Le premier contact du Tibet avec le monde occidental se fait par l’intermédiaire de la Grande-Bretagne, puissance coloniale à la fin du XIXe siècle. Sur le plan géopolitique, les Britanniques disaient vouloir anticiper sur d’autres prétentions colonialistes, en particulier celles des Russes, dont les ambitions dans la région ont sans doute été surévaluées par les Britanniques.
Les premières approches britanniques en direction du Tibet se soldent par des échecs, avec une fin de non-recevoir de la part des autorités tibétaines qui refusent de s’ouvrir aux influences occidentales ou de voir leur territoire traversé par des commerçants. C’est donc vers la Chine, considérée comme puissance tutrice, que les Anglais vont se tourner pour arriver à leurs fins. L’ouverture vers la Chine va s’opérer en deux phases, avec un changement d’orientation très net dans la stratégie anglaise lorsqu’ils percevront clairement la réalité locale. Dans un premier temps, ils multiplient les signatures de traités avec la Chine ; les plus significatifs sont :
Le Tibet s'engage à ne pas céder ou louer une partie de son territoire sans l'accord de la Grande-Bretagne. Aucune puissance étrangère ne sera autorisée à envoyer des représentants officiels ou des personnes privées au Tibet, quelles que soient les motifs de leur séjour, que ce soit pour construire des routes, des voies ferrées, installer le télégraphe, prospecter ou exploiter des mines, sans le consentement de Londres. L'accord est signé sans la participation des Chinois, est parfois interprété comme une reconnaissance implicite de l'indépendance du Tibet par les Anglais. Les traités passés avec la Grande-Bretagne restreignaient cependant la souveraineté du Tibet, celui-ci ne pouvant pas autoriser la venue d'étrangers sur son territoire sans l'accord de Londres; l'ouverture de relations diplomatiques avec des puissances présentant une menace potentielle pour l'Empire des Indes aurait donc été très difficile.
En 1905, la Chine entreprend la construction d’un télégraphe destiné à relier au Sichuan la ville de
Chamdo (Kham), un important nœud de communications.
Les Chinois négocient avec les Britanniques le
traité de
Pékin.
Echaudés par les déconvenues qu’ils viennent d’essuyer, affaiblis par la chute du ministère Balfour à Londres, les Anglais décident de se montrer conciliants avec les Chinois. La convention de
Lhassa est aménagée. Il n’y aura pas d’occupation anglaise du territoire tibétain. L’indemnité de guerre se règlera en trois fois. La suzeraineté de la Chine sur le Tibet est réaffirmée. Cette
dernière puissance règle les sommes dues aux Anglais par les Tibétains. Les rivalités des grandes puissances ont renforcé la tutelle de la Chine qui s’affaiblissait. Le Tibet est devenu le jouet
d’enjeux qui le dépassent et qu’il ne peut pas maîtriser. L’étouffement dans le sang de la révolte des Khampas et la volonté affichée par la Chine impériale de coloniser la région marque un
tournant dans l’histoire du Pays des Neiges.
Mécontente de la concurrence commerciale que lui impose l’Angleterre au Tibet, la Chine interdit l'usage des roupies indiennes à l'ouest des terres sous son contrôle et envisage la création d'une banque à Lhassa.
En 1908, le 13e Dalaï lama s’installe au Wutai Shan (Shanxi). Il y reçoit de nombreux visiteurs étrangers et cherche à nouer des relations diplomatiques. Il souhaite se rapprocher de la France. A cette fin, il admet l’ouverture de missions catholiques au Tibet à condition que les conflits qui les opposeraient aux monastères bouddhistes soient réglés par Lhassa. Ces tentatives resteront sans lendemain. Paris craint de mécontenter Londres, Saint-Pétersbourg et Pékin. La stabilité européenne milite pour une entente avec les deux premières capitales. Une brouille avec la Chine hypothèquerait la situation du Tonkin. Et puis, les contrats économiques proposés par la Chine sont beaucoup plus juteux que ceux du Tibet.
Le dalaï lama réclame l’aide de Saint-Pétersbourg. Les ambassadeurs du Japon, de la France, de la Russie et de la Grande-Bretagne à Pékin sont approchés par des émissaires tibétains. Le Japon s’interroge. Les autres puissances préfèrent privilégier leur alliance avec la Chine.
L'armée chinoise entre à son tour à Lhassa. Le dalaï lama est contraint de fuir une seconde fois. Des unités de l’armée tibétaine se sacrifient pour arrêter
ses poursuivants. Il se réfugie en Inde sous domination Britannique.
En 1910, le
dalaï-lama est destitué par l'empereur Qing Chinois en termes méprisants, juste avant la chute de l'empire en 1911. Un gouvernement pro-chinois est constitué. Le
9e panchen
lama, resté au Tibet, refuse la proposition des Chinois de remplacer le dalaï lama.
Les démarches engagées par le dalaï lama pour solliciter l’intervention des puissances étrangères demeurent lettre morte. Les Anglais reconnaissent le
nouveau gouvernement
tibétain installé par les Chinois. La situation instable du sous-continent ne les incite pas à risquer une confrontation avec l’empire
mandchou. Les Anglais s’opposent même à un déplacement du dalaï lama en Russie. Tant qu’il sera sur leur territoire, il devra cantonner son action aux affaires religieuses.
En 1911, c'est
la Révolution . L'Empire chinois est renversé. La République de Sun Yat Sen est établie.
Le 13e dalaï lama profite de son exil en Inde pour s’initier à la politique étrangère. L’idée de créer une armée nationale germe dans son esprit. Il entre
secrètement en relation avec la résistance tibétaine et prépare une insurrection.
En 1912, le 13e dalaï lama
revient à Lhassa. Le Tibet profite de la révolution pour remettre en cause la présence chinoise sur son territoire.Mandaté par le dalaï lama, Dordjieff se serait rendu en Russie pour obtenir la reconnaissance de l’indépendance du Tibet. La
même démarche aurait été entreprise auprès de la France et de l’Angleterre. Tous ces efforts seraient restés vains.
La Chine étant hors jeu, les cartes vont être redistribuées en Asie.