas sur le bien fondé de cette action, mais simplement sur sa super-médiatisation. En effet, le ban et l'arrière-ban des journalistes, photographes et commentateurs attitrés, avaient été conviés à couvrir l'évènement. Manoeuvre électorale ? Démonstration de l'efficacité sarkozienne, en matière de sécurité ? 
Les hommes politiques d'opposition s'étonnent ou s'indignent de cette popularisation, et seulement de cela.
Pourtant, l'essentiel est ailleurs. 
La honte, c'est "la guerre" menée contre une population, celle des banlieues populaires considérées comme "zones ennemies",  par les "beaux quartiers" et ceux qui les représentent
Faut-il y voir une manifestation du racisme, de la xénophobie qui animent encore la bourgeoisie repue ?
Sans doute ce sentiment perdure. 
Mais au-delà d'une réalité - la présence massive d'une population d'origine immigrée dans les quartiers urbains les plus pauvres - ne faut-il pas inverser les termes de l'équation ? N'est-ce pas du fait qu'il s'agit des plus pauvres, qu'ils sont d'abord considérés comme "dangereux" ? 
Hier, c'était les "barbares" qui peuplaient les faubourgs de nos villes, puis les habitants des "banlieues rouges" qui menaçaient la société. Aujourd'hui, ce sont les fameuses "cités", les quartiers "sensibles" qui font peur aux "honnêtes gens".
En clair, cela s'appelle la lutte de classe.

Tag(s) : #Social
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