Nicolas Sarkozy, le Premier mai à Aix-la-Chapelle, a fait la cour à Angela Merkel, à l'occasion de la remise à celle-ci du prix Charlemagne. Au-delà de
la "déclaration d'amour" du Président français, destinée à la chancelière d'Allemagne, propos d'un humour graveleux sur 'leur couple' et leurs multiples 'rendez-vous', Sarkozy a voulu se servir du lieu et du symbole - la salle du
couronnement de la mairie - pour glorifier le nouvel Empire que devrait constituer
l'Europe.
Mais qui en sera le nouvel l'Empereur ?
Carolus Magnus est considéré, de l'autre côté du Rhin, comme un empereur germanique ("Karl der
Grosse", en allemand), et la capitale de l'empire qui s'étendait de la Catalogne jusqu'à la Bavière, et de la mer du Nord à la Lombardie et à la Westphalie, se trouvait à Aachen
(Aix-la Chapelle). D'où le lieu de la cérémonie d'hier.
Mais ce que n'a pas évoqué le Président de la République, c'est la brièveté de cet empire. Né en 800, au couronnement de Charlemagne, il s'est éclaté en trois Etats, quarante trois ans plus
tard, à Verdun, où fut signé le traité de démantèlement. D'autres empires se sont formés au cours de l'histoire
qui, eux aussi, devaient être "éternels". Pourtant, ils ont suivi le même sort. L'empire de Napoléon Ier a duré dix ans, englouti dans
les ruelles espagnoles du fait de la guérilla, et les neiges russes. L'empire hitlérien de la nouvelle
Europa, de l'Atlantique à la Volga, devait durer "mille ans". il s'est écroulé dans les
ruines de Stalingrad, au bout de dix années, lui aussi.
C'est dire qu'il y a loin de la coupe aux lèvres pour les faiseurs d'empire.
La 'grosse' cérémonie d'Aix-la-Chapelle ne peut-être séparée de l'esprit dans lequel se "construit"
l'Europe, c'est-à-dire l'Union européenne. Nicolas Sarkozy, à Tunis, a lâché le morceau. Prônant l'Union pour la Méditerranéenne, sa grande
idée, le Président a évoqué la conjonction de "l'intelligence du
Nord" et de "la main d'oeuvre du Sud" (une association Capital-Travail, en quelque sorte !). On ne peut être plus clair. Autour de la
"Mare nostrum" de l'Union européenne - Sarkozy (et ses patrons du CAC 40, en premier lieu), envisagent une nouvelle "collaboration" entre "maîtres et esclaves". Un nouveau Code Noir hérité
de Colbert, en quelque sorte.
Mais les Européens d'aujourd'hui, n'inventent rien. Le 21 mars 1942, Hitler confiait au Gauleiter Fritz Sauckel la tâche de mobiliser la "main
d'oeuvre" de la France occupée pour la mettre au service de "l'intelligence" nazie. Devant le peu d'empressement des salariés français à
se rendre en Allemagne, Sauckel et le gouvernement (très "européen" de Vichy) vont décrèter le Service du Travail Obligatoire, le fameux STO. On
connaît la suite.
Certes, Sarkozy n'est pas le seul politicien à revendiquer l'Europe-Empire. Avant lui, Dominique Strauss-Kahn avait usé du terme et en définissait les contours : "des neiges du Pôle aux rives africaines".
Comme quoi les grands esprits (européens) se rencontrent.
Cette similitude de pensée sur l'essentiel explique la concordance de leur politique.
C'est ce qu'on appelle l'alternance.
Les barbares qui ont fait tomber l'empire romain ont du boulot devant eux, je leur souhaite réussite. Qu'ils prennent garde de ne pas laisser trop de débris du genre de l'église catholique apostolique et romaine.