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Il y a un an, Nicolas Sarkozy était élu président de la République.  Avec 19 millions de voix, il obtenait alors 53% des suffrages exprimés et 43% des inscrits. Après un an de "règne", les médias, à l'unisson,  tentent d'établir un bilan de l'action réalisée, de l'évolution de l'attitude et du comportement du personnage, des réactions de l'opinion publique, mesurées à travers des sondages, vis-à-vis de la politique menée au cours des douze mois écoulés.
D'abord, une remarque : les résultats des sondages sont tributaires des questions posées et des termes employés. Ainsi, le mot "réforme", utilisé par le sondeur, recouvre des lois au contenu différent. En général, il s'agit de mesures qui visent la mise en cause d'acquis sociaux. Peuvent-elles être appréciées de la même manière par le cheminot qui veut défendre ses droits (le service minimum dans les transports, par exemple),  ou par l'usager gêné, à qui  on répête qu'il est "toujours pris en otage par les grévistes", ou par le patron pour qui toute avancée sociale est une "contrainte insupportable" ?
La "réforme", si chère à Sarkozy, est toujours présentée comme une "modernisation indispensable au futur de notre société". La "réforme" ne peut donc être condamnée que par des gens ou des "féodalités" accrochées à leur "conservatisme" et au passé. Pétri de cette philosophie-là, répandue par les médias, le choix du sondé est vicié par nature.
Qui veut se ranger parmi les "conservateurs" ?
Le sondage se veut l'instantané d'une situation, mesurée en "pour" ou "contre". Aussi, la formulation de la question pèse lourd sur le sondé.
Exemples : qui peut se dire adversaire d'une réduction de l'imposition sur le montant de l'héritage, en pensant à ses enfants ? Ou même d'une baisse d'impôts, en songeant à son tiers provisionnel ? Ou bien de supprimer les indemnités aux  faux chômeurs ?

Quel serait le résultat de l'enquête si les questions étaient rédigées en termes politiquement inverses ?
Approuvez-vous le remboursement de millions d'euros d'impôts aux plus riches, alors que le gouvernement refuse vos revendications, "parce que "les caisses de l'Etat sont vides" ?
Trouvez-vous normal de ne plus verser d'allocations aux privés d'emploi qui refusent une embauche avec un  salaire minoré de 30% ?
Considérez-vous logique que Quarante sociétés amassent 100 milliards d'euros de profit en 2007, et que leurs patrons vous refusent le Smic à 1500 euros ?

Aussi, malgré la mise en condition de l'opinion publique et les questions biaisées des organismes de sondage, les Français ne sont pas contents et l'expriment* :

 - 66% des sondés sont mécontents de l'action de Nicolas Sarkozy, contre 32% de satisfaits,
 - 63% n'apprécient pas la manière dont Sarkozy exerce ses fonctions,
 - 60% sont hostiles aux réformes entreprises, contre 40% d'un avis contraire,
 - 60% s'élèvent contre la réforme de la carte hospitalière,
 - 66% sont contre le non-remplacement des 11.000 enseignants,
 -72% se disent contre l'envoi d'un contingent supplémentaire de militaires en Afghanistan
,
Par contre,
 - 84% jugent positive la possibilité de disposer plus vite de leur participation aux bénéfices de leur entreprise, 
 - 73% apprécient la défiscalisation des heures supplémentaires,
 - 73% sont pour le 'service minimum' dans les transports,
 - 82% approuvent la réforme des droits de succession,
 - 54% se déclarent d'accord avec l'obligation de cotiser 41 annuités pour la retraite,
 - 80% soutiennent les peines plancher, en matière de justice.

Compte tenu des remarques préalables sur la fiabilité des sondages, chacun peut mesurer l'impopularité globale de Nicolas Sarkozy et de sa politique, un an après son  accession sur le trône. Certes, quelques mesures sont encore jugées positives. Mais le jugement porté sur l'ensemble est sévère.
Cependant, le mécontentement, qui en résulte, ne débouche pas sur le développement des luttes sociales que l'on pourrait espérer. Le Premier mai n'a pas rassemblé les foules escomptées.
Pourquoi ?
L'hostilité grandissante vis-à-vis du Président et de son gouvernement ne trouve aucune issue politique à la crise de confiance de la population. La "gauche" sociale-libérale, sous l'emblème du Parti socialiste, n'apporte aucune alternative. Au contraire, les déclarations de ses dirigeants confirment l'ancrage du PS à l'Union européenne et à l'économie de marché. Autrement dit la continuation de la politique de régression sociale du pouvoir actuel.
L'absence d'une force révolutionnaire, avec un parti réellement communiste, se fait durement sentir. Le manque de conviction, dans une lutte frontale de masse, de la CGT, rend la nécessaire riposte populaire difficile à organiser.
Dans ces conditions, on peut se poser la question :
"Comment, la colère ouvrière - celle des usines et des quartiers, des salariés et des privés d'emploi - trouvera-t-elle à s'exprimer ?"

* Sondage "Opinion Way" pour Le Figaro, publié le 5 mai 1008




Tag(s) : #Politique
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