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Samedi 10 mai, le Président de la République a pris la parole, dans les jardins du Luxembourg, "dans le cadre de la journée commémorative des mémoires de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions", pour reprendre les termes du communiqué de l'Elysée.
Nicolas Sarkozy  a appelé "à regarder de façon lucide et apaisée" ce "crime contre l'humanité". Mais il ne s'est pas étendu sur la réalité concrète de l'esclavage, officialisé au XVIIème siècle, par le Code Noir.

Rappelons donc que ce Code a été institué par Colbert, le ministre de Louis XIV, par l'ordonnance royale de 1685, l'année de la Révocation de l'Edit de Nantes. Ce Code définissait le Statut juridique des esclaves en plus de quarante articles.
Nous pensons utile de reproduire, ici, nombre d'entre eux, pour mesurer l'extrême sauvagerie du système de "marchandisation de la condition  humaine".

                                           CODE NOIR             
 
Article premier.
Voulons et entendons que l'édit du feu roi de glorieuse mémoire notre très honoré seigneur et père, du 23 avril 1615, soit exécuté dans nos îles. Ce faisant, enjoignons à tous nos officiers de chasser hors de nos îles tous les juifs qui y ont établi leur résidence, auxquels, comme aux ennemis déclarés du nom chrétien, nous commandons d'en sortir dans trois mois, à compter du jour de la publication des présentes, à peine de confiscation de corps et de biens.

Article 2. Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés et instruits dans la religion catholique, apostolique et romaine. ~[... ]

Article 3. Interdisons tout exercice public d'autre religion que de la catholique, apostolique et romaine. [... ].

Article 15. Défendons aux esclaves de porter aucune arme offensive, ni de gros bâtons, à peine de fouet et de confiscation des armes au profit de celui qui les en trouvera saisis; à l'exception seulement de ceux qui seront envoyés à la chasse par leurs maîtres, et qui seront porteurs de leurs billets ou marques connues.

Article 16. Défendons pareillement aux esclaves appartenant à différents maîtres de s'attrouper le jour ou la nuit sous prétexte de noces ou autrement, soit chez l'un de leurs maîtres ou ailleurs, et encore moins dans les grands chemins ou lieux écartés, à peine de punition corporelle, qui ne pourra être moindre que du fouet et de la fleur de lis; et en cas de fréquentes récidives et autres circonstances aggravantes, pourront être punis de mort, ce que nous laissons à l'arbitrage des juges. Enjoignons à tous nos sujets de courir sus aux contrevenants, et de les arrêter et de les conduire en prison, bien qu'ils ne soient officiers et qu'il n'y ait contre eux aucun décret.

Article 18. Défendons aux esclaves de vendre des cannes à sucre pour quelque cause et occasion que ce soit, même avec la permission de leurs maîtres, à peine de fouet contre les esclaves, et de dix livres tournois contre leurs maîtres qui l'auront permis, et de pareille amende contre l'acheteur.

Article 19. Leur défendons aussi d'exposer en vente au marché, ni de porter dans les maisons particulières pour vendre aucune sorte de denrées, même des fruits, légumes, bois à brûler, herbes pour la nourriture des bestiaux et leurs manufactures, sans permission expresse de leurs maîtres par un billet ou par des marques connues, à peine de revendication des choses ainsi vendues, sans restriction du prix par leurs maîtres, et de six livres tournois d'amende à leur profit contre les acheteurs.
 
Article 21.
Permettons à tous nos sujets habitants de nos îles de se saisir de toutes les choses dont ils trouveront les esclaves chargés ~lorsqu'ils n'auront point de billets de leurs maîtres, ni de marques connues, pour être rendues incessamment à leurs maîtres, si les habitations sont voisines du lieu où les esclaves auront été surpris en délit; sinon elles seront incessamment envoyées à l'hôpital pour y être en dépôt jusqu'à ce que les maîtres en aient été avertis.

Article 27. Les esclaves infirmes par vieillesse, maladie ou autrement, soit que la maladie soit incurable ou non, seront nourris et entretenus par leurs maîtres; et en cas qu'ils les eussent abandonnés, les dits esclaves seront adjugés à l'hôpital; auquel les maîtres seront condamnés de payer six sols par chacun jour pour la nourriture et entretien de chaque esclave.

