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Suite de l'analyse d'Annie Lacroix-Riz

Chiffrer les conséquences de la crise de 1929

Annie Lacroix-Riz :

L'Allemagne se retrouve avec un chômage total de 50 % et tout le reste en chômage partiel. En 1932, le pays compte 7 millions de chômeurs totaux.
Aux États-Unis, c'est du même ordre. Les États-Unis font partie de ces pays où le capitalisme est le plus concentré, producteurs de biens de production : c'est là que la chute de la production a été la plus extraordinaire. En deux ans, la production industrielle américaine a baissé du tiers. Même chose en Allemagne.
Le capital a tendance à liquider son marché puisqu'il liquide ses salaires. Plus il liquide ses salaires, plus il compte sur le marché extérieur. Mais comme tout le monde fait la même chose, il n'y a plus de marché. L'Allemagne se retrouve en 1932 avec pour l'essentiel un seul client, l'URSS qui était en pleine santé et qui avait des taux de croissance de 15 à 20 % par an.

Et c'est là qu'on comprend la sortie de crise. Le capital qui contrôle l'État exige pour reconstituer les conditions de fonctionnement du capital que les salaires soient complètement écrasés, ce qui est fait par le chômage et par l'action directe sur le niveau des salaires. Il exige que des pans entiers de l'économie soient sacrifiés. Et comme il n'y a plus de marché, qu'il ne lui est plus possible d'ouvrir de marchés pacifiquement, il tente de le faire par la guerre.

La Seconde Guerre mondiale, solution à la crise

Annie Lacroix-Riz :

En période de crise, chaque capitaliste essaye de liquider la concurrence des autres en se taillant de nouvelles zones d'exploitation. Comment se taille-t-on de nouvelles zones d'exploitation ? Par la conquête. L'Allemagne a essayé de conquérir le monde, les États-Unis ont essayé de conquérir le monde, l'une et l'autre y sont assez bien arrivés. Et les petits impérialistes essayent de se tailler un petit morceau dans tout ça.
Le capitalisme ne peut gérer la crise que par la guerre générale. La question des peuples est de savoir s'ils vont laisser le capital réduire la crise par la guerre générale. Toute absence de réaction populaire en vue de transformations profondes est une chance de plus donnée à la solution de guerre générale pour réduire la crise.

Réaction des gouvernements

Annie Lacroix-Riz :

On dit aux gens un grand mensonge. On leur dit qu'à l'époque, les États ne sont pas intervenus comme aujourd'hui. Mais ils sont intervenus tout de suite, ils ont nationalisé le secteur bancaire. En Allemagne, Heinrich Brüning (catholique), qui est au pouvoir de 1930 à 1932, nationalise de fait le secteur bancaire (qu'Hitler rendra aux banquiers, sans frais, en 1933-1934). Et l'État prend en charge toute une série de secteurs.
Les gouvernements à l'époque ont réagi exactement comme aujourd'hui, en protégeant le grand capital et en accablant les masses populaires.
Le New Deal (plan de relance économique du président américain Roosevelt entre 1933 et 1938) aux États-Unis a été caractérisé d'une part par un financement d'État considérable qui a pesé sur le contribuable seul et d'autre part par la préparation de la guerre. Je signale d'ailleurs que ce qui a fait sortir les États-Unis de la crise, ce n'est pas le New Deal, c'est la guerre.

Le rôle des socialistes dans la crise de 1929

Annie Lacroix-Riz :

La social-démocratie a essayé de trouver une solution où elle pouvait. Elle avait très peur des changements profonds. Elle a donc accompagné le capital dans ses tentatives pour résoudre la crise et a accepté la politique du moindre mal. Elle a accepté les baisses de salaires. C'était une stratégie d'accompagnement qui a contribué en Allemagne aux succès d'Hitler.
Dans les pays où le mouvement révolutionnaire était plus important, où il a été capable de susciter une forte résistance de la population, la social-démocratie a dû consentir à la stratégie des Fronts Populaires qui lui a été imposée. Les archives de la SFIO (ancêtre du Parti socialiste français) sont très claires. Il y a des pays où le mécontentement des masses orienté par les forces révolutionnaires a été de nature à faire pression sur la social-démocratie. Toute une fraction d'entre elle restant subjectivement alliée au grand capital et accompagnant ses réorganisations drastiques. De Man en Belgique et un certain nombre de secteurs de la social-démocratie se sont ralliés à l'extrême droite fasciste.

Il y a donc eu, en fonction des rapports de force, des stratégies différentes. Mais la stratégie défensive des ouvriers n'a jamais été la réponse spontanée des sociaux-démocrates. La réponse spontanée des sociaux-démocrates, c'est la réponse des pays où ils étaient dominants, c'est-à-dire la réponse allemande. On laisse faire et on essaie de limiter le mécontentement populaire.

Différences et points communs entre la crise de 1929 et la crise actuelle

Annie Lacroix-Riz :

On peut faire l'analyse qu'au contraire de ce que l'on raconte aujourd'hui, les circonstances de déclenchement de la crise sont des circonstances tout à fait semblables à celle de 1929.

La grande différence, c'est d'abord que la surproduction aujourd'hui est très supérieure à celle de 1929. Dix ans d'accumulation (1919-1929), ce n'est pas 60 ans d'accumulation (1945-2008).    

Donc il y a des chances que, annoncée par toute une série de crise cycliques et/ou périphérique (hors du « centre »), cette crise-ci soit d'une ampleur comme on n'en a jamais vu. Si les mécanismes de formation de la crise sont les mêmes qu'autrefois, la crise d'aujourd'hui est plus grave que la crise des années 1930 qui était elle-même plus grave que celle de 1873. Cela ressemble donc aux précédentes, c'est plus grave que les précédentes et cela donne la parole au peuple pour trouver la solution la plus rapide compte tenu de ce qui risque de se passer.

source « ptb »

 

Tag(s) : #Contre l'impérialisme
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