Cette date du 30 novembre, dont les historiens font si peu de cas, a été tirée de la poussière par les patriotes en lutte pour leur libération. C’est cette date en effet qui marque l’incorporation définitive de notre île à la France et cela par la volonté même des Corses.

Au Traité de Compiègne, le 15 mai 1768, la mercantile république génoise, impuissante à subjuguer un petit peuple qui lui résistait depuis cinq siècles, cédait la Corse pour deux cent millions de livres à la mourante monarchie française.

Notre île était donnée à bail, comme un enclos, et nos pères étaient assimilés à un vulgaire troupeau. C’est le propre des régimes corrompus et finissants, de conclure de tels marchés.

Non ce n’est pas le 15 mai 1768 que la Corse est devenue française. Et la preuve c’est que les Corses, sous la conduite de Pascal Paoli, se dressèrent pour défendre leur jeune démocratie, la première qui ait été instituée en Europe.

Les milices populaires corses se battront avec héroïsme contre la puissance du nombre, des canons et de l’argent.

Le 8 mai 1769, le Golo coula rougi de leur sang : c’était une victoire de l’absolutisme monarchique sur la démocratie. C’était a force brutale qui s’imposait à la raison et au droit. Non ce n’est pas le 8 mai 1769 que la Corse est devenue française.

L’armée démocratique corse écrasée, Pascal Paoli exilé, la résistance n’en continua pas moins, malgré les pendaisons et les fusillades. C’est Mathieu Zampaglinu qui, avec des partisans, tient la région de Bocognano. C’est Nicodème Pasqualini qui débarque clandestinement et soulève le Niolu. C’est le curé Leca di Guagno, dit Circinellu, qui a juré sur l’évangile de ne jamais se soumettre et que l’on découvre mort dans une grotte, son fusil sur le bras. Et l’on pourrait multiplier les exemples.

La Corse n’est ni soumise ni conquise : la lutte des patriotes, la lutte de ceux que les vainqueurs appellent des rebelles et des bandits, continue comme sous l’oppresseur génois. Mais bientôt la monarchie absolue s’effondre à son tour, la Bastille est prise d’assaut. Les vieux privilèges sont abolis. La Corse participe de la grande Révolution française qui marque le triomphe des principes qui lui sont chers. C’est alors que l’union véritable du peuple de Corse et du peuple de France va se réaliser.

Par la voix de son Député Salicetti, la Corse, qui est encore soumise au régime militaire, demande à entrer dans la grande famille française. Le 30 novembre 1789, l’Assemblée vote, à une très forte majorité, un décret déclarant : « Puisque tel est le vœu du peuple, la Corse fait partie intégrante de la France ».

Cette fois oui la Corse est française, sincèrement, définitivement. Le droit des peuples a disposer d’eux-mêmes a triomphé. Le jeune Napoléon pouvait écrire : « la Nation éclairée nous a ouvert son sein ; il n’y a plus de mer qui nous épare ». Notre histoire prouve donc que seule en fin de compte la volonté des peuples devient réalité. D’autres exemples plus proches encore pourraient être évoqués.

La paix ne peut se construire qu’en respectant le droit sacré des peuples à disposer de leur sort.

Simon VINCIGUERRA                                        

Paru dans La Marseillaise le 30 novembre 1959

Le vœu du peuple

Dans le cadre du 200ème anniversaire de la Révolution française Léo Micheli, le héros de la Résistance et de la Libération corse en 1943, au micro de Kallisté, le 30 novembre 1989 explique :

" Quel était le vœu du peuple corse ? Il aurait pu être l’indépendance. Non, le peuple corse demanda l’égalité avec les autres peuples de la France révolutionnaire. De ce fait l’Assemblée n’enregistra pas un acte de simple adhésion de la Corse à la France !"

En faisant ainsi, application pour la première fois au monde du fameux « droit démocratique des peuples à disposer d’eux-mêmes », la Révolution ouvrait la possibilité à la Corse de participer avec les autres régions, à égalités de droits, à « faire » la France de la Liberté. 

 

Pascal Paoli, le 23 décembre 1789, écrivit : "l’union à la libre Nation française n’est pas servitude mais participation de droit".