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Cette chronique aurait pu également s'appeler "les amitiés particulières", bien que n'ayant aucun rapport, ni avec le film de Jean Eustache, ni avec le roman de Roger Peyrefitte !
De quoi s'agit-il donc alors ?
Nous évoquons la réunion, tenue le 12 décembre 2006, au siège du Groupe des Industries Métallurgiques (syndicat de l'UIMM), à Neuilly, pour célébrer le quarantième anniversaire de l'Association pour la Liberté Economique et le Progrès Social, l'ALEPS.  
Cette association, selon Claude Harmel - qui deviendra son secrétaire général - avait pour but, à l'origine " de contribuer à réhabiliter la pensée libérale, sous tous ses aspects, mais tout d'abord, c'était le plus urgent, sous l'aspect de la liberté économique"*.
Il faut rappeler le parcours de ce "Claude Harmel", présent à la réunion où une centaine de personnes (et non des moindres), est venue le saluer, le considérant comme leur "père spirituel".
Sous le nom de "Lemonnier", il fut de 1941 à 1944, le lieutenant de Georges Albertini*, le secrétaire-général du "Rassemblement National Populaire", dont le chef était Marcel Déat.
Pour illustrer la pensée et les espoirs de Harmel-Lemonnier, citons un extrait de l'éditorial  qu'il signait le 5 août 44, dans l'hebdomadaire du RNP, sous le titre "Conséquences d'une trahison" (l'attentat contre Hitler, du 20 juillet 1944) :
  "En termes mesurés, l'éditorialiste du 'Pariser Zeitung' écrivait le 29 juillet, qu'il existe 'un lien entre la trahison du 20 juillet et la situation critique qui existe dans le secteur central du front de l'Est'...Puisque le mal tient à la faute de quelques hommes, alors tous les espoirs sont permis. La force réelle de la Wehrmacht reste intacte...L'Allemagne hitlérienne avait besoin de grandes trahisons. Elle avait besoin que se démasque enfin la clique misérable des traîtres qui obstruaient les voies de l'avenir. C'est maintenant chose faite. Hitler est libre maintenant pour mener son peuple au socialisme et à la victoire".

Cette mâle profession de foi, exprimée vingt jours avant la Libération de Paris, permet à son auteur de reprendre du service dans le sillage de son ami, Georges Albertini, jusqu'à la mort de celui-ci, en 1983. C'est ainsi que Claude Harmel deviendra le président de l'Institut Supérieur du Travail, dont la fonction essentielle était de former "les truands du patronat", les activistes de la CFT, le "syndicat' fasciste des années 70 et 80.

Mais qui, en décembre 2007, ose venir "embrasser" ce "père spirituel" ?

Jacques Garello, qui préside aux detinées de l'ALEPS depuis 1980 (placé là par Georges Albertini), au côté du gratin des économistes libéraux, officiant dans les Universités de Paris-Dauphine, tel Pascal Salin, et de Aix-Mareille-3. On retrouve également, à la tête de l'ALEPS,  des représentants qualifiés du grand patronat, spécialement de l'UIMM... 
Jacques Garello, "ultra de l'ultra libéralisme", continue de publier un bulletin, "La Nouvelle lettre", et organise, chaque année, une "Université d'été de la nouvelle économie", à Aix-en-Provence, où se retrouvent les principaux maîtres à penser de l'économie libérale, venus du monde entier.
Nous ne sommes pas non plus étonnés de rencontrer à la cérémonie de Neuilly, Alain Madelin, qui fit ses premières armes politiques grâce à Georges Albertini, celui-ci ayant opéré son recyclage après des années passées à la tête des commandos d'Occident. Alain Madelin est resté longtemps l'espoir de la droite libérale, jusqu'à devenir un éphémère ministre de l'Economie dans le gouvernement
Juppé.
Avec Madelin, son fidèle lieutenant d'Occident, Hervé Novelli, recyclé lui aussi, mais à la Chambre syndicale de la Métallurgie, de 1976 à 1984, saluait respectueusement le collabo
Claude Harmel. Novelli est aujourd'hui ministre du Commerce extérieur de Nicolas Sarkozy.
Egalement présent, Jean-Michel Fourgous, député UMP des Yvelines, qui se flatte de grouper à l'Assemblée nationale une puissante cohorte forte de 150 parlementaires, le groupe parlementaire "Génération entreprise", défendant bec et ongles, l'ultralibéralisme pur et dur.
Il ne manquait,à cette auguste asemblée, pour adorer Claude Harmel, que Laurence Parisot, qui s'est fait excusée :
"Chers amis, chers amoureux de la liberté, je suis désolée de ne pas être parmi vous ce soir..."
On entend d'ici le gloussement de satisfaction d'un "amoureux" d'Adolf Hitler...
Un an plus tard, la fréquentation d'un local de l'UIMM par la patronne du Medef, n'aurait plus été de mise.
Il n'en reste pas moins que des personnages, parmi les plus hauts placés de la République, ont tenu, par leur présence à communier sur le temple de l'ultralibéralisme, et à révérer un de ses grands prêtres, l'hitlérien
Claude Harmel.
En d'autres temps, cette cérémonie aurait fait scandale.
Au royaume de Nicolas Sarkozy, comme disait son slogan de campagne électorale :
"Tout est possible !"

* "Le DOSSIER Georges ALBERTINI"
    Une intelligence avec l'ennemi
    Jean LEVY
    publié chez L'Harmattan

Tag(s) : #Histoire