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On aurait pu l’appeler Le petit Nicolas illustré ou bien La Voix de l’Elysée.

Il s’appelle simplement Le Figaro, du nom de cet esprit libre, impertinent à souhait, mis en scène par Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais.

Quoi de commun entre l’auteur célèbre et le quotidien de Serge Dassault ?

Peu de chose, en vérité. Si ce n’est une parenté entre Pierre-Augustin, qui fut aussi « marchand d’armes », et Serge, dont c’est le métier.

 

Aujourd’hui, Le Figaro tresse des couronnes de louanges, à longueur de colonnes, à l’homme providentiel que le Capital a promu au rang de Président. Quand Nicolas Sarkozy se mue en Saint-Georges ferraillant le dragon capitaliste, Serge Dassault applaudit la prouesse et déclare la guerre à la spéculation.

Lui, ne spécule que sur les conflits qu’alimente son commerce. Il crie haro sur les salles de marchés. Son seul marché juteux, c’est celui des armes qu’il vend en « Rafales » au plus offrant.

Serge Dassault entretient son Figaro comme une danseuse, dont il ne supporte aucun écart. Au point où ses propres journalistes considèrent qu’il en abuse, imposant ses vues sur tous et sur tout.

Sarkozy est son « sauveur suprême », c’est son Dieu, pour le moins son chanoine, c’est César franchissant, en permanence, le Rubicon des « réformes », c’est son Tribun, façon Baratintin de Matuvu.

En un mot, Nicolas, c’est son Président, comme Le Figaro.est son journal.

Au fond, rien de bizarre dans le destin de ce quotidien.

 

Le Figaro peut s'enorgueillir d'être le plus ancien quotidien de France toujours en activité. Sa première parution remonte à 1826, sous la restauration et le règne du roi Charles X. Tout un programme !

On le retrouve du temps de Napoléon III, à l’aise, au temps de la censure impériale.

En 1922, un industriel, François Coty, le « Napoléon de la parfumerie » rêve d'un destin national. Il s’offre Le Figaro. Il crée un peu plus tard L'Ami du peuple, où il dénonce à longueur de colonnes « les dangers du bolchevisme ». Il le vend 10 centimes, soit 15 centimes de moins que tous ses concurrents, ce qui lui permet de tirer à 700.000 exemplaires, record pour l'époque ! Coty s’affirme ouvertement fasciste et crée une ligue de ce type : la « Solidarité française », composée de nervis.

Après sa mort, en 1934, Le Figaro a besoin de « respectabilité »

Son nouveau directeur, Pierre Brisson, en fera, dès 1940 un des quotidiens de zone sud les plus laudateurs de Pétain et de l’Etat français.

Ainsi, le 18 août 1940, on peut lire, sous la plume de son chroniqueur, le député La Cour Grandmaison :

« Le laïcisme a libéré l’homme des dogmes pour le livrer à ses instincts. Le code civil et le divorce ont livré le patrimoine au morcellement, la famille à l’égoïsme et aux caprices. (…) L’élection a livré la cité aux rhéteurs (…) L’Eglise n’a pas attendu la sanction des faits pour prévenir nos pères (…) C’est ainsi que nous venons de retrouver (avec le Maréchal), les bases de l’ordre social chrétien, qui fît jadis la grandeur de la France ».

Le Figaro avait abordé la question de l’école laïque, dès juillet :

« C’est à l’école, que se forge l’avenir d’une nation. C’est donc à l’organisation d’un enseignement et d’une éducation vraiment nationaux que le grand soldat chargé de restaurer la France apportera ses soins les plus attentifs (…) Quel oubli des valeurs morales et spirituelles sans lesquels une jeunesse perd toute raison de vivre ! L’école est devenue matérialiste, et là aussi, l’esprit de jouissance et de facilité a dominé l’esprit d’enthousiasme, de joie et de sacrifice ».

C’est beau comme du Sarkozy…

La Cour Grandmaison, toujours dans Le Figaro, offre à ses lecteurs une péroraison à la hauteur de son enthousiasme :

« La jeunesse allemande élevée à la dure, dressée à l’effort et au sacrifice, vouée corps et âme au Führer et à sa mystique, a fourni des soldats auxquels les meilleurs des nôtres rendent un hommage loyal ».

Mais, pris d’une soudaine prudence, le quotidien cesse sa parution en 1942. Les Allemands occupent toute la France et leur victoire n’est plus certaine. Ce qui va permettre au journal de reparaître à la Libération de Paris, se refaisant une nouvelle virginité avec la collaboration de François Mauriac.

 

Ce qui n’empêchera pas le quotidien d’abriter ultérieurement des « collaborateurs » des nazis (tel Henri Barbé, un proche de Georges Albertini), qui vont alimenter la rubrique anticommuniste pendant la guerre froide

Après la mort de Pierre Brisson, en 1964, le journal va tomber naturellement dans l'escarcelle d'industriels désireux de se faire un nom dans la presse: Jean Prouvost, dont la main de fer provoque le "mai 1969" des journalistes, en grève pendant deux semaines; Robert Hersant, qui ramène Le Figaro et son supplément Le Figaro Magazine, vers la droite la plus extrême.

Depuis 2004, Serge Dassault, signe d'un temps, conclut Claire Blandin, où « ce sont aujourd'hui les propriétaires du capital qui apparaissent comme les décideurs de la destinée d'objets de presse chers à produire ».

 

Aujourd’hui donc, Le Figaro poursuit son combat : contre les forces populaires, au service des grands intérêts privés, ceux des avions et des chars …Dassault et, bien sûr, du Président.

 

Tag(s) : #Pages d"écriture
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