Jeudi 22 mai 2008

Aujourd'hui, a l'appel de l'ensemble des organisations syndicales, les salariés du public et du privé doivent se mobiliser pour protester contre les décisions du pouvoir sarkozien, visant à imposer 41 annuités de cotisations de retraite et l'âge de 61 ans pour percevoir  une pension complète. De source syndicale, on s'attend à une forte mobilisation, essentiellement sous forme de manifestations. Le chiffre 500.000 participants, dans environ 80 rassemblements en France, est avancé. On se souvient qu'en 2003, déjà sur les retraites, on comptabilisait, selon les sources de 1 à 2 millions de salariés dans les rues, accompagnés de grèves massives. Cette fois, on reste plus prudent, en matière de prévision, en ce qui concerne les arrêts de travail. Et de mettre en avant, d'une part le coût individuel d'une journée retenue, d'autre part, l'obligation de se déclarer personnellement gréviste, deux jours à l'avance dans les transports. A ce sujet, l'acceptation passive de ces nouvelles dispositions, pose question.
Pourquoi, à l'occasion de la mise en pratique de la nouvelle loi, les confédérations, la CGT en premier, n'ont-t-elles pas appelé les cheminots et les travailleurs de la RATP, à passer outre collectivement, à partir d'assemblées générales, dépôt par dépôt ?
Le respect de la "légalité" conduit-elle les syndicats à s'incliner devant des dispositions anti-grève ? Mais 'la loi" n'est q'une arme aux mains du gouvernement et des patrons, pour mettre en cause le droit de grève !
Rappelons-nous : en 1963, le général de Gaulle, au sommet de sa popularité (la fin de la guerre d'Algérie datait de moins d'un an), avait décrété la réquisition des mineurs en grève. Ceux-ci, pour défendre leur droit, avaient répliqué en refusant de se soumettre. Ils avaient brûlé dans d'immenses feux de joie, les avis individuels de réquisition. Par ce geste, les mineurs avaient défié, avec succès, le pouvoir. Et entourés de la solidarité ouvrière et populaire, ils avaient gagné leur bataille.
 
Appliquer une loi liberticide conduit inexorablement, de reniement en reniement, à se laisser désarmer sans combattre.
Pensons aux hommes et aux femmes, d'origine juive, qui, en octobre 40, ont obtempéré aux lois de Vichy en acceptant de se faire recenser dans  les commissariats. Beaucoup d'entre eux ont payé de leur vie cet acte de soumission  à la légalité du pouvoir en place
.
Alors pourquoi, aujourd'hui, la CGT n'a-t-elle pas renouvelé l'acte d'indiscipline réalisé, il y a 55 ans ? Pourquoi limiter chaque bataille sociale à un seul motif de mécontentement , un jour sur les retraites, un autre sur la réduction du nombre des fonctionnaires, un troisième sur le pouvoir d'achat (motif essentiel de la colère des salariés) ? Déjà, Thibault, en 2003, n'avait-il pas déclaré que son objectif n'était pas de "paralyser la France" ?
On peut comptabiliser les batailles perdues, dont certaines n'ont jamais été livrées, telles celles concernant les privatisations de pans entiers des secteurs publics, les lois anti-grève (le service minimum) en acceptant d'emblée de limiter ce droit essentiel par accord préalable, loi qui vise aujourd'hui les enseignants, les régimes spéciaux dans les transports, avec une grève d'une ampleur inconnue, et brisée dès le premier jour, la casse permanente du Code du travail, la  la précarité par la généralisation des CDD.
La colère gagne des secteurs entiers de la société.
Chaque  mesure du pouvoir sarkozien frappe une une nouvelle catégorie de citoyens.
Les dockers, les ouvriers des ports, sont en grève pour défendre leur statut public.
Les marins-pêcheurs veulent vivre de leur travail, et leurs bateaux se mettent en travers des rades. Dans nombre d'entreprises, usines et grandes surfaces, les salariés réclament leur dû, et des conditions de travail décentes, alors que leur exploitation forcenée, les réduit à l'état de détresse. Les retraités ne veulent plus de pensions et d'allocations qui leur imposent un niveau de vie, bien au-dessous du minimum. Les statistiques font état de "travailleurs pauvres" qui n'ont plus les moyens de se loger. D'autres salariés, par dizaines de milliers, parce qu'ils sont immigrés, sont placés en marge de la société, faute de papiers. Les chômeurs vont devoir accepter des emplois au rabais, amputés de 30%.
Sans parler des coupes budgétaires qui suppriment des hôpitaux de proximité, des classes et des écoles, des bureaux de poste, des juridictions proches des citoyens, de la loi qui livre l'Université aux intérêts privés, qui organise un enseignement à deux vitesses.
Tout concourt à multiplier le mécontentement de la population.
N'est-il pas grand temps de fédérer ces colères multiples ? Car elles sont toutes le résultat d'une politique unique, celle conforme aux intérêts d'une minorité de privilégiés qui nagent dans l'opulence, qui osent déserter l'impôt en protégeant leur fortune à l'étranger. Le pouvoir sarkozien a été mis en place par cette caste de 'milliardaires en euros' (ils seraient deux cents familles, en France, dans ce cas).
Au-delà des confédérations syndicales, qui savent tout cela mais qui font semblant de l'ignorer, l'union doit se créer à la base pour imposer une nouvelle politique, car la bataille est politique. Réduire la lutte sociale à une suite d'escarmouches contre chaque effet de la politique du pouvoir est criminel.
En refusant le "Tous ensemble", les organisations syndicales organisent la défaite ouvrière.
Aux salariés, à leurs syndicats de base de se prendre en mains pour organiser la riposte.
Il est grand temps.

