Dimanche 6 avril 2008

Avant de répondre aux questions posées hier sur la personnalité du dalaï-lama, la politique d'assimilation de la Chine au Tibet et les conséquences de la Révolution chinoise pour le peuple tibétain, voyons d'abord pourquoi les Etats-Unis et leurs alliés inconditionnels (dont Nicolas Sarkozy) portent un si grand intérêt au Tibet.
Remontons le temps, et faisons appel à un "spécialiste", George R. Merrel, chargé d'affaires américain à New-Delhi.
Le 23 janvier 1947, celui-ci, dans une note au président Truman, attire son attention sur "l'importance stratégique inestimable" de la région "toit du monde" :
"Le Tibet peut-être considéré comme un bastion contre l'expansion du communisme en Asie, ou du moins comme une île de conservatisme dans un océan de bouleverement politique".
De plus, ajoute le diplomate :
"Le haut-plateau tibétain , en ces temps de guerre de missiles, peut s'avérer le territoire le plus important de l'Asie".
On comprend pourquoi, en 1959, la CIA a apporté aux Tibétains révoltés son soutien total, comprenant la formation militaire de combattants, au Colorado, parachutés au Tibet, et l'envoi d'armes par voie aérienne.

Aujourd'hui, après les campagnes orchestrées sur le "génocide" de la population au Kosovo, par les Serbes en 1999, celui des Tchéchènes par Poutine, des nomades du Darfour par les Soudanais, ces dernières années, "on" nous en remet une couche sur ces pauvres Tibétains, victimes innocentes des Chinois. Le dalaï-lama est présenté comme le "leader de la non-violence, un modèle vivant de la noblesse morale et de la sainteté". Et les moines bouddistes tibétains sont synonymes de "tolérance" et de "spiritualité".
L'ange et le démon, l'image même du "bien" et du "mal", pratique quand on part en croisade ... 
Qu"en est-il en vérité ?
En 1992, en visite à Londres, le dalaï-lama a été l'objet de manifestations hostiles de la part de la plus importante organisation bouddiste, en Grande-Bretagne, dont les membres l'ont accueilli aux cris de "dictateur sans pitié". Le dalaï-lama n'était pas, alors, en odeur de sainteté ! D'autre part, l'International Herald Tribune, des 4 et 5 août 2007, rappelle que le chef spirituel des Tibétains n'avait pas caché sa hargne vis-à-vis des universités anglaises qui avaient appelé au boycott culturel d'Israël, du fait de la répression sanglante menée contre les Palestiniens.  

Avant l'arrivée de l'Armée populaire, en 1951, les moines bouddistes organisaient les cérémonies funéraires. C'est encore l'International Herald Tribune qui s'en fait l'écho,  les prêtres arrachaient, morceau par morceau, la chair des os des morts plébéiens " pour faciliter le travail des vautours". Question d'hygiène et d'écologie, disaient-ils. Pourquoi alors, les corps des aristocrates étaient-ils, eux, brûlés ou inhumés ? Les autorités communistes ont mis fin à ces pratiques. Est-ce un mal ?
Une polémique s'est ouverte sur le bilan économique et social du Tibet, au sein de la Chine populaire. Il est de bon ton de parler d'arriération, de misère, d'un peuple laissé pour compte.
A l'inverse, le magazine américain Foreign Affairs, rien que son titre nous met en confiance, constate un niveau de vie en constante augmentation, une durée de la vie fortement allongée. Par contre, le journal estime que "la politique de modernisation sape les traditions et l'identité tibétaine"...Il faudrait demander à la population des campagnes vivant encore, il y a un demi-siècle, comme au Moyen-Age, si l'apport de l'électricité, de l'électroménager, de la télévision, est perçue comme un "recul de civilisation"...Les commentaires médiatiques qui pleurent sur les " valeurs ancestrales" perdues, le bon temps du servage, en somme.
Si on en croit toujours la revue américaine, de 60 à 70% des fonctionnaires de la Région Autonome du Tibet sont Tibétains. Le bilinguisme est la règle (tibétain et chinois). Une politique de "discrimination positive" est appliquée au bénéfice des Tibétains, en particulier en vue de l'inscription à l'Université, dispositions plus favorables que pour les Hans.
Ces quelques indications prouvent qu'il n'y a pas de "colonisation" du Tibet par les Chinois. Ceux-ci y poursuivent, comme dans les autres régions de la Chine  un effort immense d'industrialisation. Les méthodes employées sont peut-être discutables. Mais le résultat est là : des centaines de millions de Chinois (Tibétains compris), sortent du sous-développement et acquierent, année après année, des conditions d'existence comparables aux nôtres. Encore que "les nôtres", en la matière, ne sont pas uniformes si l'on compare celles de Bernard Arnault avec celles de la caissière de magasin, du retraité qui touche une pension inférieure au Smic, ou du technicien de surface immigré.

Il est clair que la virulente campagne orchestrée par nos médias (Libération, en tête), par des organisations telle Reporters Sans Frontières, liée avec les services américains, répond aux voeux de Washington. Les Etats-Unis ne supportent pas l'avènement de puissances concurrentes qui mettent en question leur suprématie, leur domination du monde. La Chine les inquiète, de même que la Russie. Pourtant ces pays n'ont pas le même système social. Moscou ne se revendique pas du socialisme. Mais les attaques contre ces deux pays par nos médias, propriétés du capitalisme financier, relèvent d'une logique unique : préparer l'opinion française à un affrontement mondial contre "l'ennemi".

 

 

par Jean Lévy publié dans : international
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