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Pour différentes raisons, d'ordre historique et politique, les mots "patriote" et "patriotisme" sont d'un usage périlleux à manier. Leur lecture provoque sur des bords opposés des réactions contradictoires. Il en résulte une sorte de "tabou".
Aussi jetons-nous à l'eau et abordons le sujet.
C'est un risque à prendre pour provoquer le débat.
Aujourd'hui, où l'Europe (ou plutôt l'Union européenne), nous est imposée comme cadre de référence à la politique, à l'économie, aux relations internationales, il est de bon ton de minimiser son appartenance à une nation, et plus encore d'exclure du vocabulaire le mot "patrie". Certes, les discours officiels mentionnent "la France". Notre pays conserve encore, au moins formellement, l'apparence d'un Etat indépendant. On vote de temps à autre pour choisir un Président, des députés, des sénateurs, des élus locaux. Mais tous, au-delà des paroles, doivent appliquer les "directives" mises au point à Bruxelles par une Commission qui possède tous les attributs d'un véritable gouvernement. Et ce "gouvernement" ne procède aucunement d'un vote populaire. 
La situation de dépendance politique, économique et sociale de notre pays, en contradiction avec sa Constitution et son préambule, conduit-elle les Français à perdre également leur sentiment d'appartenance à une nation, de considérer la France comme leur Patrie ?
Le "gros mot" est laché !
Pourquoi de telles réticences à l'employer ?
L'histoire de notre pays explique cette situation.

En France, le terme "patriote" surgit au cours du séisme révolutionnaire, lorsque le peuple en armes et en guenilles s'est levé en masse pour défendre à la fois la Révolution et le teritoire national, menacé de toutes parts, par l'Europe monarchique coalisée. Les "patriotes" se confondent avec les "sans-culottes". Ils sont vainqueurs à Valmy. Ils proclament la première République. La Marseillaise et le drapeau tricolore l'accompagnent.
Tout au long de la première moitié du XIXème siècle, son souvenir anime la flamme républicaine qui anime le peuple. Mais déjà, le drapeau tricolore de la Monarchie de Juillet, flotte au vent d'Algérie, avec les colonnes sanguinaires du Maréchal Bugeaud, tristement célèbre par la répression de l'insurrection populaire de 1834, à Paris. En juin 1848, le peuple révolutionnaire, drapeau rouge en tête, est massacré par la garde nationale du général Cavaignac qui porte, lui, le drapeau tricolore.
Aussi, quand le peuple de Paris, patriote et internationaliste,  proclame la Commune, le 18 mars 1871, c'est sous les plis du drapeau rouge. Il se bat à la fois contre Bismark et Thiers, pour l'indépendance nationale et le progrès social. Et Thiers agite le drapeau tricolore pour massacrer 30.000 Communards !
Les ouvriers ne vont pas l'oublier durant des décennies.
Réduits au "carré des Fusillés", "les prolétaires n'ont plus de patrie".
A l'inverse, à la fin du XIXème siècle, le mot "patriote" est accaparé par les mouvements d'extrême-droite. La "Ligue des Patriotes", antisémite et va-t-en guerre, va animer l'action des antidreyfusards. L'Etat-Major couvre alors les faux fabriqués par des officiers français contre le colonel Dreyfus, et s'identifie au "patriotisme". C'est au nom du "patriotisme", encore, qu'on manipule l'assassin de Jaurès. Tous ceux qui s'élèvent contre la guerre, dès avant 1914, et pendant le conflit, sont dénoncés comme "antipatriotes", et donc "traitres à la Patrie" !
Dans les années 20 et 30, les organisations d'extrême-droite, qui prônent la dictature, font de l'antisémitisme leur profession de foi, se réclament du "patriotisme". Tels sont les "Jeunesses patriotes" de Taittinger, les Croix-de-Feu, du colonel de la Rocque et bien d'autres ligues factieuses que l'on retrouvera à Vichy, avec Pétain.
Aussi quand, en 1936, Maurice Thorez, au nom du Parti communiste, réabilite le drapeau tricolore, la Marseillaise et prône l'union de la Nation française contre le péril nazi, beaucoup de réticences se font sentir au sein de la classe ouvrière. Les blessures faites au nom du "patriotisme" sont encore ouvertes.
L'Occcupation du territoire par l'ennemi va permettre de réaliser cette Union à travers la Résistance. Celle-ci sera menée à la fois, contre l'Allemand, les nazis des deux bords du Rhin et le régime collaborateur de Vichy, qui impose la régression sociale grâce à la Croix gammée.
Pour les ouvriers, la lutte nationale et la lutte sociale sont conduites de concert. D'autres forces, au sein de la Résistance, n'en saisissent que l'aspect "patriotique", contre l'Allemand.
Les uns et les autres versent leur sang sans compter.
En face, l'élite du moment, les banquiers et les industriels misent d'abord sur Hitler, et après Stalingrad, sur les Américains. Ils sont inquiets devant la montée populaire, le programme social du CNR. Ils subissent la Libération comme "un mauvais moment à passer".
Nous verrons, demain, comment "l'élite" va retouver son pouvoir. 

 

Tag(s) : #Politique
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