Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Chacun connaît la phobie du Monde à l'égard de certains Etats et de diverses forces politiques étrangères. Le quotidien voit "rouge" (c'est une façon de parler), dès qu'il est question de l'Iran, et spécialement de son président, Mahmoud Ahmadinejad, de la Russie de Poutine, de la Lybie du colonel Kadhafi, de la Chine populaire, du Hezbollah de Hassan Nasrallah.
Aussi, le lecteur attentif a dû être fortement surpris à la lecture de la page 17 (intitulée Débats),  du Monde, daté du 12 juin.
Le titre d'un article semble s'adresser au journal, comme un reproche :
"Regardons la Chine à l'endroit", suivi de :
"L'envers du décor - politique et social - ne doit pas occulter un développement sans précédent".
Les auteurs, Michel Godet, professeur au CNAM, et Francis Mer, ancien ministre de l'Economie (qu'on ne peut taxer de "populisme", ni, à priori, de sympathie pour le régime de Pékin !), reviennent d'un voyage d'étude dans l'Empire du Milieu . Après avoir rendu hommage à la pomptitude et à l'efficacité des secours mis en oeuvre par le gouvernement face à la catastrophe provoquée par le tremblement de terre du Sichuan, ils ironisent sur "nos médias bien-pensants qui s'inquiètent aujourd'hui de la Chine".
Répondant aux critiques méprisantes et apitoyées des esthètes, qui regrettent la destruction des vieux quartiers des cités impériales, Michel Godet et Francis Mer écrivent :
"Déjà, New-York fait pâle figure comparée à l'incroyable Shanghaï, où les gratte-ciel poussent comme des champignons de toutes les couleurs en se lançant des défis de beauté architecturale. De la dictature communiste, il reste l'autorité centrale qui impose et organise l'économie socialiste (ou plutôt impériale) de marché. Elle permet en efffet de raser d'un coup des quartiers insalubres, mais pour les remplacer par des immeubles en hauteur de bonne facture avec tout le confort moderne, à commencer par la climatisation".
On entend d'ici les propos grinçants des censeurs qui intiment l'ordre aux voyageurs de parler plutôt de la Chine intérieure, où la misère suinterait en tous lieux !
Justement, nos narrateurs y viennent :
"Même dans la Chine profonde, les magasins regorgent de produits de base et de superflu, et les policiers rencontrés, comme partout ailleurs dans le monde, sont plutôt rares et généralement équipés seulement d'un téléphone portable".
Après voir rappelé que la Chine "n'est plus un pays sous-développé" (le PIB par habitant atteignait, en 2006,  7500 dollars - dix fois plus qu'en 1980), les auteurs de l'article insistent sur les progrès foudroyants de l'économie chinoise, et de ses répercussions sur le quotidien des habitants. Ainsi, ils signalent que "les Chinois nous aurons rattrapés avant 2030. Ils nous devancent déjà en ce qui concerne les deux-roues : à Shanghaï et illeurs, les vélos et les scooters sont silencieux car électriques". Et d'ajouter :
"Ce formidable effort d'investissement dans les infrastructures et les équipements collectifs a été rendu possible grâce à une épargne équivalente à 40% du PIB et entièrement canalisée par le système bancaire d'Etat".
Après avoir reconnu que le développement économique "profite surtout à la Chine du littoral (qui, avec 14% de l'espace, concentre 43% de la population (cela représente toutefois plus de six cents millions d'habitants !), alors que celle de l'Ouest, où ne vivent que 11% des Chinois, ne dispose que 7% du PIB), Michel Godet et Francis Mer abordent la question du Tibet. Sur ce sujet, après avoir rappelé que cette région fait partie intégrante de la Chine depuis le XIIe siècle, ils notent que la population (92% de Tibétains), est passée de 1,1 million en 1951 à 2,8 aujourd'hui "grâce à la baisse de la mortalité infantile".
Enfin, les auteurs constatent que le régime reconnaît "les coutumes et les droits des 55 minorités qui représentent seulement cent millions d'habitants sur un total de 1,3 milliard".

Certes, on peut contester les affirmations et les chiffres donnés dans cet article.
On peut discuter des appréciations qui s'y trouvent.
Mais les éléments avancés par eux, et par bien d'autres sources, devraient conduire  Le Monde à être plus circonspect dans ses jugements négatifs et sommaires de la réalité chinoise et davantage pluraliste en ce qui concerne les opinions exprimées à ce sujet, et pas seulement dans la page Débats.
Cela vaut pour la Chine, bien sûr, mais aussi vis-à-vis des autres pays dont le régime déplait au quotidien.
La crédibilité du Monde s'en trouverait améliorée.
Mais c'est peut-être trop demander au journal ? 

Tag(s) : #Politique
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :