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Dans cinq jours, les Irlandais, consultés par référendum, doivent approuver ou rejeter le nouveau texte de Constitution européenne que les vingt-sept Etats de l'Union ont signé à Lisbonne, en octobre 2007. Ce devait être une "promenade de santé". Aucun peuple n'était convié à donner son avis. Sauf un : celui de l'Irlande, qui ne pouvait déroger à sa propre constitution. Ailleurs, les parlements étaient appelés à ratifier le traité. Ce procédé ne décelait aucun risque. Les partis de droite et social-démocrates, d'un commun accord, approuvaient le texte, ce qui, sans problème,  donnait à celui-ci, une majorité confortable dans chaque pays. Les dirigeants n'avaient pas caché qu'une consultation populaire aurait, pratiquement partout en Europe,  abouti au rejet, solution inacceptable pour les gouvernements de l'Union.
En France, les socialistes ont biaisé. Alors qu'un vote unanime de leur groupe aurait fait échoué la manoeuvre, un subtil dosage d'abstentions et de votes positifs  (143 "abstentions" et 32 "pour"), rendait sans effet le choix négatif d'élus du PS. Le projet de Sarkozy était ainsi validé par plus des 3/5eme nécessaires des parlementaires.
Tout semblait donc réglé d'avance.
Mais il restait à convaincre le peuple irlandais. Certes, 95% des élus, les grands partis, les syndicats, l'Eglise, et bien sûr les patrons, se mirent de concert en campagne pour s'assurer d'un vote majoritaire pour le OUI. Durant des semaines, le nombre d'abstentionnistes commençait d'inquiéter "l'élite européenne". Et voilà, à une semaine du scrutin, un sondage donne le NON gagnant à 35%, avec 5% d'avance sur le OUI et 35% d'abstentions.
Voilà donc tous nos médias en émoi.
Est-ce une attitude prise pour  pouvoir ultérieurement célébrer une victoire du OUI avec encore plus d'ostentation ? Peut-être. La potentialité de manoeuvre des médias est immense. Pourtant, ce sondage "alarmant" conduit déjà les commentateurs à se poser la question : "Et si le NON est vainqueur, que se passera-t-il ?"
La réponse normale est contenue dans les dispositions qui régissent l'Union européenne : il est nécessaire d'avoir un vote unanime des Etats participants, et donc 27 réponses positives pour entériner le traité. Or, le plus tranquillement du monde, les "voix autorisées" émettent des suppositions étonnantes. Pour les uns, "il faudra faire revoter les Irlandais !" Et d'ajouter, "ils y ont été contraints déjà une fois, à propos du traité de Nice". D'autres, plus sereins, estiment que les traités et accords précédents resteront en vigueur, et donc rien ne sera changé. Enfin, les inquiets tempêtent : "Ce n'est tout de même pas un petit peuple de 10 millions d'habitants qui va faire la loi à l'Europe !". Ils évoquent de réduire la participation de l'Irlande à un simple accord d'association, réduisant à 26 le nombre d'Etats de l'Union européenne, et donc à 26 réponses positives seulement pour faire passer la nouvelle Constitution.
Les ressources imaginatives de nos maîtres européens sont sans limite.
On mesure là la solidité de leurs fibres démocratiques...

Reste à connaître le résultat du scrutin, le 12 juin, en restant prudent quant à son issue.

Tag(s) : #Europe
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