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55, avenue Bosquet : c'est le siège du MEDEF. Les médias nous annoncent que "le torchon brûle" entre Laurence Parisot et Frédéric Saint-Geours. Leur rencontre, brève et glaciale, n'a pas apporté de solution au conflit qui oppose l'organisation patronale et sa fédération des Industries des Métiers de la Métallurgie, l'UIMM. De quoi s'agit-il ? La "Propaganda" officielle voudrait nous faire croire que la "patronne des patrons" veut imposer une opération "mains propres" à ses organisations. Prenant prétexte des indemnités pharaoniques versées par l'intermédiaire de Denis-Gautier Sauvagnac pour "payer son silence" ( ne pas divulguer le nom des bénéficiaires des sommes colossales versées dans le secret par l'UIMM), Laurence Parisot se serait donné la mission de "faire le ménage" dans les rangs patronaux. Ainsi, cette affaire ne serait qu'une "bavure" isolée qui déshonorerait le monde de l'entreprise. Et de jurer qu'au grand jamais, dans le passé, les patrons n'ont utilisé les fonds de leurs organisations à des fins politiques ou de stratégie syndicale. 
Ce conte de fées reflète-t-il la réalité ?
L'objectif de "fluidifier les relations sociales", selon la belle expression de 'DGS', a pourtant semblé chose courante à d'anciens responsables du CNPF (l'ancêtre de MEDEF), tels Yvon Gattaz ou François Ceyrac. Selon leurs propos, les négociations avec les syndicats ont toujours nécessité une  "attitude compréhensive" de la part de certains de leurs interlocuteurs. Certes, livrer les noms des corrompus altérerait les relations futures avec ceux-ci, et rendrait plus ardue la conclusion d'accords ultérieurs. Mais, il n'y a pas que cela. Le besoin de se concillier nombre d'élus du peuple et d'obtenir leurs suffrages, lors de votes au Parlement intéressant le patronat, passe également par une "fluidification" des rapports parlementaires. Et il n'est pas bon que les citoyens connaissent ceux de leurs élus qui ont trahi leur confiance. 

Au-delà de ces objectifs, que l'on pourrait qualifier d'alimentaires, il est bon de rappeler d'autres interventions financières, bien plus décisives,  des représentants du Capital dans la vie politique de notre pays.
Limitons nos rappels à une époque encore récente de notre histoire.

Effrayés par l'avènement d'un gouvernement de Front Populaire, en 1936, nombre de patrons, et pas seulement du Comité des Forges (qui deviendra l'UIMM), ont apporté leur contribution aux terroristes de la Cagoule, en 1937, dans leur complot contre la République.  On peut citer parmi les généreux donateurs,  la banque Worms, Pierre Michelin des pneumatiques, Lemaigre-Dubeuil des Huiles Lesieur, Louis Renault des automobiles, Pierre Pucheu du Comptoir sidérurgique (le futur ministre de l'Intérieur de Pétain, qui livrera à l'ennemi la liste des vingt-sept  fusillés communistes de Chateaubriant), Gabriel Jeantet des Ciments Lafarges et aussi Eugène Schuller, de la firme Monsavon-L'Oréal...Certains entreprises avaient, auparavent, suventionné le Parti populaire français, de Jacques Doriot dont on connaît l'odyssée sous l'Occuption. On peut citer les banques Vernes, Dreyfus, Rothschild, Lazard, la BNCI, la banque d'Indochine, sans oublier la banque Worms et son directeur Gabriel Leroy-Ladurie. Nous retrouverons ces hommes et ces entreprises, engagés dans la Collaboration et aussi dans les cercles du pouvoir, à Vichy.

Après la Libération, passée une année de craintes, le patronat revient en force en politique. 
Georges Villiers, maire de Lyon, nommé par Pétain, devient président du CNPF en 1946. Il le restera vingt ans. Dans son sillage, il fait la promotion d'un certain André Boutemy, ancien préfet régional de Lyon, désigné par l'Etat français. Boutemy deviendra, au sein du CNPF, l'homme qui distribue les fonds patronaux. 
Pierre Assouline écrira* :
"Le patronat vient de monter une discrète annexe pour arroser le personnel politique de la IVème République naissante et (...) l'homme fort de cette entreprise est, selon le voeu du patron des patrons, son ami André Boutemy. La société a ses bureaux 3, rue de Penthièvre,dans le 8ème arrondissement. Après ces fameuses législatives de 1951, une liste (incomplète) circule dans les couloirs de l'Assemblée nationale : celle de 160 députés qui ont été aidés dans leur campagne par les services de la rue de Penthièvre...".
Et André Boutemy de préciser :
"Je répète que je n'ai d'autres règles que l'anticommunisme sous toutes ses formes".

Les patrons ne s'arrêteront pas en si bon chemin.
Ils "aideront" financièrement les entreprises anticommunistes de Georges Albertini, un ancien haut responsable de la Collaboration, condamné pour "intelligence avec l'ennemi". Bénéficieront de subventions,  l'Institut d'Histoire Sociale, le centre idéologique de la nébuleuse Albertini, l'Institut Supérieur du Travail" qui va  "former" chefs d'entreprises et hommes de main des "syndicats-maison" contre la CGT, sans oublier l'ALEPS (Association Liberté Economique et Progrès Social), une association d'économistes qui développe les théories ultra-libérales depus 1967. Aujourd'hui, l'ALEPS poursuit son activité avec l'aide directe d'organisations patronales, dont l'UIMM qui lui offre ses locaux. 
Ces quelques exemples d'interventions financières du patronat éclairent d'une lumière crue la réalité des affirmations du MEDEF et de sa présidente.
Alors pourquoi ces dissensions au sein du patronat ?
Ne serait-ce pas la volonté de rééquilibrer ses forces internes, du fait de la désindustrialisation de la France, qui motive les initiatives de Laurence Parisot ? En effet, celle-ci,  PDG de l'IFOP, représente les intérêts des nouvelles technologies, des activités du tertiaire - banques et assurances -  et de la grande distribution, alors que l'UIMM rassemble les entreprises industrielles, en particulier la métallurgie, l'automobile, l'aéronautique, sans oublier le nucléaire avec AREVA. 
Bataille de pouvoir donc,  cette querelle patronale !
Et plus qu'une opération "mains propres", il s'agirait davantage d'une manoeuvre "argent sale"...

*Pierre Assouline, "Jean Jardin, une éminence grise"
texte cité dans "Le dossier Georges Albertini" de Jean Lévy  Editions L'Harmattan

 

 

Tag(s) : #Social
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