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"Jean-Yves Mollier, spécialiste de l’histoire de l’édition, nous offre avec
Edition, Presse et  Pouvoir en France au XXème siècle,
une étude exhaustive et inédite sur les relations entre les éditeurs, la presse et le pouvoir.

Auteur d’une biographie de Louis Hachette, c’est naturellement qu’il a choisi comme fil conducteur de son ouvrage les métamorphoses de la Librairie Hachette devenue le premier groupe d’édition et de presse français :

Edition, Presse et  Pouvoir en France au XXème siècle,
de Jean-Yves MOLLIER

L’accès à des sources considérables permet à Mollier de revisiter l’histoire de l’édition dans ses rapports avec le pouvoir politique, la banque et les autres médias. Les archives Hachette conservées à l'Imec (Institut mémoires de l'édition contemporaine) lui ont été ouvertes sans restriction. Au total, 13 500 boîtes!

Par ailleurs, l’historien a pu dépouiller les archives allemandes du temps de l'Occupation ainsi que celles du Syndicat national de l'édition. Il s’est aussi appuyé sur des dizaines d'entretiens menés dans le monde de l'édition depuis plus de vingt ans.

La "cuisine des prix" et les salaires fictifs

Mollier a d’abord tenu à établir les responsabilités des éditeurs français sous l’Occupation. Hommes d’affaires pragmatiques, ils sont allés au devant des demandes allemandes, en dressant une liste de livres interdits ("liste Otto"). Les autorités allemandes n'ont eu qu'à signer une convention de censure avec le syndicat des éditeurs.

A la Libération, il y eut quelques condamnations -dont celle de Bernard Grasset- mais assez curieusement, les éditeurs ont touché des dommages de guerre sur les exemplaires détruits en vertu de cette liste.

Grâce à un échange épistolaire entre Maurice Dumoncel, ancien administrateur de maisons d’édition, et Gaston Gallimard, l’historien décrit aussi la "cuisine des prix" mise en place après-guerre. Ces lettres prouvent que le patron de Gallimard s’investissait personnellement pour influencer les jurés des prix littéraires en demandant à Maurice Dumoncel, bien introduit au sein du jury Femina, d’orienter les votes.

Beaucoup moins aisé à ébranler, le prix Goncourt offrait, quant à lui, une surface un peu plus lisse. Néanmoins, l’étude des cent premiers Goncourt montre qu’il demeure insensible, après 1950, aux productions des nouveaux éditeurs.

Lors de ses recherches, l’auteur a eu également la chance de tomber sur un document qui aurait dû être détruit. Il s’agit d'un relevé de mensualités de 1967 versées par les Nouvelles Messageries de la presse parisienne, une filiale d'Hachette, à divers hommes politiques. Parmi eux, François Mitterrand, à l'époque président de la FGDS, percevait 3 800 francs par mois, officiellement pour des "frais d'études publicitaires". Il n’était pas le seul.

Que cachaient ces salaires fictifs? En fait, depuis la guerre, Hachette vivait dans une hantise: que les NMPP, son réseau de distribution, qui lui assurait des revenus plus que confortables, soient nationalisées. La gauche y était favorable. Salarier François Mitterrand était un moyen de se protéger un peu de ce côté-là.

Une description claire et concise.

A partir des années 80, on a assisté dans le monde de l’édition à des fusions, des absorptions de maisons aujourd’hui disparues et la croissance de groupes comme Hachette ou Editis n’a pu se faire qu’à ce prix.

Les nouvelles sociétés entendaient appliquer à la marchandise littéraire des critères de gestion en vigueur dans l’économie moderne. Toutefois, en étudiant les transformations du système éditorial, Mollier a tenu à montrer que la croissance de la Librairie Hachette, celle des éditions Larousse, Plon, Gallimard, Flammarion, n’avait pas empêché la publication de véritables livres.

Les éditeurs ont toujours intérêt à publier les meilleurs auteurs et à se créer un fonds qui constituera pour eux une source de rentrées financières régulières. Cela demande du temps. La dernière maison à avoir accédé au rang de "grand" est Actes Sud qui a obtenu son premier Goncourt grâce à Laurent Gaudé en 2004. Il lui a fallu trente ans.

En refermant "Édition, presse et pouvoir en France au XXe siècle", une impression d’ensemble se dégage: en l’espace de quatre-vingt ans, on a assisté à l’essoufflement des structures familiales et dynastiques, absorbées inévitablement par de grandes entreprises, jusqu’à l’OPA réussie de Jean-Luc Lagardère sur Hachette en 1980.

Grâce à des sources considérables et inédites, Jean-Yves Mollier parvient à déchiffrer de manière claire et concise les mouvements incessants qui parcourent le monde de l’édition depuis 1920, sans être un catalogue de toutes les maisons qui le composent. Un livre recommandé à ceux qui souhaitent mieux comprendre les rouages du système éditorial".


Edition, presse et pouvoir en France au XXe siècle
de Jean-Yves Mollier - Fayard - 493p., 24€.

Tag(s) : #LIVRES
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