Article 33. L'esclave qui aura frappé son maître, sa maîtresse ou le mari de sa maîtresse ou leurs enfants avec contusion ou effusion de sang, ou au visage, sera puni de mort.

Article 34. Et quant aux excès ou voies de fait qui seront commis par les esclaves contre les personnes libres, voulons qu'ils soient sévèrement punis, même de mort s'il y échet.

Article 35. Les vols qualifiés, même ceux de chevaux, cavales, mulets, bœufs et vaches qui auront été faits par les esclaves, ou par les affranchis, seront punis de peines afflictives, même de mort, si le cas le requiert.

Article 36. Les vols de moutons, chèvres, cochons, volailles, cannes de sucre, pois, mil, manioc ou autres légumes faits par les esclaves seront punis selon la qualité du vol, par les juges, qui pourront s'il y échet les condamner à être battus de verges par l'exécuteur de la haute justice, et marqués d'une fleur de lis

Article 37. Seront tenus les maîtres en cas de vol ou d'autre dommage causé par leurs esclaves, outre la peine corporelle des esclaves, de réparer le tort en leur nom, s'ils n'aiment pas mieux abandonner l'esclave à celui auquel le tort a été fait; ce ~qu'ils seront tenus d'opter dans les trois jours, à compter du jour de la condamnation, autrement ils en seront déchus.

Article 38. L'esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois à compter du jour que son maître l'aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d'une fleur de lis sur une épaule; et s'il récidive une autre fois à compter pareillement du jour de la dénonciation, aura le jarret coupé et il sera marqué d'une fleur de lis sur l'autre épaule; et la troisième fois il sera puni de mort.

Article 39. Les affranchis qui auront donné retraite dans leurs maisons aux esclaves fugitifs seront condamnés par corps envers leurs maîtres en l'amende de trois cents livres de sucre par chacun jour de rétention; et les autres personnes libres qui leur auront donné pareille retraite, en dix livres tournois d'amende pour chaque sujet. [... ]


Le Président, au-delà de fortes paroles prononcées contre le système esclavagiste, n'a pas eu un mot pour en condamner les promoteurs et les bénéficiaires. Il lui est plus facile de considérer "la France", comme responsable de ce crime. Ce ne furent pas les "manants" mais les riches de l'époque qui sont à l'origine du Code. Sarkozy n'a pas évoqué les fortunes gigantesques amassées par les  négriers, les armateurs des ports de l'Atlantique, à l'origine des richesses immobilières que l'on peut encore admirer qur les quais de Bordeaux, de La Rochelle et de Nantes, pour le plus grand profit de grandes familles de la bourgeoisie portuaire actuelle.
Le Président n'a pas rendu hommage à la Révolution française, plus précisément à la Convention,  qui a aboli ce négoce sanglant le 17 février 1794.
Il n'a pas dénoncé Napoléon qui  rétablit l'esclavage en 1802.
Il n'a pas non plus célébré la révolte des Noirs de Haïti, dirigée par Toussaint-Louverture et la guerre de libération, qui infligea la première lourde défaite à l'armée impériale.

Certes, les enfants des écoles seront tenus d'apprendre les méfaits de l'esclavagisme.
Mais il leur sera présenté comme un phénomène d'autrefois, qui n'a plus cours de nos jours.
Pourtant, l'exploitation des hommes n'a pas cessé avec le Code Noir. Le colonialisme, autre forme d'esclavagisme, a sévi tout au long du XXème siècle, même s'il a évolué dans ses formes,  sous la pression des peuples soumis.
Et Nicolas Sarkozy saluait, encore récemment, "les points positifs de la colonisation"...
Il n'a pas parlé non plus de l'esclavage moderne, de la mort au travail, des tués par les cadences et l'amiante, des suicidés et des condamnés par le stress et l'exploitation sans limites.
Il est vrai que le Président a été promu à l'Elysée par les nouveaux négriers.

Tag(s) : #Lutte de Classe
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