par Jean Lévy publié dans : Social
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Commentaires

Mon cher camarade,tu as tout à fait raison de t'insurger contre l'attitude de soumission des organisations syndicales, en particulier la nôtre : la CGT.

Je ne cesse de m'élever contre ce comportement capitulard de la CGT qui va hélas poursuivre sa dangereuse collaboration avec le pouvoir de l'Elysée.

Depuis que la CGT a quitté la très combative Fédération Syndicale Mondiale (FSM) pour lui préférer la très réformiste Confédération des Syndicats Européens (CES), elle a abandonné la Lutte des Classes. Je n'en décolère plus.

Après avoir trahi les traminots et les cheminots, les confédéraux continuent leur travail de sape à l'encontre du mouvement ouvrier et des travailleurs. Des régions sont sclérosées, minées par les Le Duigou et consorts.

Sur mon blog,j'ai fait deux articles sur les luttes sociales à Reims. Lors de la grève des cheminots en novembre 2007, j'ai déjà exprimé ma colère lorsque, comme nombre d'habitants qui ne comprenaient et n'acceptaient pas pourquoi le très implanté syndicat CGT des Transports Urbains Rémois (TUR) faisait grève le 19/11 plutôt que le 20/11, journée de grève des fonctionnaires dont les syndicats ont exigé que les cheminots qui en étaient à leur dixième jour de grève soient relégués en queue de cortège. Une honte !

Le syndicat CGT des TUR, seul dans la boîte vient de récidiver en cessant le travail quelques jours avant la grève du 22 mai où la RATP, les transports aériens, les cheminots et les transports urbains étaient appelés nationalement à la grève.

Nous étions habitués à voir les travailleurs du puissant syndicat CGT des TUR défiler et bloquer partiellement le centre ville avec les bus et subitement, changement de tactique.

Pas besoin d'aller chercher bien loin les raisons motivant ce soudain revirement qui ne peut émaner que de dirigeants régionaux.

En effet, il se trouve que certains leaders pseudo-syndicalistes CGT de Champagne-Ardenne ne sont pas clairs du tout. Je m'explique :
Patrick Tassin vient d'être élu président du Conseil Ecomomique et Social de Champagne-Ardenne alors que cela est mathématiquement impossible. Sur environ 80 conseillers, 25 représentent le collège salariés. Les représentants de FO se sont abstenus. L'heureux nouvel élu l'emporte avec deux suffrages de plus que son concurrent. Il y a des alliances contre nature qui font mal. Chercher l'erreur !

J'ajoute que le numéro 1 régional interpro CGT (celui-là même qui a tenté de me tabasser lors d'une manif à Reims)est également membre de ce conseil.

D'autre part, une nouvelle maire, députée européenne socialiste qui a fait campagne pour le OUI au référendum, un adjoint au maire conducteur de bus et gréviste de la TUR, nous sommes nombreux à s'interroger...

La paix sociale à Reims aurait été achetée, disent les gens. Le silence est d'or, dit-on !

Je partage entièrement ton point de vue lorsque tu dis que les syndicats, en particulier la CGT, devaient refuser de se plier à se déclarer gréviste 48 heures avant la grève.

J'ai ressorti un document SNCF intitulé : Mesures Disciplinaires. Une notification de sanction m'était signifiée au motif suivant :
N'a pas assuré son service les 25 et 26 MARS 1976 en participant à un arrêt de travail ne respectant pas les dispositions de la loi 63777 du 31 juillet 1960 relative à certaines modalités de la grève dans les services publics.

Santion : BLAME AVEC INSCRIPTION AU DOSSIER en sus d'une réduction de 10 F sur prime de productivité.

Ce que des milliers de cheminots grévistes ont fait en 1976 n'a rien d'exceptionnel. La base est souveraine, c'est à elle de décider et de montrer son désaccord avec les dirigeants syndicaux qui accompagnent désormais tous les mauvais coups de Sarkozy au lieu de les combattre.
Jacques Tourtaux
commentaire n° : 1 posté par : Tourtaux Jacques (site web) le: 24/05/2008 12:08:52

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