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« Les caisses sont vides ! », telle est la réponse du pouvoir sarkozien à toute revendication sociale, à la moindre augmentation de crédit proposée pour le budget de l’enseignement, du logement, de la santé.

En réalité les caisses ne sont pas vides pour tout le monde.

Si on en croit Direct Soir, daté du 1er octobre, le budget de la Défense va être majoré de 5,4% et devient la priorité gouvernementale. Hervé Morin, le ministre, s’en félicite et commente :

« En dépit d’un contexte économique et budgétaire difficile, le gouvernement et le président de la République ont tenu leur engagement ».

Ainsi les dépenses d’investissement de matériel militaire vont connaître une majoration sensible : 10%, soit 10 milliards d’euros. Dassault et Lagardère se frottent les mains. Qui dit que le commerce ne marche pas ?

Mais au-delà de la sollicitude envers des amis, les raisons de cette largesse monétaire sont de plusieurs ordres.

D’abord il faut régler la note de l’engagement français en Afghanistan. Mais, à propos, à combien se monte-t-elle ?

Combien de milliards coûte la mise à disposition de l’Etat Major américain de milliers de supplétifs français ?

Car, selon Hervé Morin : « Nous ne sommes pas en guerre ». Et de parler de « mission de pacification ». Le vocabulaire, en la matière, est d’une pauvreté remarquable. Les mots ont déjà beaucoup servi pour justifier les guerres coloniales, tant en Indochine qu’en Algérie.

De toutes manières, quelque éclaircissement sur le coût budgétaire de cette opération serait le bien venu par ces temps de vaches maigres.

Mais si le budget de la Défense est à ce point revalorisé, ce n’est pas simplement le fait de combattre aux abords de Kaboul nos anciens alliés d’hier, tel le chef de guerre afghan Gulbuddin Hekmatyar, qui revendique la responsabilité de l’embuscade du 18 août au cours de laquelle 10 soldats français furent tués et 21 blessés. Car cet adversaire fut un des principaux commandants des moudjahidin contre les Soviétiques et qu’il fut, en ce temps béni pour l’Occident, largement financé et armé par les Etats-Unis…

Il y a une autre raison à nos « folies » en matière budgétaire en faveur des dépenses militaires : c’est de faire un jour aboutir l’ancien projet de nos plus farouches partisans d’une « Europe puissance » : une « armée européenne ». Rejetée par la représentation nationale en 1954, la Communauté Européenne de Défense (CED), renaît de ses cendres sous le nom de Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD). Celle-ci fut lancée à Saint-Malo en 1998, en plein gouvernement de « gauche plurielle ». Certes, échaudés par l’expérience, les 27 membres de l’Union européenne ont limité leurs ambitions à la création d’une force opérationnelle commune de 60.000 hommes dont nombre de ceux-ci ont été engagés, ces cinq dernières années, dans « cinq opérations militaires et quinze opérations de soutien ». En outre, « les militaires estampillés Europe peuvent participer à des opérations sous la bannière de l’ONU (l’Eufor au Darfour) ou de l’Otan », selon le journal gratuit de Vincent Bolloré.

 

Et Directsoir ajoute, plein de regrets,:

« Le rêve de Jean Monnet – l’un des pères de l’Europe – de former une armée européenne semble aujourd’hui bien lointain. La  faute aux Etats membres qui ont réduit leur effort de défense. Seule la Grande-Bretagne y consacre plus de 2% de son PIB, tendis que la France s’en rapproche. En moyenne, un pays européen ne dépense que 1,3% de son PIB à cette fin ».

Et le journal de poursuivre :

« En faisant de la PESD une priorité, la présidence française fait le pari de relancer la construction politique de l’UE, fragilisée par le Non irlandais au traité de Lisbonne ».

A la question posée par Directsoir, « En augmentant son budget, la France veut-elle se positionner en leader de l’Europe de la défense ? », Hervé Morin confirme :

« C’est un signe important. Nous sommes convaincus que le monde actuel nous oblige à ne pas baisser la garde. C’est pourquoi la construction de l’Europe de la défense est une des priorités de la présidence française ».

Et d’évoquer la question de la formation commune des officiers, « enjeu important pour le développement de la conscience européenne des futurs cadres de l’armée. C’est ainsi que l’idée d’une défense européenne progressera ».

C’est le programme mis à l’ordre du jour du Festival de Deauville, lieu où se sont réunis les 1er et 2octobre « d’une manière informelle », les ministres européens de la défense de l’UE. Ils doivent, cette fois-ci officiellement, se rencontrer à nouveau le 10 novembre pour décider des mesures concrètes envisagées.

Ainsi, pour cet objectif, Nicolas Sarkozy et son gouvernement trouvent de l’argent, « près de 2% du PIB » français, au moment où la population s’inquiète des répercussions de la crise financière sur son niveau de vie, que le pouvoir s’apprête à lui faire payer !

 

Tag(s) : #Europe
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